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ces compétitions se sont produites : mais depuis trente ans elles ont cessé, ou du moins, elles ont changé de nature. On ne veut plus se prendre la place l'un à Tautre : on combat pour obtenir l'égalité. Tout le monde voit que ce genre de lutte entraîne moins de soubresauts. Il présente aussi moins de dangers , car on ne risque pas d'adultérer deux sortes d'éducation, dont chacune a ses avantages et ses droits, en les mêlant par des compromis qui ne contentent personne. Cette paix, dont les études classiques et les études pratiques ont profité également, est due à la, realschule.
La pédagogie allemande, qui aime à se donner des aïeux, fait remonter jusqu'au dix-septième siècle les premiers essais du nouvel* enseignement. L'école réale inscrit sur la liste de ses initiateurs les noms de Bacon et de Comenius. Sous l'influence des écrits de Bacon, Amos Comenius (1592-1681), le dernier éyêque des frères moraves*, publia un plan d'éducation qui obtint une grande célébrité. Il s'agissait de substituer aux livres l'étude directe de la nature. « Ne demeurons-nous pas aussi bien que les anciens dans le jardin de la nature?... Ce ne sont pas les ombres des choses, ce sont les choses elles-mêmes qu'il
1. Son véritable nom était Komensky, du nom de Komna en Moravie, sa ville natale.
Taut présenter à la jeunesse. L'enseignement doit commencer par la vue des objets, et non par leur description en paroles. Si quelquefois les objets manquent, il faut au moins en présenter les images. » Il réalisa cette idée dans son Orbis 'pictuSy ouvrage longtemps populaire, et qui encore aujourd'hui, sous une forme renouvelée, sert à l'éducation de la jeunesse. Les sciences physiques et naturelles devaient tenir dans rinstruclion la première place. A côté du latin, la langue maternelle obtenait plus d'attention qu'on ne lui en avait accordé jusque-là. Toutes ces idées frappèrent vivement l'attention publique; mais, ainsi qu'il arrive pour les réformes prématurées, les moyens d*exéculion manqué-* rent. Comenius, après avoir condamné l'usage ^exclusif des livres, fut à son tour obligé d'enseigner l'histoire naturelle d'après Pline et la mécanique d'après Vitruve. Le latin, malgré tout, restait le commencement et la fin de l'éducation. Cependant le souvenir de Comenius, dont le caractère vénérable et l'existence traversée d'épreuves avaient excité la sympathie de l'Europe, demeuria longtemps vivant dans les contrées où il avait enseigné.
Trente ans plus tard, un théologien inclinant au mysticisme créa le premier grand établissement où furent mises en pratique les idées de
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i Comenius : nous voulons parler d'Auguste-HerïQann Francke' (1663-1727), le chef de la secte des piélisles. Le zèle religieux et le talent d'organisation ont Tair d'être deux choses d'un ordre
\ assez différent; cependant Texpérience prouve
I qu'elles vont souvent ensemble: Francke possé-
S dait Tune et l'autre à un haut degré. Après une jeunesse tourmentée par le doute, il se sentit un jour, au moment de prêcher, subitement éclairé
), de la foi, et il -résolut d'employer sa vie à l'instruction et à Tédiflcation de ses semblables. Appelé à Halle comme pasteur en môme temps que comme professeur de grec et des langues
^ orientales, il y créa, dans l'espace de trente ans, avec le seul secours de la charité, le plus vaste
r ensemble d'écoles de toute sorte qui existe au monde. En 1685, trouvant un jour 7 florins dans le Ironc des pauvres fixé près de sa porte :
« Voici un capital, dit-il. Avec cela, je veux fonder quelque chose. » Le même jour, il commença une école pour les indigents. Peu de semaines après, comme on lui amenait trois
' en^nts de familles aisées, il joignit à son école
^ un pensionnat. Vinrent ensuite un séminaire pour les instituteurs, une école bourgeoise supérieure, un orphelinat, une école latine, un
, collège oriental, un établissement pour lés missions dans l'Inde, une société biblique, sans parr
1er d'une librairie et d'une pharmacie alors fort renommées. Pour loger tant d^institutions diverses, il élevait d^importantes constructions. Les dons affluaient entre ses mains à mesure qu'il multipliait ses fondations. En 1698, il réunissait dans ses diverses écoles 400 élèves et 60 maîtres; l'année de sa mort, le nombre des élèves s'élevait à 2,200, celui des maîtres à 175. Dans les écoles de Francke, on ne se contentait pas d'étudier les langues anciennes, il y avait des cours de mathématiques, d'astronomie, d'anatomie, de botanique ; un cabinet d'histoire naturelle, chose toute nouvelle alors, avait été formé. Des leçons spéciales étaient données aux jeunes gens qui ne voulaient pas continuer les études savantes, mais qui étaient dans l'intention de se vouer au commerce, à l'économie agricole, aux arts utiles. On leur faisait visiter les fabriques des environs; dans la maison étaient installés des ateliers pour apprendre à tourner, à forger, à polir le verre. Ces nombreuses fondations, encore augmentées dans la suite, finalement entretenues sur les fonds de l'Etat, ont toutes subsisté jusqu'à ce jour : ce groupe d'édifices, dont quelques-uns sont encore ceux même du xvii» siècle, où s'assemblent tous les jouirs plus de 3,000 élèves et de 150 maîtres, et dont la réunion fait presque l'impression d'une
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ville, est un curieux témoignage de la puissance de l'initiative privée.
