‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 78 sur 339 · PARTIE m. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE m. — LIVRE II

Les anciens avaient soupçonné les dangers que présente leur intervention, quand ils disaient qu'il leur suffisait de se croiser les mains pour empêcher la délivrance d'une femme.

La Peste qui se montre en personne aux populations qu'elle menace et « qu'une main divine peut seule conjurer, » ne rappelle-t-elle pas ces f inflexibles Kéres » qui ravissent l'âme des mortels pour les' conduire aux sombres demeures ? Cbaron , qui est resté dans Dante le hargneux nocher des enfers , a pris dans la Grèce moderne un rôle analogue à celui de la < noire Ker de la morti» dont parle Homère. Dans ses Mélanges néohelléniques (Athènes 1856), M. Marino P. Vréto a trop bien tracé le portrait de ce personnage redouté pour que je croie nécessaire de le faire après lui*.

Les peuples ne sont pas plus que les individus à l'abri de ces revers de la fortune que les Hellènes ont toujours aimé à attribuer à des divinités malfaisantes. Les révolutions avaient transformé Égine en un désert, lorsque Capodistrias eut l'idée d'y transporter le siège du gouvernement. Les personnages qui environnaient le Pré-

• Voy. le Charon des Grecs modernes.

sident à Égine, en 1828, offraient encore ces diversités extérieures qui impliquent de grandes différences d'habitudes. Le primat péloponésien Zaïmis avait établi sa résidence dans la maison de Yoga turc, édifice carré au front crénelé, qui dominait toutes les habitations. Quand Zaïmis sortait à cheval de son pyrgos y escorté de deux pallicares et suivi d'un tchibouktchi (domestique chargé de porter la pipe) , ses habits étincelants de dorures et son air dédaigneux lui donnaient plutôt l'air d'un seigneur féodal que du citoyen d'une république. Dans une maison plus que modeste , située devant Vorphanotrophion (orphe- Unat) , vivait , avec sa famille , un descendant des princes du Phanar, M. Alexandre Mavrocordatos , dont le costume occidental , les habitudes simples, les goûts lettrés faisaient un bizarre contraste avec le train du Moréote. Près du port, dans une habitation encore plus modeste, au milieu des canons brisés , des voiles et des agrès épars , on trouvait le héros de Psara étendu sur un tapis, portant l'habit des marins, un fess rouge , une petite veste brodée en soie violette , et tournant dans ses doigts un chapelet aux grains noirs. Une jeune femme aux yeux bleus,

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