‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 285 sur 339 · PARTIE V. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE V. — LIVRE I

dSire, dit-il au roi, je viens exactement à l'heure convenue. Bien que vous ayez approuvé toutes mes conditions , ma loyauté me fait un devoir de ne pas soumettre à l'acceptation de Votre Majesté les noms de ceux qui doivent faire partie du nouveau cabinet, sans demander d'abord si , après les vingt-quatre heures qui viennent de s'écouler, vous continuez à y adhérer. > Le roi ayant répondu que, après mûre réflexion, il maintenait son consentement, M. Canaris continua: «Les choses étant ainsi, je vous soumets une liste de cinq ministres qui partagent mes opinions.... et je crois que l'harmonie entre les conseillers de la couronne vaut mieux pour elle que la considération qui s'attache à certains noms, lorsqu'elle ne sert qu'à engendrer des conflits au sein même du gouvernement, j

Il était impossible d'avouer plus franchement les divisions de l'opposition. Un autre qu'un Allemand n'eût pas laissé passer cette occasion d'éclater ; mais le roi prit la liste avec calme et garda pour lui toutes ses pensées. M. Canaris, prenant ce silence pour la tranquillité de la résignation, ajouta avec la même candeur militaire: cLe ministère des finances reste encore

vacant; car y pour ce département, il importe de ne pas se tromper dans le choix à faire. Je reviendrai demain pour vous désigner celui qui devra être chargé de ce portefeuille, et en même temps pour soumettre à Votre Majesté et discuter avec elle toutes les modifications que je jugerai nécessaires d'apporter à la liste que je viens de vous remettre *. »

Le roi ne faisant point d'objections, Canaris rentra triomphant chez lui, 'où il trouva, au milieu d'un grand nombre de citoyens , MM. Christidis et Voulgaris. « Vous m'avez tous abandonné, leur dit-il gaîment; vous avez cherché à me priver de tout l'équipage de mon navire, à le démâter, à le couler. Mais je suis un vieux loup de mer, et j'ai sauvé mon vaisseau avec le secours de quelques compagnons fidèles. » M. Canaris était pourtant loin d'être au port! Le soir, M. P. Soutzos , qui probablement voyait mieux que lui les difficultés de la situation , lui conseilla, pour ménager certaines susceptibilités, de le remplacer aux affaires étrangères. M. Mi-

* Les entretiens de Canaris avec le roi sont tous traduits de la brochure de M. A. Soutzos, frère d'un des miaistres choisis par Tamiral.

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