C'est également à Halle et dans le même temps que le nom de realschule fut pour la première fois donné à une école. L'inventeur du mot était un collègue de Francke, Tauniônier et pasteur Semler (1669-1740). Il aimait fort les mathématiques et était lui-môme un mécanicien habile: En 1706, il fonda à Halle une « reaischule mathématique et mécanique », dans laquelle on instruisait les jeunes gens aux connaissances comprises aujourd'hui sous le nom de technologie. Toute sorte de mécanismes et de modèles étaient mis sous leurs yeux. Le terme môme de reaischule y fait allusion : il doit former antithèse avec renseignement verbal des gymnases.
Nous arrivons à la fondation d'une reaischule qui existe encore aujourd'hui après cent vingthuit ans de durée, et qui servit de pépinière à beaucoup d'autres. Jean-Jules Hecker (1707-1768) est également un théologien. Il connut Francke dans les derniers temps de sa vie et il professa pendant six ans dans ses écoles. Appelé comme aumônier et comme inspecteur des écoles à Berlin, il y créa d'abord, sans le secours de l'Étal, six écoles primaires, et en 1747 il y adjoignit une reaischule. Frédéric II, qui s'intéressa au nouvel
enseignement, accorda à rinstitution de Hecker toute sorte de privilèges destinés à en accroître les revenus, et lui permit de prendre le nom d'établissement royal. A l'imitation de ses prédécesseurs, Hecker collectionna des objets en nature et des modèles de toute sorte, depuis rassortiment complet d'une boutique d'épicerie jusqu'à la représentation du déluge et l'image du tabernacle de Moïse, depuis des instruments aratoires et des métiers de tisserand jusqu'à des reliefs de fortification. Un jardin botanique, une plantation de mûriers, étaient joints à la nouvelle école. L'enseignement ne présentait pas moins de variété : à côté des cours de mathématiques, de physique, d'histoire, de géographie, d'allemand, de français, d'anglais, d'italien, on pouvait suivre des leçons d'exploitation rurale ou de construction civile et militaire. L'ensemble des cours ressemblait au programme d'une université des arts et métiers. Hecker avait recruté dans la ville tous les hommes capables d'instruire la jeunesse en ces matières : il envoyait des maîtres dans les mines du Harz pour rapporter des connaissances en métallurgie; en vue de chaque enseignement, il faisait rédiger des manuels. Dès 1748, il annexa à son école un séminaire destiné à former des professeurs.
Sur le modèle de la realschule de Berlin, il s'en
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fonda bientôt d'autres en diflférentés villes de TAUemagne; mais ces créations n'eurent point une existence durable. Il ne faut pas s'en étonner; deux défauts graves étaient inhérents à cette organisation. Au lieu d'un enseignement disposé avec ordre et uniformément donné aux élèves d'une même classe, comme il convient dans Tinstruction secondaire, on offrait aux enfants le choix parmi une quantité de leçons sans cohésion ni gradation. En outre, cette sorte d'institution était plutôt une agglomération d'écoles spéciales et techniques qu'un établissement destiné à donner une instruction générale.
