DE L'ASCENSION DE JÉSUS-CHRIST, NOTRE SEIGNEUU
Actes des Apôtres, i. 1-11.
Premier point. Jésus -Christ ayant apparu Dlusieurs fois à ses Apôtres pendant quarante
jours, leur donnant un grand nombre de preuves de sa réssurrection , opérant plusieurs miracles et leur parlant du royaume de Dieu, leur recommande d'attendre à Jérusalem l'Esprit-Saint promis.
Second point. Il les conduit au mont des Oliviers, où « ils le virent s'élever dans les airs ; et une nuée l'environna et le déroba à leurs yeux. Yidenlibus Mis elevatus est ; et nubes suscepk eum ab oculis eorum »
Troisième point. Tandis qu'ils regardent vers le ciel, les Anges leur disent : « Hommes de Galilée, pourquoi demeurez -vous ici , regardant le ciel? Ce Jésus, qui, du milieu de vous, s'est élevé dans le ciel, viendra un jour de la même manière que vous l'y avez vu monter: Viri Galilœi, quid statis aspicientes in cœlum ? Hic Jésus, qui assumptus est à vobis in cœlum, sic veniet, quemadmodùm vidistis eum euntem in cœlum (1).
(1) La dernière contemplation des mystères du Sauveur pouvait-elle se terminer plus heureusement qus par ces paroles des Anges : Hommes de Galilée... Ce Jésus?... La pensée du jugement à venir doit être pour nous un motif puissant de ne pas nous contenter de la douceur de la contem= plation, mais de faire avec courage des œuvres dignes dû Jésus-Christ.
Règles propres h faire discerner et sentir, en quelque manière (ï^ les divers mouvements excités dans lame, soit par le bon esprit, afin de les recevoir ; soit par le mauvais, afin de les repousser. Elles conviennent particulièrement à la première semaine (2).
Première règle. A l'égard des personnes qui vont de péché mortel en péché mortel, la conduite ordinaire de l'ennemi est de leur proposer
(i) A faire sentir et connaître en quelque manière. — 1° A faire sentir et connaître. D'après le texte, les règles présentes ne doivent pas seulement nous faire discerner les divers mouvements intérieurs que nous éprouvons, .mais encore nous les faire sentir ou observer. Combien de personnes ne sentent pas mirne, c'est à-dire ne remarquent pas les mouvements intérieurs qui se passent en elles, et n'y font ancune attention l 2° A faire sentir et connaître en quelque manière. Ces règles sont véritablement un excellent moyen pour discerner les mouvements de l'âme ; mais ne croyons pas qu'elles soient le moyen unique. Saint Ignace lui-même nous tracera bientôt d'autres règles plus relevées et d'une touche plus délicate, lesquelles à leur tour ne nous dispenseront pas du besoin d'un don spécial de la grâce divine, et de la lumière d'en haut; don que l'apôtre saint Paul désigne sous le nom de discernement des esprits : discretio spirituum. (I Cor. xxu, 10.) Du reste, que personne ne pense que ces règles suffisent pour se con duire soi-même, sans les conseils d'un directeur.
(2) [Elies conviennent particulièrement à la première semaine. ' — Elles conviennent davantage à ceux qui sont dans les Exercices de la première semaine; et, avec plus de justesse, à ceux dont l'état de l'âme ou les dispositions intérieures habituelles correspondent aux Exercices de la première semaine. (Voy. Règles du discernement des esprits pour la deuxième semaine, note 1, page 315, et la dixième annotation, note 1, page 10.]
des plaisirs apparents (1), leur occupant l'imagination de jouissances et de voluptés sensuelles, afin de les retenir et de les plonger plus avant «ans leurs vices et dans leurs péchés. Le bon esprit, au contraire, agit, en elles d'une manière op» j osée : il excite dans leur conscience le trouble et le remords, en leur faisant sentir les reproches de la raison.
Deuxième règle. Dans les personnes qui travaillent courageusement à se purifier de leurs péchés, et vont de bien en mieux, dans le service de Dieu, notre Seigneur, le bon et le mauvais esprit opèrent en sens inverse de la règle
(1) Des plaisirs apparents. — Le démon étant le plus malheureux de tous les êtres, il ne peut nous offrir que des plaisirs apparents; irréconciliable ennemi de notre nature (annot. 7e, note i, page 8), il ne veut, il ne peut vouloirque ce qui est pour lui un moyen de nuire à notre corps ou à notre âme, ou à l'un et à l'autre tout à la fois. Si donc il nous présente un objet déleciable, il ne le sera qn'en apparence; ce sera un bien vain, artificiel, trompeur; et, en nous le proposant, son but unique est de nuire à notre âme ou de la perdre: c'est une doctrine dont nous ne pouvons pas douter.
