‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 27 sur 339 · PARTIE IF. — LIVRE V · texte numérisé non relu

PARTIE IF. — LIVRE V

rénergie des chefs. Colocotronis , oubliant ses rancunes , amena de Carytaena huit cents pallicares arcadiens ; le Spartiate Krévatas et Papa- Phlékhas accoururent avec un millier d'hommes. Argos étant une ville ouverte ne pouvait arrêter les trente mille hommes de Dram-Âli. Mais la citadelle, construite sur le mamelon qui la domine et entourée de trois remparts , était une position de quelque importance. Hypsilantis s'y enferma avec deux cents hommes, quelques paquets de cartouches et des vivres pour cinq jours, sans un seul canon. C'est là qu'il se disposa à défendre avec une poignée d'hommes la ville ou plutôt les débris d' Argos ; car les habitants, comme ceux de Moscou en 1812 , l'avaient brûlée pour enlever tout abri à l'ennemi. L'énergique résolution de D. Hypsilantis tint l'armée ottomane en échec. Pendant près d'un mois, la plaine d' Argos fut le théâtre de combats si désavantageux pour les Turcs, que Dram-Ali prit le parti de battre en retraite sur Corinthe. Cette tardive décision ne le préserva pas d'une déroute complète dans laquelle Nikitas, le héros del'Arcadie, acquit le terrible surnom de Turcophage. Drara-Ali n'échappa qu'avec peine à la

ruine de son armée, et il gagna cette Corinthe, où il avait montré tant d'orgueil, hors d'haleine et traînant les lambeaux de ses vêtements.

Le séjour de l'armée turque dans la plaine d'Argos avait commencé la ruine de ce fertile pays. Les dissensions des Hellènes achevèrent l'œuvre des barbares. Le vieux Colocotronis et son fils d'un côté, Gouras et Grivas de l'autre se faisant la guerre dans la province, les arbres ne furent pas plus épargnés que les maisons. Ce canton , qui passait pour le mieux cultivé de la Grèce , — on sait que la population albanaise n'a pas de répugnance pour l'agriculture — était déjà désert et dépouillé lorsque, en 1825, Ibrahim-pacha détruisit Argos , où les habitants étaient rentrés après la défaite de Dram-Ali. La cité de Héra sortait de ses ruines en 1829, lorsque, au mois de juillet, l'assemblée nationale se réunit dans l'ancien théâtre, monument le plus important de sa splendeur antique. Depuis cette époque on a commencé à construire des rues larges et propres que bordent des maisons en bois , fort basses , n'ayant la plupart qu'un rez-de-chaussée. Ce système de construction donne à la cité l'aspect d'une ville assez étendue.

Page 1