PARTIE III. — LIVRE II
pité la crise qui tendait à transformer en monarchie la république hellénique^ et substitué pour plusieurs années (1833-1843) un gouvernement absolu au régime turbulent et désordonné ^ mais actif, patriotique et belliqueux, qui avait, à travers des obstacles et des dangers de toute espèce, dirigé la nation dans la conquête de son indépendance. L'existence des partis est sans doute nécessaire à tout État libre , mais lorsque leurs luttes deviennent trop acharnées , elles causent infailliblement une réaction qui va jusqu'à décider les peuples les moins dociles à chercher le repos dans les bras d'un pouvoir despotique. Au milieu du silence exagéré qui suit cette réaction, on devient ordinairement moins sévère pour ceux qui ont succombé dans un orage capable de briser les âmes les mieux trempées.
On a dit que les partis, tels qu'ils existent aujourd'hui en Grèce, ont vu le jour en même temps que l'insurrection de 1821. Cette opinion, qui a été souvent soutenue en France , n'est pas exempte d'exagération. Sans doute , ainsi que je l'ai montré précédemment , les dissensions éclatèrent parmi les Hellènes longtemps avant Téta-
blissement de Capodistrias à Égine. Mais ces dissensions étaient plutôt causées par l'orgueil ou l'ambition des chefs, par les prétentions des classes et les rivalités provinciales , par la pétulance traditionnelle des Hellènes, par l'esprit d'agitation inséparable de toute grande transformation politique, que par des partis fidèles à des théories systématiques. Cependant l'opinion qui donne aux partis une assez longue existence , a eu raison de faire remarquer que les tendances qui les ont produits ne datent pas d'hier , puisqu'elles sont même antérieures à la guerre de l'indépendance. Depuis que la Russie a attaqué l'empire ottoman , elle n'a point cessé d'avoir en Grèce des intelligences secrètes. Les Péloponésiens étaient d'accord avec elle lorsqu'ils se soulevèrent en 1770. Rhigas-le-Libérateur, qu'onpeut considérer comme le fondateur d'une première hétairie , n'avait-il pas pris pour modèles les patriotes français de 1789? Rhigas était Rouméliote comme Coletti , le chef du parti français , qui naquit quelques années avant l'assassinat de Rhigas par cette puissance dont M. le comte de Montalembert faisait lui-même, à l'époque des massacres de Gallicie , un portrait si sombre et