L'auteur des Exercices expose dans ces deux premières règles, avec autant de sagacité que de clarté, les moyens divers dont se servent le bon et le mauvais esprit pour parvenir à leur fin. Cette fin est opposée, les moyens le seront aussi ; et de plus, ils seront en harmonie avec les dispositions de la personne à l'égard de laquelle ils sont employés. — Remarquez cependant que saint Ignace a choisi pour exemples les deux extrêmes : dans la première règle, c'est un pécheur qui s'abandonne au mal sans aucun frein; dans la seconde, c'est nne âme pénitente ou innocente, pleine de ferveur. L'application de ces règles demanderait donc beaucoup de discernement et de discrétion, s'il s'agissait d'une âme tiède. Voyez ce qui a été dit note lre, pa?e. nrécôdontc.
précédente. Car c'est le propre du mauvais esprit de leur causer de la tristesse et des tourments de conscience , d'élever devant elles des obstacles , de les troubler par des raisonnements faux, afin d'arrêter leurs progrès dans le chemin de la vertu (1) : au contraire, c'est le propre du bon esprit de leur donner du courage et des forces, de les consoler, de leur faire répandredes larmes, de leur envoyer de bonnes inspirations, et de les établir dans le calme ; leur facilitant la voie et levant devant elles tous les obstacles, afin qu'elles avancent de plus en plus dans le bien.
Troisième règle. De la consolation spirituelle. J'appelle consolation un mouvement intérieur qui est excité dans l'âme (2) , par lequel elle commence à s'enflammer dans l'amour de son Créateur et Seigneur, et en vient à ne savoir plus aimer aucun objet créé sur la terre pour lui-même, mais uniquement dans le Créa-
(i) [C'est le propre du mauvais esprit... — Voyez la 6e des xx annotations, note \, page 7.) — Saint Ignace traite plus au long le sujet important du discernement des esprits dans deux lettres qu'il écrivit à une religieuse de Barcelone : on les trouvera à la fin de ce volume traduites, comme les Exercices, sur le texte espagnol. ]
(2) [S'excite... vient à s'enflammer. — Il y a dans le texte une ! gradation que nous nous sommes efforcé de conserver autant qu'il nous a été possible. Ce n'est d'abord qu'un léger mouvement, quelque mouvement, dit l'autographe, qui s'excite, qui est causé dans l'âme, et au moyen de ce mouvement elle vient progressivement à s'enflammer dans l'amour de son Créateur.
leur de toutes choses. La consolation fait en' core répandre des larmes Cl), qui portent à l'amour de son Seigneur l'âme touchée du regret de ses péchés, ou de la passion de Jésus- Christ, notre Seigneur, ou de toute autre considération qui se rapporte directement à son service et à sa louange. Enfin, j'appelle consolation toute augmention d'espérance, de foi et de charité, et toute joie intérieure qui appelle et attire l'âme aux choses célestes et au soin de son salut, la tranquillisant et la pacifiant dans son Créateur et Seigneur.
Quatrième règle. De la désolation spirituelle. J'appelle désolation le contraire de ce qui a été dit dans la troisième règle : les ténèbres et le trouble de l'âme, l'inclination aux choses basses et terrestres, les diverses agitations et tentations qui la portent à la défiance, et la laissent sans espérance et sans amour, triste, tiède, paresseuse, et comme séparée de son Créateur et Seigneur. Car comme la consolation est opposée à la désolation, les pensées que produit l'une sont nécessairement contraires à celles qui naissent de l'autre (2).
(i) Répandre. — Textuellement jeter, lancer. Ce sont des armes qui s'échappent avec impétuosité, et coulent en abondance. [C'est avec de telles larmes qu'il convient de pleurer ses péchés, surtout dans les Exercices de la première semaine.]
(2) [Des remarques sur cette admirable règle seraient inutiles; il faut la méditer. Nous dirons seulement que saint Ignace parle ici d'après m propre expérience; car il dépeint
Cinquième règle. Il importe, au temps de la désolalion, de ne faire aucun changement, mais de demeurer ferme et constant dans ses résolutions et dans la détermination où l'on était avant la désolation (1), ou au temps même de la consolation. Car, comme c'est ordinairement le bon esprit qui nous guide et nous conseille dans la consolation ; ainsi, dans la désolation, est-ce le mauvais esprit, sous l'inspiration duquel nous ne pouvons prendre un chemin qui nous conduise à une bonne fin.
