‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 75 sur 339 · PARTIE III. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE III. — LIVRE II

avec Hécate, les magiciens pouvaient évoquer tous les fantômes des enfers qu'elle tenait sous sa protection. Les rapports qu'ils ont avec le diable donnent aux sorciers modernes le même pouvoir, si Ton en croit MM. E. de Mirville, Ventura, Gougenot des Mousseaux, Collin de Plancy^ Perrone , Lacordaire et les autres démonologues contemporains. Mais pour faire sortir les spectres de leur sombre demeure, il est essentiel d'avoir une ferme croyance à leur existence. Aussi les femmes, dont l'imagination est plus vive, ontelles toujours joué le rôle principal dans les évocations et dans les scènes de sorcellerie. C'est une femme qui montre à Saûl l'ombre de Samuel. Les Thessaliennes avaient en Grèce une réputation sans égale. Les histoires de Circé et de Médée donnent une idée du pouvoir qu'on attribuait aux magiciennes, pouvoir qui leur permettait de disposer souverainement des forces de la nature. Quand on lit les légendes des sorciers du moyen âge, spirituellement analysées par MM. Louandre, Maury et Figuier, on voit qu'ils avaient également à leurs ordres une puissance égale à celle des plus pieux thaumaturges. Aussi inspiraient-ils plus de terreur que

les saints d'enthousiasme. « La population , dit M. LouandreS était à la lettre divisée en sorciers et en ensorcelés.» — « La multitude prodigieuse de sorciers, ajoute M. le docleur Littré, qui tombèrent sous les coups d'une justice insensée, démontre à quel point les maladies intellectuelles se communiquent et persistent avec force, puisque les bûchers ne les arrêtaient pas et qu'ils mouraient tous avouant leurs relations avec le démon. Tout cela était faux, ils l'affirmaient et mouraient en l'affirmant ! » Il s'en faut que le peuple des provinces helléniques ait perdu la foi à ces vieilles superstitions enfantées par la crainte. Les Exotiques sont les dignes héritières des magiciennes de Thessalie. Elles se plaisent dans les cavernes, dans les tristes solitudes, dans ces lieux arides qu'on regarde depuis longtemps comme plus agréables au démon' et à ses ministres. Elles contractent des unions dignes d'elles avec les Vrycolakas (vampires) ; et combien de paysans, en écoutant le glapissement du chacal, ne s'imaginent pas entendre en même temps la voix détestée des sorcières 1

* Revue des Deux-Mondes, 15 août 1842.

*Voy. Saint Matthieu XII, 43. Saint Luc XI, 24.

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