PARTIE V. — LIVRE II
rimmmense majorité de leurs compatriotes. Mais , en général , les partis — les défenseurs des gouvernements comme leurs adversaires — aiment les thèses absolues , les uns ne reculant devant l'apologie d'aucune illégalité, les autres voyant partout des iniquités et des violences. L'historien impartial , qui habite une région plus sereine , est naturellement plus disposé à faire Ja part des erreurs et des fautes de chacun. Mais quoi qu'il en soit des appréciations fort contradictoires auxquelles donne lieu le règne du roi Othon , un fait essentiel se dégage des relations les plus variées. Le roi n'a pas su, comme la reine Victoria, le roi Léopold, le roi Victor- Emmanuel, conquérir cette popularité nécessaire, de nos jours, au bon gouvernement des États. Assurément , si le prince Frédéric-Othon avait été appelé à remplacer Louis I^r sur le trône de Bavière , il est probable que ni son caractère, ni ses excentricités n'eussent jamais soulevé son peuple contre son autorité. N'ayant point la nature passionnée des Alexandre , des César, des Charlemagne , des Henri IV, des Elisabeth, des Pierre I^r et des Catherine II — nature que Bayle déclare , tout en en constatant les
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inconvénients*, nécessaire aux grandes en ti^eprises — porté à conformer sa vie aux habitudes paisibles et régulières de la bourgeoisie germanique, il n'eût assurément pour aucune Lola Montés provoqué des émeutes dans la tranquille Université de Munich*. Appuyé sur une puissante bureaucratie, sur une police omnipotente, syr des cîouvenls dont son père a doublé le nombre en dix ans , défendu par une presse dont le zèle est devenu proverbial , il n'aurait pas eu besoin pour gouverner une population essentiellement docile de recourir à «la dernière raison des rois. » Mais jeté par une de ces décisions dont, en Orient, l'Europe est prodigue, au milieu de ces âmes impétueuses du Midi , dont les tendances diJBfèrent si profondément des inclinations d'une race qu'il doit regarder — ainsi que tous les Allemands — comme supérieure aux autres, il n'avait ni assez de résolution ni assez de flexibilité pour s'identifier complètement avec la Grèce , pour l'aimer comme elle veut être aimée , comme elle l'a été par ses plus nobles en-
* Dictionnaire historique et critique, art. Henri IV.
* Voy. Vapereau , Dictionnaire des contemporains , art. Lola et Louis,