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L ECOLE REALE

les mathématiques, là realschule se tourne plutôt vers le présent, c'est-à-dire vers la langue maternelle et les langues étrangères, auxquelles elle joint les sciences mathématiques, naturelles et physiques; mais comme le présent ne peut être compris sans la connaissance du passé, la real^ schiile ne pourra négliger l'étude de l'histoire.... En réalisant ce programme, elle dissipera l'erreur de ceux qui pensent qu'elle doit transmettre des connaissances d'un emploi immédiat dans la vie. Sans doute l'école doit avoir égard aux exigences de la vie et l'institution des realschulen est là pour prouver qu'effectivement on y a égard, mais il ne faut pas oublier que l'école a affaire à des enfants, à des jeunes gens, chez qui on doit se contenter de poser un premier fonds de connaissances générales et durables. »

Le gouvernement prussien ne s'en tint pas à une profession de foi. Il accorda aux realsclm^ len qui présenteraient un ensemble complet d'études le droit de délivrer des certificats de sortie, exactement dans les mêmes conditions que les gymnases. Certaines grandes écoles de l'État s'ouvrirent aux élèves pourvus de ce diplôme: l'école des ponts et chaussées, celle des mines, celle des forêts, celle des arts et manufactures. Les élèves qui voulaient entrer dans l'armée étaient dispensas de l'examen conduisant au

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grade d'enseigne ; même sans avoir achevé le cours complet des études, les élèves pourvus d'un certiOcat pouvaient entrer dans certaines administrations officielles ou embrasser quelques professions demi-savantes. Ainsi Télève qui a achevé sa seconde peut entrer comme surnuméraire dans les postes ou dans les contributions, ou comme employé dans les bureaux de l'intendance; il peut devenir vétérinaire, arpenteur, vérificateur des poids et mesures; il est admis au volontariat d'un an *. Ce n'est pas sans motif que le gouvernement prussien a gradué les privilèges que confère la realschule; il savait que le public d'élèves auquel elle s'adresse n'a pas toujours l'envie ou les moyens d'aller jusqu'au bout des classes.

Dès lors l'ambition des villes qui possédaient déjà un institut de ce genre fut d'obtenir pour lui le titre de realschule de premier' ordre, car c'était seulement à cette condition que les certificats délivrés par l'établissement avaient leur plein effet. Pour mériter ce litre, il fallait installer une série complète de huit classes, ouvrir des laboratoires, en assurer le service, enseigner le latin et n'employer que des maîtres pourvus des grades scientifiques. Le nombre desrealschulen de

1. Cette mesure a été étendue depuis aux élèves qui ont fait la troisième, et môme la moitié seulement de la troisième.

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premier ordre monta rapidement de 21 4 56 ; il ^est aujourd'hui de88^ Pour donner une idée de rimportance de ces établissements, je citerai celui de Cologne, où le budget annuel est de 130,000 francs, ceux d'Elbcrfeld et de Dusseldorf, où il est de 120,000 et de 90,000 fr. A Mayence le budget est de 75,000 fr. ; les bâtiments avec les collections représentent une valeur de 350,000 fr. La rétribution des élèves ne fournit qu'une partie de ces sommes. — C'est le moment de dire un mot du prix payé par les écoliers. A Berlin, le prix de la realschule est le même que celui des gymnases : il est d'environ 100 francs par an. Dans d'autres villes, le tarif va en augmentant à mesure qu'on s'élève vers les hautes classes (disposition que je suis loin d'approuver) : à Cologne, il est de 95 francs dans les classes inférieures, est de 130 francs à la fin des études. Dans le midi de l'Allemagne, par exemple à Stuttgart, le prix descend à 80 et à 50 francs. — Pour assurer à la realschule la considération du public, il fallait aussi s'occuper des professeurs. On haussa le niveau des examens : le personnel enseignant, qui jusque-là s'était un peu recruté de partout,

1. Nous ne parlons ici que du^eul royaume de Prusse. Pour TÂUemagne entière, le nombre des vealschulen de premier Ordre est aujourd'hui de 145, celui des realschulen de second ordre de 82.

fut dès lors pris parmi les anciens élèves des universités. Le gouvernement tint la main à ce^ que les traitements fussent les mêmes que dans les collèges, et les municipalités accueillirent en général avec empressement cette mesure équitable.

Que devenait pendant ce temps renseignement du grec et du latin? Le gymnase vit cesser peu à peu les attaques qu'on dirigeait contre lui; profitant de cette paix inespérée, il se voua avec plus de liberté qu'il n'en avait eu depuis longtemps à Tétude des langues et des littératures anciennes. Le nombre de ces établissements n'a pas cessé d'aller en augmentant. En 1818, la Prusse comptait 91 gymnases et progymnases ^; en 1866, elle- en avait 154; en 1873, 2ia. Dans cette énumération, nous faisons à dessein abstraction des pays que la Prusse s'est annexés*. Il est intéressant de rapprocher le nombre total des élèves dans les deux sortes d'établissements. En 1868, l'enseignement des gymnases et progymnases comptait en Prusse 58,000 élèves, et celui des realschulen et des écoles supérieures qui

1. On appelle progymnases les collèges latins qui n'ont pas une série complète de classes: ils s'arrêtent ordinairement à la classe correspondant à notre troisième ou à notre seconde.

2. Pour l'Allemagne entière, le nombre des gymnases est aujourd'hui de 319^ celui des progymnases de 43.

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leur peuvent être assimilées 35,000 ^ Dans le midi de l'Allemagne, la proportion s'élève en faveur de la realschide; les deux espèces d'écoliers sont en égal nombre dans le Wurtemberg. En ces dernières années la realschule a fait un grand pas de plus : elle a forcé l'accès de Tuniversité. En 1868, de nombreuses pétitions adressées à la chambre des députés de Prusse avaient réclamé pour les élèves diplômés de ces établissements le droit aux études académiques (on appelle ainsi les études d'enseignement supérieur faites auprès des universités). M. de Muhler, alors , ministre de l'instruction publique, prit l'avis des corps savants, et, malgré l'opinion défavorable exprimée par la plupart d'entre eux, il décida par un rescrit du 7 décembre 1870 qu'à l'avenir les élèves diplômés de la realschule pour^^aient se faire inscrire aux universités comme étudiants en mathématiques, en sciences naturelles et en philologie moderne*. La conséquence de cette décision, c'est que les élèves des realschulen peuvent arriver aux examens d'état et à la carrière de l'enseignement. Ce succès inattendu a causé une vive agitation qui dure encore*.

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