PARTIE V. — LIVRE II
rencouragement et au développement de l'agriculture. » Tant qu'il fut au pouvoir, «sa main ne signa jamais une condamnation à mort. »
Est-il vrai que le peuple qui sut mériter Testime de l'Europe dans sa lutte généreuse pour conquérir l'indépendance, soit incapable de cette bonne foi à laquelle le monde chrétien attache une si légitime importance? M. Goudas est loin de le penser. «De simples muletiers, dit-il, souvent même des gens à leur service , reçoivent des commerçants — sans leur délivrer aucun reçu — de fortes sommes d'argent renfermées dans des sacs de toile qui ne portent, pour toute garantie, que le cachet de l'expéditeur. Elles parcourent ainsi de grandes distances , et cependant il n'y a presque pas d'exemple que de pareils groups, voyageant dans de semblables conditions, aient été détournés. C'est de la même façon qu'avant l'indépendance les capitaines marchands transportaient des millions de talari * de l'Espagne et des autres pays de l'Europe pour des achats en céréales dans différents points de l'Orient. De plus , le commerçant vend ses marchandises, surtout dans les foires, en
* Le talaro, monnaie d'argent de Venise, équivaut à 5 fr. 25 c.
584 l'insurrection de naupli.
général à crédit, se bornant pour toute précaution , à inscrire sur ses registres , sous forme de simple note , qu'il a vendu par exemple un tel montant de marchandises à tel acheteur, et qu'il sera payé dans un temps plus ou moins long. Presque jamais on n'a vu l'acheteur se refuser à payer au vendeur le montant qu'il lui doit, élever des réclamations ou faire de pures chicanes ; ni le vendeur exiger une seconde fois un paiement déjà fait. »
L'existence temporaire du brigandage ne semble pas à l'auteur des Mémorandum une objection insoluble. Le brigandage peut s'expliquer par le « désir de tirer vengeance d'injures personnelles ou de satisfaire des rancunes politiques. » Ainsi, Davéli* et Belouli, dont on a tant parlé, étaient, selon lui, de pauvres et paisibles bergers qui furent poussés au brigandage par les vexations des gendarmes. Un officier de ce corps , ayant séduit la femme de Bélouli , ce dernier se fit klephte pour se venger d'une action qui avait blessé des sentiments profondément enracinés parmi les nations orientales. Avant d'avoir lu ce passage , j'avais été frappée des chants po-
* Sur Davéli^ voy. t. I«r, p. 163.