PARTIE III. — LIVRE I. il
cause nationale était pour elles préférable à tout Tor de la terre.
Mais chez les Hydriotes les mouvements sont extrêmes. Grands, robustes et bien faits, ils laissent lire, dans leurs yeux noirs , les ardentes passions de la fiëre Albanie. On voit qu'ils poussent l'amitié jusqu'au fanatisme, la joie jusqu'au délire , la colère jusqu'à la fureur, la rancune jusqu'aux ressentiments implacables. La multitude , excitée par les déclamations d'un in* salaire contre les c riches fainéants», se montrait assez disposée à s'emparer des biens qui devaient ètï*e si utiles à la nation. Quand les peuples se soulèvent pour revendiquer leur indépendance ou leurs libertés , il est rare que leur cause ne soit pas compromise par des esprits faux ou peu sincères , disposés à mettre aux prises des citoyens dont le patriotisme est également loyal et dont l'union est absolument indispensable au salut commun. Antoine Griésis, un des plus intrépides capitaines de File, eut le bonheur de faire comprendre aux Hydriotes que la violence n'était pas nécessaire pour décider les primats à s'acquitter des devoirs imposés par les circonstances , et qu'il ne
fallait jamais déshonorer la liberté par des scènes de pillage.
Les îles mettaient au service de la Grèce de nombreux navires, plus redoutables par l'habileté et la bravoure des équipages que par la solidité et l'armement des bâtiments. Les vaisseaux n'avaient que 12 , 18 ou SO pièces du calibre de 4 à 8. Chaque année , les insulaires nommaient un navarque ou amiral chargé de donner une impulsion commune mit capitaines. Parmi ces navarques , André Miaoulis s'est acquis une renommée égale à celle des Botsaris et des Karaïskakis. € Avant lui, disait en 1823 Â. Criésis à mon parent le poète A. Soutzos, nous n'avions jamais défait les Turcs sur mer en bataille rangée. Dans les expéditions de Jacob Tombasis , nous avons, par surprise, incendié quelquesuns de leurs bâtiments ; mais Miaoulis , le premier, nous a dévoilé la faiblesse de la marine turque, et, par son exemple, nous a accoutumés à la provoquer au combat. » — «Miaoulis, ajouta un capitaine à cheveux blancs , est du même âge que moi. D'abord simple matelot, il avait en peu d'années acquis de grandes richesses; mais notre fortune, à nous marins, est