PARTIE V. — LIVRE II
pour les pronunciamientos en ayant porté plusieurs à désapprouver la tactique suivie dans celte circonstance par une partie des adversaires du ministère Miaoulis. «L'histoire, disaient-ils, n'a que trop montré au Mexique , dans l'Amérique du Sud, dans la péninsule ibérique et ailleurs, que les manifestations militaires aboutissent, après de belles promesses, à un redoublement de mesures despotiques. Quel libéral ne se rappelle le maréchal O'Connell et l'insurrection de Vicalvaro? 11 suffit de citer un exemple; mais il en existe d'innombrables. II ne s'agit pas de contester la bonne foi des insurgés , qui s'armaient pour forcer le gouvernement à observer la Charte , et qui ont protesté de leur respect pour le régime libéral. Mais la logique est plus forte que les meilleures intentions , et quand l'armée en est arrivée à faire et à renverser les ministères, on doit perdre toute espérance de conserver des institutions libres, d
Il faut avouer pourtant que l'insurrection n'avait pas le caractère exclusivement militaire que lui donne constamment M. de Courcy. « La coopération des habitants de Naupli, dit M. le docteur Goudas, — celle de Tripolitza, — celle de
574 l'insurrection de naupli.
Syra, la ville la plus commerçante de laXjrèce qui n'avait que 30 soldats au milieu d'une popalation de 26,000 habitants, — la coopération de Santorin, la plus pacifique des îles, n'ayant pour une population de 10,000 citoyens que cinq gendarmes, — les démonstrations de Naxos, de Trifilia, de Missolonghi, de Calamata, de San- Pétro, de Pitia, de la Livadie, — le mouvement d'Athènes, etc.*, » tous ces faits peuvent fort difficilement être attribués au «complot militaire » de l'auteur de La Grèce sous le roi Othon. Quoique les principaux chefs de l'opposition restassent «soigneusement en dehors du mouvement 1^ , il existait une telle agitation dans tout le royaume, qu'on fut obligé d'arrêter presque partout des citoyens appartenant aux classes les plus paisibles. Le gouvernement voyait si bien lui-même la gravité du mouvement qu'il n'attendait que la chute de l'insurrection pour pouvoir faire , sans paraître céder à la peur, des concessions à l'opinion générale.
Comment a-t-il triomphé si aisément d'une révolte qui débutait d'une manière si grave ; qui disposait d'une grande partie de l'armée, qui
* Premier Mémorandum aux puissances protectrices , p. 87.