Sixième règle. Quoique nous ne devions jamais changer nos résolutions au temps de la désolation, il est cependant très-utile de nous changer courageusement nous-mêmes (2), je veux
vivement un état d'épreuve, par lequel il plaît ordinairement à la divine Sagesse de faire passer les âmes fortes, pour les conduire à la perfection de son amour.]
(1) Avant la désolation. — 11 ne faut jamais changer ses résolutions dans le temps de la désolation, non-seulement les résolutions que l'on aurait prises dans un moment où l'on éprouvait de la consolation sensible; mais encore celles que l'on aurait formées en un temps où l'âme était calme et tranquille.
(2) // est très-utile de nous changei courageusemeut nou* mêmes. — Ainsi ce ne sont pas nos résolutions qu'il faut changer, c'est notre manière d'agir; et ce changement doit se faire courageusement ; il doit se diriger contre la désolation, et il est très-utile pour la vaincre. Mais en quoi doit consister ce changement? I.n trois points que nous marque expressément saint Ignace. Nous devons : premièrement, nous adonner davantage à la prière et à la méditation; secondement, nous (cami)ter beaucoup nous-mêmes, notre conscience, nos actions, tiutes nos dispositions; troisièmement, faire quelque chose de •plus en fait de pénitences corporelles, d'une manière convenable à notre état et proportionnée à nos forces. La désola-
dire notre manière d'agir, et de Ja diriger tout entière contre les attaques de la désolation. Ainsi, il convient de donner plus de temps à la prière, de méditer avec plus d'attention, d'examiner plus sérieusement notre conscience, et de nous adonner davantage aux exercices convenables de pénitence.
Septième règle. Que celui qui est dans la désolation considère comment le Seigneur, pour l'éprouver, le laisse à ses puissances naturelles, afin qu'il résiste comme de lui-même aux diverses agitations et tentations de l'ennemi ; car il le peut avec le secours divin qui lui reste toujours, quoiqu'il ne le sente pas, parce que le Seigneur lui a soustrait cette ferveur sensible, cet amour ardent, cette grâce puissante, ne lui laissant que la grâce ordinaire, mai« suffisante (1) pour le salut éternel.
tion nous porte à nous acquitter avec négligence de l'oraùon, de l'examen, des exercices de pénitence; or, il faut guérir les maladies de l'âme par leurs contraires. Puissions-nous, lorsque la désolation nous presse, avoir promptement et fidèlement recours à des moyens si puissants et si eflicacesl Remarquons encore les expressions : courageusement,... plus sérieusement,... nous adonner davantage.
({) La grâce suffisante. — Non-seulement qui peut suffire, mais qui est véritablement suffisante pour vaincie les tentations; car il ne s'agit pas ici de la grâce suffisante que les théologiens opposent à ia grâce efficace. — On voit assez par la seconde partie de cette règle que saint Ignace, en disant dans la première que Dieu laisse l'komme à ses puissances ou à ses forces naturelles, c'est-à-dire ordinaires, n'exclut nullement la grâce surnaturelle, bien qu'il la suppose moins abondante.
ïuiùhne règle. Que celui qui est dans la désertion travaille à se conserver dans la patience, vertu directement opposée aux attaques qui lui surviennent ; et qu'il espère qu'il sera bientôt consolé, pourvu qu'il emploie, comme nous l'avons dit dans la sixième règle, les moyens nécessaires pour vaincre la désolation (i).
Neuvième régie. La désolation a trois causes principales. Premièrement, elle peut être un châtiment. Notre tiédeur, notre paresse, notre négligence dans nos exercices de piété, éloignent de nous la consolation spirituelle. Secondement, elle est une épveuve. Dieu veut éprouver ce que nous pouvons, et jusque quel point nous sommes capables de nous avancer dans son service et de travailler à sa ghire, privés de ces consolations abondantes et de ces faveurs spéciaks (2). Troisièmement, elle est une leçon. Dieu veut nous donner la connaissance certaine, l'intelligence pratique, et le sentiment intime, qu'il ne dépend pas de nous de faire naître ou de conserver dans nos cœurs une dévotion tendre, un amour intense accompagné de larmes, ni aucune sorte de consolation spirituelle ; mais que tout est un don et une grâce de sa divine bonté ; il veut nous ap-
(1) Pourvu qu'il emploie les moyens. — 11 est absolument né Cessaire de recourir dans la désolation aux saints efforts dont il est parlé dans la règle sixième, si nous voulons avoir une espérance fondée d'être bientôt consolés.
(2) Textuellement : sans une si grande solde de consolations et de grâces abondantes.
PRE.MIKHH SEMAINE. 311
prendre à ne point placer trop haut notre demeure (|), en permettant à notre esprit de s'élever et de se laisser aller à quelque mouvement d'orgueil ou de vaine gloire, nous attribuant à nous-mêmes les sentiments de la dévotion et les autres effets de la consolation spirituelle.
