Uneslatue de Jahn y a été érigée en
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eu encore un mérite d'un genre particulier que nous avons peine à comprendre en France, mais qui pou ries Allemands était considérable. Jusquelà tous les termes de gymnastique étaient français : il n'était question que « de voltes, de revers, de croisés, d'échappés. » Jahn refondit celte nomenclature et, en germaniste convaincu, on peut penser si les termes qu'il mit à la place étaient frappés au coin du pur teutonisme. Remontant jusqu'à la vieille littérature, empruntant un mot à une ancienne traduction allemande de Vitruve, un autre à une description de tournoi, mettant à contribution la langue des marins, des mineurs, des charpentiers, puisant dans les différents dialectes, il arriva à créer une terminologie pittoresque et d'aspect indigène. Il n'est pas jusqu'au terme qui désigne la gymnastique, et dont l'origine française saute aux yeux, Turnen (tourner, tournoi), que Jahn ne revendiquât courageusement pour l'Allemagne, déclarant qu'il est déjà employé par Notkér, et qu'il a dû être importé en France par les Pannoniens et par les I Avares. Ainsi fut formée la langue de l'art national allemand. Ceux-là seulement peuvent sourire qui ignorent- le pouvoir que les mois exercent sur Timagination. Aujourd'hui l'enfant qui entend ces noms archaïques croit volontiers son maître, quand celui-ci lui dit que la gym-
nastique est un exercice répondant aux plus :i
profonds instincts de la race germanique, et il {
pense continuer la tradition des guerriers contem- \
porains de Hildebrand et de Hadubrand, quand j
en réalité il reçoit l'impulsion venue de Rousseau.
A partirde 1815, la gymnastique devint suspecte aux gouvernements de la Confédération, car elle donnait lieu à des associations, à des voyages, à des fêtes qui favorisaient les aspirations unitaristes et démocratiques. Jahin lui-môme fut emprisonné. Néanmoins le mouvement continua, secrètement entretenu par les universités. F.a Prusse, qui l'avait d'abord entravé tout comme les autres États, finit par comprendre qu'il valait mieux l'exploiter à son profit. Peu de temps avant la guerre de 187Q, on comptait en Allemagne 1360 Tumvereine ou associations de gymnastique, comprenant plus de 100 000 membres. Des statistiques ont été établies sur la part que ces Sociétés ont prise à la guerre contre la France, sur le contingent qu'elles ont livré à la liste des tués, des blessés, des décorés, et il semble, en effet, d'après les chiffres produits, qu'une partie de la jeunesse la plus énergique est engagée en ces réunions.
Je dirai à ce propos que la profession de l'enseignement ne dispense point du service militaire. Quand on parcourt le petit livre qui corres
pond à noire Annuraire de rinstruction publique, OQ trouve assez souvent après le nom d'un professeur, à côté de la mention docteur en philosophie, cette autre : lieutenant de la réserve. Ce voisinage ne fait point l'effet d'une dissonance, c'est plutôt une opposition de ton qu'on recherche et qui flatte Tamour-propre,
Cette esquisse ne serait pas complète si je ne parlais des excursions à pied qu'une fois au moins par an chaque classe accomplit au loin en compagnie de son professeur. Ces promenades n'ont rien de commun avec nos indolentes et monotones tournées du dimanche et du jeudi.
On choisit un jour de la semaine pour en mieux marquer le caractère extraordinaire; un élève qui s'en dispenserait sans motif sérieux s'exposerait aux plaisanteries du maître et de ses camarades. Utilisant les chemins de fer pour sortir du rayofa connu, on se dirige vers quelque lieu remarquable par les souvenirs historiques ou par son aspect pittoresque. Toute la journée, depuis cinq heures du matin jusqu'aux heures de la nuit, est employée à cette excursion. Quand la troupe est arrivée au but, on organise des luîtes, des jeux; quelquefois des prix, achetés à frais communs, sont décernés aux vainqueurs ; les chants, qui ont un attrait particulier dans la forêt ou sur la montagne, accompagnent la mar-
che,égayent les haltes. Le repas, pris à Tauberge, est complété par les provisions dont chacun s'est muni. C'est un plaisir tout nouveau pour l'élève de converser familièrement avec son professeur et de le voir hors du cadre un peu convenu de la classe. Des hommes d'un âge mûr (car il y a longtemps que cet usage existe) m'ont assuré que les courses du collège leur avaient laissé un souvenir ineffaçable et comptaient parmi les meilleurs jours de leur vie; à beaucoup, elles ont donné pour toujours le goût des voyages. Aussi sont-elles traitées par les directeurs comme chose très sérieuse : j'ai entendu discuter devant moi, entre proviseur et maîtres, comme on aurait fait d'un plan de campagne, la direction et la longueur de quelques promenades projetées.
L'épreuve de Idifuss-f art h on excursion pédestre sert à juger les qualités physiques et morales du professeur et à voir l'action qu'il exerce sur la jeunesse. Nous nous représentons habituellement le maître comme un conseiller de prudence et comme un modérateur; dans les expéditions des écoliers allemands, le maître marche en tête de la colonne, pas3e par les chemins les plus escarpés. C'est lui qui propose les jeux qui exigent le plus d'initiative et de force. Il apprend, en ces occa-^ sions, à connaître certains côtés de ses élèves que la classe ne révèle pas : tel qu'il regardait
comme un lourdaud déploie des ressources de caractère qu'on ne lui soupçonnait point. En fidèle rapporteur, je dois ajouter que, comme toute chose au monde, celle-ci a ses mauvais côtés. Il est rare qu'il n'y ait pas des éclopés, quelquefois même on rapporte des blessés. Une autre ombre au tableau, c'est le goût de la boisson, dont beaucoup de ces jeunes gens, préludant déjà à la vie d'étudiants, et pour imiter toujours les ancêtres, donnent des preuves en ces grands jours. La pédagogie allemande ne se laisse pas arrêter par ces inconvénients. Elle pense que l'abstention est un parti trop facile, et qu'il faut qu'on risque quelque chose. « Dans mon pays, dit Gutsmuths, on lit ordinairement sur les tombes des paysans: ïci repose très discrète personne tel et tel. Qu'on mette cette épitaphe sur la tombe de très discrète éducation 1 En ce monde orageux, la seule prudence ne conduit à rien : nous sommes sur la mer, il faut que chacun apprenne à nager. » Ces maxinçies, pratiquées déjà depuis deux âges d'homme, ont changé l'idéal de la nation. Le roman décrit de préférence les natures indomptables, les volontés qui font tout plier autour de soi. Lés colonies lointaines, les comptoirs à établir dans Textrême Orient, les explorations dangereuses séduisent les imaginations. Mais ce qui enlève surtout les suffrages, c'est, comme on l'a
VU dans la dernière guerre, une troupe de cavaliers se jetant en pays ennemi, ou encore rofficier de marine faisant au loin acte de vigueur sous sa responsabilité et sans ordres. Tels sotit nos voisins, tels il faut les voir. Ajoutez-y quelques circonstances extérieures : un climat plus sévère que le nôtre, un sol moins riche, des familles nombreuses, la concurrence vitale ardente dans toutes les carrières. On aura alors une juste idée de ce qu'un écrivain a récemment appelé avec raison le péril national^.