PARTIE V. — LIVRE II
Tauraient planté sur le faîte de Sainte-Sophie. Malheureusement de telles illusions, flattant naturellement la vanité crédule des multitudes, causent aux nations qui s'en repaissent, des maux irréparables. Elles entretiennent des rancunes et des divisions que la politique des Turcs — fort habilement conseillée tantôt par l'Angleterre et tantôt par l'Autriche — exploite avec un succès merveilleux. Enfants de l'Église orientale, les Hellènes, les Roumains, les Slaves du sud doivent se traiter en frères, et oublier, les premiers, les traditions surannées de l'autocratie impériale , les autres , le souvenir souvent douloureux des luttes qu'ils ont soutenues contre elle pour défendre leur indépendance. L'étrange entêtement opposé par le patriarche Joachim II et le clergé de Gonstantinople aux légitimes réclamations des Bulgares prouve que ces conseils sont loin d'être inutiles. Lorsque la Bulgarie a voulu, comme la Roumanie, la Russie, là Serbie, le royaume hellénique, organiser son Église nationale, le patriarcat a repoussé brutalement une demande conforme à tous les principes de l'Église orientale. Cette manière d'agir, réveillant dans l'âme d'un certain nombre de
600 l'insurrection de naupli.
Bulgares la mémoire des prétentions despotiques de Byzance , les a assez aveuglés pour chercher un refuge dans les bras de l'Église la plus centralisée et la plus absolutiste qui soit au monde. C'est ainsi que l'orgueil des premiers et l'ignorance des seconds ont ajouté de nouveaux éléments de discorde aux causes déjà trop nombreuses de dissensions qui compromettent les intérêts les plus sacrés de l'Orient chrétien , et ouvert à l'insatiable ambition de la papauté les plus vastes perspectives*. Absorbés par leurs luttes quotidiennes , trop souvent les partis qui se disputent le pouvoir en Grèce ne s'aperçoivent pas non plus que les éternels ennemis des Orientaux profitent de leur oubli des intérêts supérieurs pour réaliser des plans qui ne seraient pas moins funestes à la Grèce qu'aux autres pays de la péninsule. Mais ceux qui vivent en dehors de ces luttes et qui gémissent du long esclavage de leurs frères sous un joug exécré, s'attristent de voir des esprits sincères et des patriotes d'un dévouement incontesté sacrifier à l'étroite politique du moment cette grande poli-
* J'ai raconté tous les détails de cette histoire dans Rome et les Bulgares,