Les guerres de la révolution et de l'empire, qui bouleversèrent l'Allemagne et diminuèrent la richesse publique, arrêtèrent ces essais; mais après la chute de l'empire, l'essor imprimé au commerce et à l'industrie, le réveil de l'esprit public dans les classes moyennes, l'intérêt qu'excitaient partout les découvertes de la science, donnèrent une impulsion nouvelle aux esprits. Cependant on faillit d'abord faire fausse route : en certaines villes, les réformateurs se tournaient vers les gymnases pour les inviter à transformer leur instruction en raison des besoins nouveaux qui s'étaient manifestés. On leur demanda de réduire la part des langues anciennes pour donner une plus large place aux mathéma-
tiques, aux sciences physiques et naturelles^ aux langues vivantes. Heureusement que dans Tintervalle le gymnase avait lui-même repris des forces ; il pouvait opposer à ses détracteurs les œuvres éminentes en tout genre que produisait alors Tétude de l'antiquité. Derrière le gymnase, pour le soutenir, se trouvaient les universités, où enseignaient des hommes comme Niebuhr, Gottfried Hermann, Boeckh, Otfried Mûller. Le gymnase, tout en faisant quelques concessions, se trouva en mesure de maintenir Tunité et l'intégrité de son programme. Les municipalités comprirent que le parti le plus sûr et le plus court était d*établir le nouvel enseignement à côté et en dehors des anciens cadres. En vingt ans, TÂUemagne se couvrit de realschuleny sans que les gouvernements, surtout en Prusse, intervinssent dans ces fondations.
Il restait à déterminer le programme des études. Sur C3 point encore il y eut longtemps des tâtonnements et des erreurs. En certaines villes, on exagéra le caractère professionnel. On enseignait des métiers ou bien on apprenait le commerce et la banque. Les écoles professionnelles de ce genre ont certes leur utilité, et il s'en fonde encore tous les jours en Allemagne (gewer" beschulen^ handels-schulen) ; mais Texpérience montra que le but n'était point mis assez haut.
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et qu'une partie de la population restait toujours l'îih sans l'instruction qui lui convenait.
(JÈf Celui qui, après les hommes que nous avons |g' nommés, a le plus fait pour l'organisation de la realschule, est Auguste Spilleke. Élève du célèbre helléniste Wolf, il professa d'abord dans diflféj[é^ rents gymnases de Berlin, où il se fit remarquer j|]r par ses aptitudes didactiques. En 1821 , il fut \i nommé à la direction de l'école fondée autrefois par Hecker. Grâce à lui, la realschule royale de Berlin se débarrassa eii grande partie de l'appaj(t. reil technique dont son fondateur l'avait encomilij; brée, et devint un établissement d'instruction 1 1 générale.
pit C'est ainsi que des expériences multipliées et l'initiative des directeurs, qu'aucun règlement trop étroit n'enchaînait, firent peu à peu entrer la realschule dans sa véritable voie. L'opinion lej qui prévalut et qui aujourd'hui règne à peu près ij)> sans partage en Allemagne, c'est que la realschule, ei pour occuper à côté du gymnase une place in- )ii contestée et respectée, doit être une institution le à la fois scientifique et littéraire, sans aucune ], vue d'utilité immédiate, qu'elle doit être hou fl l'antithèse du gymnase, mais un gymnase mitigé, où les connaissances historiques et littéraires tiennent encore une belle place, tout en laissant du champ aux mathématiques, à l'histoire natu-
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relie, à la physique et à la chimie. Elle doit avoir le môme nombre de classes que le gymnase, mais en disposant les matières de façon à pouvoir au besoin congédier une partie des élèves avant la fin ; dans les hautes classes, elle doit dépasser le gymnase sur le terrain des études scientifiques, mais renoncer à lutter avec lui sur celui des études littéraires. Enfin, comme la diiïérence essentielle entre les deux établissements se trouve dans ce fait que les élèves du gymnase, leurs classes finies, continuent à l'université leur éducation, et que la plupart des autres, en sortant de la realschule, entrent de plain-pied dans la vie, renseignement de la realschule doit être plus varié, mais nécessairement aussi sur certains points moins approfondi.
Le gouvernementprussien, qui jusque-là n'avait rien fait pour ces sortes d'écoles, regagna subitement en 1859 le temps perdu en définissant le caractère de l'institution et en lui assurant des avantages considérables. « Le gymnase et la realschule^ dit une circulaire ministérielle, sont deux écoles de même rang. Le progrès des sciences et les changements survenus dans la société ont rendu cette division nécessaire. Tandis que le gymnase atteint son but par Fétude des langues, et surtout par l'étude des langues classiques de l'antiquité, et secondairement par