Celte loi e.«t nnjourd'lini votée
muni le cœur de solides principes. L'apprenlissage après l'école: autrementonn'auranirécole, ni Tapprentissage. D'ailleurs renseignement n'a plus aujourd'hui le caractère abstrait qu'on a pu lui reprocher autrefois : par les connaissance» précises et techniques qu'il donne, il est la meilleure préparation à toutes les professions.
Nous n'avons pas la prétention de décider une question aussi délicate. Toutefois nous dirons franchement que nous inclinons vers la première opinion, non pour des raisons théoriques, mais d'après des faits d'expérience. L'enseignement primaire supérieur n'est pas absolument une nouveauté; il s'est donné, il se donne encore aujourd'hui dans quantité d'établissements plus ou moins bien dirigés, tant laïques qu'ecclésiastiques. Chacun peut lire tous les jours, soit dans les annonces des journaux, soit sur les murs des maisons, ces mots: Enseignement professionnel, Cours industriels. Que sort-il de ces maisons? Des commis, des employés, des comptables, des commerçants. «Tous ces petits bureaucrates des deux sexes arrivent au bout de leur stage avec une crainte : d'être forcés à se faire ouvriers, — mais avec un désir aussi : les garçons, d'être employés; les filles, demoiselles de magasins. »En Allemagne, le môme défaut d'équilibre dans l'instruction produit les mêmes abus et de plus
grands encore que chez nous. Que de personnes déclassées l'Allemagne et la Suisse française n'expédient-elles pas dans le monde entier sous le nom de gouvernantes et de dames de compagnie ! L'enseignement ferait fausse route s'il discréditait le travail manuel ; il doit, au contraire, le mettre en honneur. L'école Lamartinière de Lyon , qui a plus d'un demi-siècle d'existence , e^t, en ce genre, un modèle à suivre. En guidant et en abrégeant l'apprentissage, l'école rendra un service que les esprits les plus rebelles comprendront. Quant à la juste proportion de place et d'heures qu'il convient d'accorder à ces exercices manuels, laissons faire le temps et l'expérience ; on peut accepter comme un minimum ce qui a été récemment proposé : un atelier muni d'un certain nombre d'étaux et d'établis, quatre heures de travail par semaine pour chaque élève, et la journée du jeudi. Ainsi l'école retournera aux préceptes du père de la pédagogie moderne; ce que Rousseau avait imaginé pour son Emile deviendra la règle commune pour tous.
Pour une raison empruntée au même ordre d'idées, nous souhaitons que l'internat, qui rend l'enfant étranger à sa famille, qui l'habitue à la vie entre quatre murs et qui le rend à la longue inhabile à se diriger, soit strictement écarlé des écoles Turgot. Mieux vaut deux fois par jour un
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trajet de trois et quatre lieues, comme en font certains élèves des écoles municipales de Paris, que la domestication de l'interne. En plaçant le temps des classes entre dix heures du matin et cinq heures du soir, on permettra aux enfants de retrouver la famille même à d'assez longues distances : personne n'est plus disposé à apprécier l'instruction que ces élèves voyageurs, tandis que trop souvent nous voyons qu'elle laisse indifférents ceux à qui elle s'offre sans déplacement et sans fatigue ^
Je viens à l'enseignement des jeunes filles. Jusqu'à présent il n'a guère tenu de place dans les préoccupations des gouvernements qui se sont succédé en France, même des plus avancés et des plus radicaux. Le projet de loi de 1791, dontTalleyrand était rapporteur, déclarait: « Les filles ne pourront être admises aux écoles primaires que jusqu'à l'âge de huit ans. Après cet âge, l'Assemblée nationale invite les pères et mères à ne confier qu'à eux-mêmes l'éducation de leurs filles, et leur rappelle que c'est leur premier devoir. » C'était s'en débarrasser à bon compte.
1. Les bourses familiales^ doqt le nom vient d*ôtre inscrit dans une loi récente, nous paraissent une excellente innovation. Elles permettront aux parents de chercher pour leurs enfants le milieu qui ressemble le plus à la maison paternelle : elles donneront de bonne heure aux jeunes gens, isolés au milieu d'étrangers, le sentiment de la responsabilité.
