‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 319 sur 339 · PARTIE V. — LIVRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE V. — LIVRE IV

étonner? La bureaucratie, ce fléau des Etats allemands , avait là une trop belle occasion de faire des conquêtes pour négliger cette bonne

fortune !

« Mais , pour posséder des libertés civiles , il est nécessaire d'avoir une intelligence et des mœurs libérales. Or les Hellènes n'ont pas assez de goût pour le libre examen , pour la libre discussion appliquée à tous les objets que peut atteindre l'esprit humain , pour le développement indépendant des caractères, que le vulgaire nomme dédaigneusement « originalité. » En Angleterre, au contraire, tous les systèmes religieux, politiques, philosophiques et moraux jouissent de la même liberté, et le sentiment chrétien — loin d'avoir souffert de cette allure noblemetit virile des intelligences — est plus fortement enraciné qu'au temps où les derniers Stuarts , en voulant faire peser leur despotisme sur les âmes, ne parvenaient pas à arrêter le torrent d'un scepticisme épicurien qui menaçait de tout envahir.

t Si les Hellènes voulaient jouir des avantages de la monarchie constitutionnelle , l'ordre et la liberté, ils devraient se résigner aux conditions

essentielles de ce gouvernement, et ne pas imiter les Français de 1789 et de 1830. La royauté suppose des institutions qui lui servent de bouclier contre la mobilité des masses , et avant tout une aristocratie solidement constituée. L'expérience a d'ailleurs prouvé que si cette aristocratie est nécessaire à l'ordre y elle n'est pas moins indispensable à la liberté : on ne fait point des digues avec des atomes. Telle est la cause fondamentale qui rend impossible le succès de la monarchie parlementaire dans les pays épris aveuglement de l'égalité. ]»

Je crois comme les Anglais que la grande erreur des peuples de notre continent est d'avoir méconnu jusqu'à présent l'immense valeur des libertés civiles, dont le développement peut seul assurer l'existence des monarchies constitutionnelles. L'importance de ces libertés et du libre examen est égale pour toutes les nations. En est-il de même des institutions aristocratiques? Je ne saurais le croire.

Je ferai d'abord remarquer qu'il est impossible d'improviser des institutions aristocratiques 9 ces institutions étant le résultat de tendances particulières chez certaines races. En

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