‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 299 sur 339 · PARTIE V. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE V. — LIVRE II

fants, pour comprendre et partager les vastes aspirations inséparables d'un passé glorieux. « La circonspection patiente et la lenteur souvent judicieuse» dont parle M. de Gourcy sont fort insuffisantes en pareil cas !

Si des complications de toute espèce ont été la conséquence de cette situation, faut-il en accuser uniquement le roi de Grèce? MM. R. de Gourcy et Goudas , le premier, en justifiant le roi, le second, en défendant la nation, ont Tun et l'autre de bonnes raisons pour ne point parler des erreurs des puissances protectrices. M. de Gourcy appartient à la diplomatie d'une de ces puissances; M. Goudas s'adresse à toutes , afin d'obtenir la réparation des maux de son pays. Mais moi, qui n'ai pas les mêmes motifs pour laisser dans l'ombre une question capitale, je dois me demander si ces puissances ont agi sagement en donnant pour souverain à un État qui avait besoin d'un gouvernement populaire, actif, intelligent, énergique, — capable, en un mot, de réparer des malheurs séculaires, — un prince mineur, d'une autre religion^ d'une race différente, qui ne connaissait pas plus la Grèce que l'Australie, et

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que les meilleures intentions ne pouvaient préserver d'erreurs multipliées. J'ai toujours soutenu que les chrétiens orientaux* doivent choisir pour les gouverner des hommes de leur sang et de leur Église* , et que les dynasties étrangères, nourries dans les traditions plus ou moins féodales, ne réussiront jamais chez des peuples dont les mœurs sont essentiellement patriarcales et démocratiques.

Mes convictions , loin d'avoir été affaiblies par mon voyage en Grèce, ont été plutôt fortifiées. Je félicite sincèrement la Roumanie, la Serbie, la Tsèrnagora d'obéir à des princes indigènes et d'avoir cru que leur race est aussi digne qu'une autre des suprêmes honneurs. A ce point de vue, il est impossible d'excuser les Hellènes de n'avoir pas demandé à l'Europe que le suffrage universel — et non pas le vote des chambres', comme en Roumanie — fût appelé à désigner le souverain de la Grèce.

* Voy. Un principe straniero in Moldo^Valachia dans II Diritto,

* Les puissances ont tenu compte de cette idée en obligeant le successeur du roi à embrasser le christianisme orthodoxe.

' Quand il s'agit du choix d*un souverain , le plus ignorant est compétent.

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