Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola
Nous n'entreprendrons point ici l'éloge du livre des Exercices spirituels. Les fruits qu'il a produits dans les âmes depuis plus de trois siècles sont connus. Quelle louange d'ailleurs ne pâlirait pas devant l'approbation solennelle dont cet ouvrage a été l'objet? Nous renvoyons donc nos lecteurs à la Bulle du pape Paul III, que l'on trouvera plus bas traduite intégralement, nous bornant à exposer dans cette courte Préface ce que requiert rigoureusement notre tâche modeste de traducteur.
Le but que l'on s est proposé dans ce nouveau travail est commun à tous les traducteurs venus après d'autres, celui de donner
n PRÉFACE
une version plus exacte que les précédentes : mérite facile, nous le reconnaissons sans peine, à celui qui vient le dernier.
Cependant, nous sommes obligé de le dire, nous n'avons trouvé qu'un faibJe secours dans les traductions françaises déjà existantes du livre des Exercices. Nous en avions deux sous les yeux, pour ne parler que des plus récentes : celle de l'abbé Clément» si souvent réimprimée depuis un siècle, et celle d'Avignon, 1836, qui n'est, à proprement parler, qu'une édition corrigée de la première. Mais ces deux traductions ont un défaut que l'on peut appeler capital, celui d'avoir été faites, non sur le texte espagnol, mais sur la version latine du P. André Frusius. Car, s'il est vrai que Frusius ne se soit point attaché à rendre littéralemnt le texte de saint Ignace, comme il l'avoue lui-même; s'il est encore vrai que l'abbé Clément soit bien loin d'avoir rendu littéralement le latin de Frusius, comme il est facile de s'en convaincre; les traductions françaises dont nous parlons
DU TRADUCTEUR. Wl
ne peuvent-elles pas se comparer avec justesse aux eaux d'un ruisseau, qui sont moins pures à mesure qu'elles s'éloignent de leur source? C'est donc à la source même des Exercices que nous avons voulu remonter. Nous avons pensé que, pour reproduire fidèlement un auteur en notre langue, il fallait l'étudier dans la sienne. En conséquence, nous avions commencé notre travail sur une édition espagnole, publiée à Madrid en 1833. Mais, quelle que fût pour nous l'autorité de ce texte, l'édition de- Rome, 1837, dont nous eûmes bientôt connaissance, devait avoir la préférence. Ce qui nous la rendait surtout recommandable, c'est l'inestimable avantage d'avoir été collationnée sur un manuscrit espagnol que l'on conserve à Rome dans les archives de la maison professe de la Compagnie de Jésus, et dont plusieurs corrections marginales, écrites de la main même de l'auteur des Exercices, attestent l'antiquité (1).
(i) La cinquième Congrégation générale donne à ce manuscrit le nom d'autographe, exemple qui a été suivi depuis.