PARTIE IL — LIVRE V
ombre de Dieu* ; souverain absolu des deux continents et des deux mers ! Secouru de loin par la bénigne influence de ton œil radieux, je suis arrivé dans la Morée plus prompt que les vents ; les montagnes ont abaissé leurs cimes devant ta majesté; Corinthe s'est prosternée devant ta puissance; les maudits rebelles fuient la foudre de ta colère ; toute la Grèce nagera bientôt dans leur sang. » La lâcheté du papas Achille qui avait livré TAcrocorinthe aux Turcs après s'être déshonoré par son incontinence avec les femmes de Kiamil-bey et l'assassinat du meilleur des Turcs avaient fait supposer à Dram-Ali qu'il marcherait de victoires en victoires. La peur est contagieuse. Le gouvernement , organisé par la constitution provisoire de janvier 1822, ne se montra pas plus résolu qu'Achille. A la nouvelle de la reddition de l'Acrocorinthe, il s'embarqua précipitamment à Naupli sur une corvette d'Hydra. La même panique saisit les habitants d'Argos, qui se précipitèrent vers la mer pour se sauver. Un prêtre patriote, Néophyte Vamvas,
' Le sultan a chez les Ottomans quelques-uns des privilèges (pie le pape a chez les catholiques , et le Dalaï-Lama chez les Bouddhistes.
profondément attristé de ce déplorable spectacle, s'écria en ôtanl son bonnet sacerdotal: «Dieu miséricordieux, arrête la Grèce sur les bords de l'abîme ! i> Mais ses exhortations ne continrent point l'élan de la multitude.
Un seul homme d'une constitution débile et d'une chétive apparence , un homme auquel les humiliations n'avaienl pas été épargnées, sut résister à l'orage. Hypsilantis montra autant d'activité que d'énergie. « L'Acrocorinthe est dans les mains des Turcs , écrivait-il à Colocotronis , le gouvernement a confié son salut à un bâtiment, la patrie est à deux doigts de sa perte; si tu restes sourd à ses cris, je te cite au tribunal de Dieu. » A Pierre Mavromichalis , qui était à Argos sans troupes et qui parlait d'aller recruter des soldats dans la Maïna, il répondait: «Reste ici : ton nom vaut mieux qu'une armée. » Luimême parcourt la côte, le sabre à la main, avec une cinquantaine de pallicares, et après avoir réuni environ quatre cents soldats , il se jette dans Argos pour la défendre ou y mourir. Sa résolution magnanime, digne des jours mémorables où les volontaires de la France se précipitaient vers les défilés de l'Argonne, ranima