‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 74 sur 339 · PARTIE III. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE III. — LIVRE II

rendre inhabiles au service de la mer. Telle était la fraternité des temps antiques !

De telles scènes fortifiaient dans les âmes la croyance qu'il existait des dieux farouches capables d'inspirer aux hommes des passions impitoyables. Parmi ces dieux, Hécate occupait une position assez importante pour qu'on eût en son honneur établi des mystères à Égine.

La lune était considérée sous un triple aspect par les anciens Hellènes. Quand elle jette ses traits d'argent à travers le sombre rideau des forêts, on l'appelait Artémis ; lorsque , a déesse à la belle chevelure, > elle guide le chœur resplendissant des étoiles , on la nommait Séléni ; quand elle illumine soudainement la nuit profonde et t qu'elle lance au loin» ses rayons dans de sinistres vapeurs, on lui donnait le nom d'Hécate. L'influence que l'antiquité accordait à la lune *, disposait les esprits à attribuer à Hécate un rôle odieux. Ces préjugés existaient encore en Occident au moyen âge , et l'impopularité de la lune rousse en est un souvenir. Lorsque M. Michelet, dans son Histoire de France , donne à la femme l'étrange épithète de «lunatique, :» il fait allusion

« Voy. Psaume CXXI, 6.

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à Taction qu'on prêtait à la lune sur la santé d'un sexe dont la vie physique, profondément incomprise, était regardée comme un enchaînement surnaturel de châtiments et d'infirmités. Il ne semble pas que l'astre des nuits ait non plus respecté le cerveau du « sexe fort ; » car un démoniaque qu'on présente à Jésus-Christ est aussi appelé «lunatique*. »

Il était impossible que ces opinions ne frappassent pas l'imagination du voyageur égaré quand il suivait une route solitaire bordée de tombeaux, éclairée par cette lune qui, en prêtant aux objets des formes fantastiques , semblait vouloir l'écarter du droit chemin. Les cris des chiens qui aboyaient d'une façon lugubre , lui faisaient penser que leur sommeil était troublé par les spectres hideux envoyés par la déesse que les sorcières de Thessalie prétendaient faire descendre sur la terre. Une divinité de ce genre devait avoir pour cortège des êtres tels que Mormo, type de Croquemitaine et des ogres, les Empuses et les Striges , analogues aux méchantes fées, les Lamies et les Gelludes de Lesbos qui rappellent les vampires. Grâce à leurs relations

* Saint Matthieu XVU, 15.

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