PARTIE m. — LIVRE I
aussi inconstante que la mer. Dans un voyage en Portugal , il perdit tout le fruit de ses travaux. Sans se laisser décourager, il a peu à peu réparé ces pertes , et tout en luttant tantôt contre les tempêtes, tantôt contre les frégates algériennes , il est parvenu à rendre sa fortune égale à celle des plus riches primats de notre île. Il est doué d'un courage à tout^ épreuve et d'un sang-froid imperturbable dans les plus grands dangers. A peine , il est vrai , sait-il signer son nom; mais il surpasse par son bon sens nos gens les plus lettrés. > Malgré son peu d'instruction, le brave amiral avait secoué les préjugés asiatiques. Tandis que les belles HydriQtes étaient condamnées par leurs maris à une vie de séquestration assez semblable à la servitude , il recevait dans sa famille , ainsi que les frères Tombasis , les étrangers qui venaient le voir, et les accueillait à son foyer avec la politesse la plus franche et la plus cordiale.
Dès le printemps de 1821 , une escadre turque fut envoyée pour soumettre les insulaires. Les Hellènes avaient, pour lui résister, vingtdeux vaisseaux d'Hydra , sept de Spetzia et neuf de Psara. Les chrétiens ayant rencontré un vais-
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seau turc à deux ponts de 74 canons , un capi* taine proposa de lancer un brûlot contre cette masse. La tentative ayant réussi complètement, malgré les terribles bordées du navire, et 600 Turcs ayant péri dans les flots , Fescadre ottomane , épouvantée de la catastrophe , se hâta de quitter Mytilène et de battre en retraite. On sait avec quelle audace et quel succès les marins grecs out depuis employé les brûlots. Canaris a bien voulu lui-même m'en faire la description. Ces machines incendiaires étaient de vieux bâtiments remplis de matières inflammables, de poudre à canon et de roche à feu pulvérisée. Des conducteurs enduits d'un mélange prompt à s'enflammer allaient de l'entrepont aux manœuvres. Des coub'sses établies dans l'intérieur devaient, en un clin d'œil , communiquer la flamme à toutes les parties du navire. L'un de ces conduits aboutissait à une fenêtre de l'arrière, et c'est là que le capitaine, posté sur un échafaudage construit au-dessous , mettait le feu. Un canot placé sous la poupe , le recevait avec ses hommes aussitôt qu'il avait accompli sa tâche périlleuse. On comprend tout ce qu'elle exigeait de sang-froid et d'énergie. Il fallait, après avoir engagé le beau-