‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 301 sur 339 · PARTIE V. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE V. — LIVRE II

et à Corfou , voyaient avec inquiétude la Méditerranée et l'Adriatique en train d'être occupées par la marine des nations d'oriçine pélasgique. Ils se hâtèrent donc de bloquer les ports helléniques , de saisir les navires qui leur tombèrent sous la main, et causèrent ainsi aux intérêts maritimes du royaume des dommages considérables. La Grèce est ainsi constamment menacée de voir se renouveler chez elle les luttes qui ont depuis tant de siècles perpétué la misère et la servitude de l'Italie , terre infortunée , où les soldats et les diplomates de l'Occident se sont succédé si longtemps , et dont les querelles des Français , des Autrichiens et des Anglais empêchent encore aujourd'hui l'unité de se consolider. Il résulte d'un pareil état de choses des perturbations , des souffrances et des divisions que nui souverain , nul peuple ne saurait empêcher, et la plupart du temps ceux qui reprochent le plus amèrement à la Grèce ses interminables dissensions, seraient probablement fort contrariés de les voir toucher à leur terme. Une entente sincèrement cordiale et vraiment fraternelle entre les nations de l'Orient chrétien , non-seulement assurerait la défaite de l'isla-

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misme , non-seulement empêcherait nos frères d'éprouver le sort funeste que vient de subir l'héroïque Tsèrnagora, mais elle mettrait fin à l'abus des influences étrangères. Il faudrait, il est vrai, pour obtenir ces grands résultats — j'ai promis de parler franchement à tout le monde — que les Hellènes renonçassent à cette politique archéologique dont le Primato de Gioberti est le spécimen le plus curieux. Gioberti , tout plein des souvenirs de l'empire des Césars romains , est toujours porté à dénigrer les grandes nations appartenant à la civilisation latine, comme cette Espagne qui l'a propagée dans les deux Amériques , comme cette France dont l'invincible épée lui assure une si grande place en Europe. Il se trouve aussi en Grèce plus d'un lettré qui regarde avec dédain ces Roumains fiers d'appartenir, par leur origine , à la cité éternelle ; ces Slaves du sud , dont le bras redouté a fait si souvent trembler les despotes de Stamboul. Ayant perpétuellement devant les yeux la splendeur du trône impérial de Constantinople, ils se figurent que les peuples danubiens se rangeraient volontiers sous l'étendard de l'empire byzantin , le jour où les Hellènes

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