‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 23 sur 339 · PARTIE II. — LIVRE V · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE V

canton de Factivité. — II suffit, pour s'en convaincre, de traverser la riche plaine d'Argos, déserte il y a quelques années , et couverte aujourd'hui de vignes, etc. Les quelques personnes que je vis dans l'après-midi , que je passai non loin d'une source au bord du lac, me semblèrent assez intelligentes pour que ces changements me parussent faciles à comprendre.

On m'avait étendu un tapis (Jans un jardin, à l'ombre de mûriers. Le jardin était rempli de pêchers et de figuiers. Tel devait être le verger d'Alcinoûs , roi des heureux Phéaciens. D'une maison voisine, on envoya des tapis qui, suspendus aux mûriers,, formèrent un excellent abri contre le soleil. Tandis que je faisais la sieste , les chorophylaques préparaient le feu pour rôtir à la broche un mouton et pour cuire dans une casserole une des poules que l'on avait achetées aukhani d'Akladocambos. Bientôt on m'apporta des confitures et d'excellent café. Deux demoiselles j auxquelles je devais ces politesses, me firent ensuite leur visite en m'offrant un bouquet de basilic. Originaires des îles Ioniennes , elles vivaient à Naupli, d'où elles étaient venues pour la récolte du raisin de Corinthe, visiter les

vignes qu'elles possédaient à Lerne. L^une d'elles, brune aux grands yeux noirs , était remarquablement jolie. Elle avait un chapeau de paille à larges bords , tel que le portent les montagnardes bernoises. N'ayant point à Naupli de maître de piano , elle avait appris le violon , afin de satisfaire son goût pour la musique. Elle essayait de se'familiariser avec la langue française, devenue après le grec et le latin, la langue universelle. L'Occident éveillait en elle une vive curiosité, et ses beaux yeux s'animaient en parlant de la satisfaction qu'on devait éprouver en visitant des pays qui diffèrent en tant de choses des contrées orientales. En me quittant, ces jeunes filles m'offrirent les services de leur mère , et de retour chez elles^ elles m'envoyèrent avec du linge et de la vaisselle, une quantité de melons, de poires , de raisin de Corinthe et du vin qu'on fait avec ce raisin. Les chorophylaques et les agoghiates se louèrent beaucoup de cette générosité. Avant de partir, je fis une visite à cette jamille hospitalière. La mère, aussi aimable que ses filles, me raconta quels soucis donnent les vignes. Pendant que le raisin est étalé au soleil dont il doit, pour sécher, subir l'action durant

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