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Même manière de voir chez Saint-Just. Dans sa république, les enfants mâles sont élevés^ depuis cinq ans jusqu'à seize ans, par la patrie. Ils sont nourris en commun et ne vivent que de racines, de fruits, de légumes, de laitage, de pain et d'eau. Depuis seize ans jusqu'à vingt et un, ils entrent dans les arts et choisissent une profession qu'ils exercent chez les laboureurs, dans les manufactures ou sur les navires. Tout est prévu, jusqu'à Içur costume , qui est de toile pour toutes les saisons , et qu'ils ne doivent changer contre le costume des arts, qu'après avoir traversé, aux yeux du peuple, un fleuve à la nage le jour de la fête de la jeunesse. Mais quand il arrive aux filles, il borne leur éducation aux deux articles suivants : ce Les filles sont élevées dans la maison maternelle. — Dans les jours de fête, une vierge ne peut paraître en public, après dix ans, sans sa mère, son père ou son tuteur K » C'est ainsi que la marque de l'époque subsiste dans les têtes en apparence les plus hardies. Il n'est peut-être pas superflu de rappeler que Saint-Just avait composé, peu d'années auparavant, un poème licencieux à l'imitation de la Pucelle.
Combien mieux inspirée et plus féconde s'est montrée sur ce point la théorie protestante 1
1. Saint-Just, Fragments cCinstilutions républicaines. V. Gréard, la Législation de Vinstruction primaire, \, p. 769.
« L'Écriture sainte, dil le règlement ecclésiastique des écoles de Halle (1526), n'appartient pas seulement aux hommes, elle appartient aussi aux femmes, qui attendent comme eux le ciel et la vie éternelle. » Conformément à cette vue, dans les pays réformés, les écoles de filles se sont développées comme celles des garçons. On peut dire que, sauf de rares exceptions, pour nos jeunes filles il n'y a ni instruction secondaire, ni instruction primaire supérieure hors des maisons ecclésiastiques. Les pensionnats laïques vivent dans une telle crainte de Tévêque qu'ils vont peut-être plus loin en leur zèle que les couvents. C'est une chose à peine croyable qu'une grande, intelligente et libérale cité comme Paris n'ait pas encore fondé une école secondaire pour les jeunes filles. Si parmi les nombreux ordres religieux qui se sont partagé l'enseignement des filles il en est de bien intentionnés, d'instruits, de dévoués à leur tâche, beaucoup d'autres, par défaut de lumières ou par timidité, sont les instruments d'un parti. La grande préoccupation, en général, c'est le pensionnat annexé à l'école, pour lequel on garde les maîtresses les plus distinguées et auquel on attire les élèves les plus favorisées de la fortune. Les changements sont trop fréquents, les mêmes personnes passent trop d'une occupation à une autre, allant de
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récole à l'asile, à l'hospice ou à la cuisine, pour pouvoir être de bonnes institutrices. L'abolition graduelle de la lettre d'obédience est une mesure nécessaire à laquelle les communautés sont déjà préparées à moitié. Une autre mesure consisterait à rendre titulaires de leur emploi les instituteurs ou institutrices congréganistes: dans l'état actuel, les congrégations sont titulaires ; elles disposent des emplois, les donnent ou les retirent à tel ou tel de leurs sujets. Le sujet est le serf de la communauté : la mesure demandée ferait du congréganiste une personne.
Avant tout, il est nécessaire de reprendre en main et de compléter les écoles normales d*inàtitutrices *. C'est ici qu'il importera de se montrer difficile sur les choix et de quitter d'anciens errements: nombre de dames privées de fortune, tombées dans la pauvreté, veuves de fonctionnaires, toutes très intéressantes, brigueront les places de directrices. Mais aussi longtemps qu'on regardera les hauts postes de cet enseignement comme des secours à des personnes dignes d'intérêt, les congrégations, soumises à une hiérarchie sévère et à une direction clairvoyante, lutteront sans trop de désavantage. Aux pre-
1. II y a jusqu'à présent 79 écoles normales d'instituteurs/ tan^ dis qu'il n'existe que 16 écoles normales d'institutrices. (32 en 1881.)
miëres déceptions qu'on rencontrera, une partie de la presse, s'en emparant et les grossissant, proclamera bien haut que cet enseignement, hors des mains du clergé, ne saurait réussir. La préparation du haut personnel est donc une des premières nécessités, et à ce point de vue nous approuvons la création, au moins pour un certain nombre d'années, d'une école pédagogique destinée à former des inspectrices et des directrices d'école normale *. Nul doute que cette école, placée en bonnes mains, n'obtienne un grand succès et n'attire une partie de ces jeunes filles de la bourgeoisie qui, par un louable amour du savoir et par une inclination instinctive pour l'enseignement, poursuivent leurs études et disputent les brevets aux institutrices de profes< sion. A côté de ces jeunes personnes, l'école pédagogique admettra des institutrices déjà en fonctions et signalées parmi les mieux douées^ ainsi que des maîtresses adjointes d'écoles normales.
