PARTIE V. — LIVRE IV
lue, qu'elle ne peut arracher à la décadence les populations arriérées qui lui sont restées complètement fidèles. On trouvera dans Touvrage de M. Napoléon Roussel , Les nations catholiques et les nations protestantes y d'innombrables témoignages qui tous s'accordent à présenter l'Église du pape comme le principal obstacle à la régénération de l'Irlande, du Mexique, de l'Amérique méridionale, de l'Espagne, etc. Si quelques pays catholiques ont pu , depuis la fin du dix-huitième siècle , entrer dans les voies dé la civilisation, il faut l'attribuer à la philosophie et à la révolution française , héritières de la Renaissance, qui ont exercé une si grande influence sur les territoires compris dans l'ancienne Gaule et qui les ont réellement transformés.
Il est assez bizarre qu'on vienne conseiller aux Hellènes de se soumettre à l'Église de Rome au moment même où ses partisans les plus instruits et les plus dévoués , renonçant fièrement à la vieille poUtique de dissimulation, conviennent franchement que ses doctrines sont complétetement incompatibles avec les principes de 1789. Il suffit de lire l'ouvrage très-récent de M. Rupert , La liberté moderne Jugée par l'Église (Paris
1862), pour se convaincre que les deux derniers Papes ont élé les véritables interprètes de la tradition catholique lorsque dans l'encyclique Mirari et dans rallocution Jamàudum, dont M. Rupert montre toute la portée, ils ont accablé les idées libérales des anathèmes les plus terribles. Les Orientaux ont assurément le droit de croire que les patriarches de Rome connaissent mieux les doctrines de l'Église dont ils sont les chefs que les journalistes ou les hommes politiques qui ont la prétention de la ( réconcilier > malgré elle , malgré ses protestations énergiques et réitérées , avec cette société moderne qui lui inspire tant de crainte et de fureurs.
Les philosophes se riront toujours des panacées offertes aux peuples qui travaillent à reconquérir leur position dans le monde. En effet , la grandeur d'une nation se compose d'éléments trop variés pour qu'on puisse l'obtenir, comme le croient les sectaires , par quelque recette mystique , qui donnerait tous les biens et guérirait de tous les maux. Sans doute il est nécessaire que la religion ne soit point en opposition avec les principes qui constituent la civilisation