PARTIE V. — LIVRE IV
lisant la Germanie de Tacite , il n'est pas difficile de les constater déjà chez les Germains; César nous fait deviner les penchants égalitaires des Français et des Suisses dans les goûts des Gaulois et des Helvètes de son temps. Or la tradition de rOrient est incontestablement patriarcale et démocratique. Il est donc complètement inutile , à mon avis y d'y entreprendre la création d'une hiérarchie aristocratique. Napoléon I^r, en l'essayant en France , a perdu sa popularité , et Charles X son trône. Mais la difficulté n'en reste pas moins sérieuse. Il suffit ici de dire que plus elle est grave , plus on doit se montrer indulgent pour un petit peuple , à peine sorti d'un long et dur esclavage , qui était par conséquent dans des conditions bien moins favorables que les Français pour résoudre un des problèmes les plus compUqués de la politique contemporaine. Or qui s'aviserait de déclarer la France indigne de toute liberté , parce que jusqu'à présent deux générations illustres se sont laissé dévorer par le sphinx de 89 , sans avoir pu deviner la fatale énigme? Je sais bien que depuis une douzaine d'années , il ne manque point — pas plus à Paris qu'à Madrid — de gens
qui se flattent d'être plus habiles que leurs devanciers. Ils font comme Fichte et comme Schelling qui , pour éviter la di£Sculté de passer du subjectif à l'objectif, si souvent signalée par Kant y ont supprimé , le premier l'objet , le second le sujet. Mais en Grèce on ne peut pas plus détruire la Charte que renverser la monarchie ; parce que si la nation est monarchique, elle a aussi la passion des institutions libres. Ainsi la royauté et la Charte doivent s'arranger pour vivre ensemble , puisque la monarchie absolue n'a pas duré plus longtemps que la république. Le roi Othon n'en a-t-il pas fait l'expérience ; n'a-t-il pas éprouvé que l'autorité sans limites ne rend pas les ministres plus économes , plus habiles , plus patriotes ? Le « gouvernement de la royauté» n'a-t-il pas été assez c fortifié » jusqu'à la fin de 1844, pour que l'expérience puisse être regardée comme décisive?
Un républicain de Zurich ou de Lausanne envisagerait la situation de la Grèce d'un autre œil qu'un gentleman anglais. « Si de votre aveu , lui dirait-il , la monarchie constitutionnelle ne peut subsister sans l'existence d'une aristocratie , et si, d'un autre côté , il est prouvé que cette arîs-