On a souvent fait ressortir l'importance que l'instruction des femmes a pour notre pays, où la
1. Projet de loi de M. Chalamet, député. Cette école pédagogique existe aujourd'hui à Fontenay-^ux-Roses, sous la direction d'un homme bien fait pour guider déjeunes esprits et pour développer les qualités morales que réclame renseignement, M. Félix Pécaut.
plupart des épouses ne vivent point de la même vie intellectuelle que leurs maris. Une autre raison, qu'on a moins fait ressortir, c'est qu'elle assure à un plus haut degré que celle des hommes la perpétuité des progrès accomplis.
Des érudits multiplient aujourd'hui les documents pour prouver qu'au moyen âge et sous la monarchie la France possédait de nombreuses écoles; les uns citent le règne de Louis XIV, d'autres le xiii^ siècle et môme le temps des Carolingiens. Mais s'il est vrai que l'instruction de ces écoles fût autre chose que la lecture des offices en latin ou une préparation à la cléricature, comment a-t-elle pu, à plusieurs reprises, se perdre presque absolument, et en particulier à la veille de la révolution ? Sir Arthur Young, dans ses Voyages en France^ déclare que l'ignorance du peuple est honteuse, et en 1788 le clergé de Paris hors murs, en ses cahiers, assure que l'éducation est dans le plus déplorable état. C'est que l'instruction n'était pas donnée aux femmes : une période de guerre, d'incurie ou d'appauvrissement suffisait pour arrêter la transmission des connaissances les plus élémentaires. Sans doute de telles solutions de continuité ne sont plus à craindre ; mailS la mère est et restera la première institutrice de l'enfant; d'elle il reçoit ses premières et ses plus durables impressions. Aussi
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est-ce sur ce point qu'il faut s'altendre aux luttes les plus vives, et qu'il importe de déployer autant de fermeté que d'esprit de suite et de prévoyance ^
Enseignement secondaire.
Des trois degrés de notre instruction publique, le plus solidement constitué est renseignement secondaire : outre la solidité, il a aussi, depuis douze ans, jusqu^à un certain point, la diversité, puisque, par la création de l'enseignement secondaire spécial, deux voies s'ouvrent à la jeunesse. Sur ce chapitre, les informations les plus nouvelles et les plus précises sont fournies par la statistique que vient de publier le ministère, la troisième depuis le commencement du siècle*: la première a paru en 1843, sous le ministère de M. Yillemain; la seconde en 1868, par les soins de M.Duruy.
La loi de 1850 a créé le régime sous lequel vît
1. La loi Camille Sée, qui pourvoit à la création de lycées de jeunes filles, est venue depuis répondre à ce besoin. Espérons que nous verrons bientôt, grâce au concours des villes, s'élever ces lycées, et que les municipalités se borneront sagement à en faire des externats.
2. SlatUtique de V enseignement secondaire, 1 vol. in-^"; inipr. nationale.
l'enseignement secondaire : elle a eu le temps de produire ses effets. Yingt-huit ans se sont écoulés : l'espace est assez long pour qu'on puisse se former une opinion. Comme c'est au nom de la liberté de Tinstruction et pour combattre ce qu'on appelait le monopole universitaire que la loi a été portée, nous en examinerons d'abord les résultats à ce point de vue. II se trouve qu'elle a été plus fatale à l'initiative individuelle que le régime du nionopole : l'Université n'a pas été sensiblement atteinte, les congrégations ont prospéré au delà de toute croyance ; mais l'enseignement libre proprement dit, pris entre ces deux puissants concurrents, n'a pas cessé de diminuer. De 1854 à 1865, sur 825 établissements libres laïques, il en a succombé 168; de 1865 à 1876, il en a encore une fois disparu 163. Si la loi continue d'agir de la sorte, le pays aura un jour le choix entre deux corporations : l'Université et le clergé. Telles ont été les conséquences de la liberté, « 11 n'y a rien de plus puissant, écrivait récemment M. de Falloux, pour calmer ou soulever les masses, qu'un mot habile ou maladroit. 11 y a des mots qui ouvrent soudainement les portes*. » Nous n'avons rien à dire contre ces effets de la concurrence, si elle se