Dixième règle. Que celui qui est dans la con solation pense comment il se comportera au temps de la désolation, et qu'il lasse dès lors provision de côurag.3 pour le moment de l'épreuve.
Onzième règle. Qu'il s'efforce aussi de s'humilier et de s'abaisser autant qu'il lui est possible, pensant de combien peu de chose il est capable
(i) Textuellement: Que ?io?js ne placions pas notre nid en chose étrangère. — Locution proverbiale que l'ancienne version ms. traduit: afin que nous ne reposions en aucune cliose étrangère. Le sens est : afin que nous ne nous arrogions pas comme propre ce qui ne nous appartient nullement, et que nous iip nous croyions pas en sûreté là où nous n'avons pas •Jeu de nous y croire. Celui qui aurait fixé sa demeure dans nie maison étrangère ne devrait-il pas craindre d'en être chassé, quand il semblera bon au maître de la maison de le /aire? Remarquez encore l'expression suivante : à quelque mouvement d'orgueil, non au crime de l'orgueil, comme dit la Vulgate; non au plus monstrueux orgueil, suivant l'abbé Clément; pas même simplement à l'orgueil; mais, selon le texte de saint Ignace, à quelque orgueil. Parce qu'un léger mou\\> ment d'orgueil, une légère complaisance peut déplaire beaucoup à la Majesté divine, et souvent assez pour qo nous prive ju U ment de la consolation céleste. N'en douoi ;s pas. ce qu'il y a de plus à craindre, de plus à éviter dans ta consolai ion, c'est ce mouvement d'un esprit satisfait qui se regarde et se complaît en soi-même; c'est celte sécurité toujours trompeuse, toujours vaine, quand elle n'a pas pour fondement la miséricorde unique du Seigneur, à fui seul nous devons rapporter tous les biens que nous avons reçus.
au temps de la désolation, lorsqu'il est privé de la grâce sensible ou de la consolation. Au contraire, celui qui est dans la désolation se rappellera qu'il peut beaucoup avec la grâce ; qu'elle lui suffit pour résister à tous ses ennemis, pourvu qu'il s'appuie sur le secours de son Créateur et Seigneur.
Douzième règle. Noire ennemi ressemble à une femme: il en a la faiblesse et l'opiniâtreté (1). C'est le propre d'une femme, lorsqu'elle se dispute avec un homme, de perdre courage et de prendre la fuite aussitôt que celui-ci lui montre un visage ferme ; l'homme, au contraire, commence-t-il à craindre et à reculer , la colère, la vengeance et la férocité de cette femme s'accroissent et n'ont plus de mesure. De même, c'est le propre de l'ennemi de faiblir, de perdre courage et de prendre la fuite avec ses tentations, quand la personne qui s'exerce aux choses spirituelles montre beaucoup de fermeté contre le tentateur, et fait diamétralement le contraire de ce qui lui est suggéré (2). Au contraire, si la personne qui
(1) Littéralement : // est faible par force, et fort de volonté. — Ces deux épithètes, en apparence contradictoires, nous tracent avec fidélité le portrait du démon. 11 est faible par force, malgré lui ; car, bien que ses forces soient grandes, il j.eut être réprimé et contenu; et alors il devient faible par force, et à son grand déplaisir. Cependant il reste toujours fort par fa volonté perverse et par le désir de nuire: c'est absolument comme une méchante femme.
(2) L'ancienne version ms. ajoute en cet endroit : C'est pourquoi l'apôtre saint Jacques nous dit ; Résiste?, au démon,
est tentée commence à craindre et à supporter l'attaque avec moins de courage, il n'est point de bêle féroce sur la terre dont la cruauté égale la malice infernale avec laquelle cet ennemi de la nature humaine s'attache à poursuivre ses perfides desseins.
Treizième règle. Sa conduite est encore celle d'un séducteur : il demande le secret et ne redoute rien tant que d'être découvert. Un séducteur qui sollicite la fille d'un père honnête, ou la femme d'un homme d'honneur, veut que ses discours et ses insinuations restent secrets. U craint vivement, au contraire, que la fille ne découvre à son père, ou la femme à son mari, ses paroles trompeuses et son intention perverse ; il comprend facilement qu'il ne pourrait réussir dans ses coupables desseins. De même, quand l'ennemi de la nature humaine veut tromper une âme juste par ses ruses et ses artifices, il désire, il veut vju'elle l'écoute et qu'elle garde le secret. Mais si cette âme découvre tout à un confesseur éclairé, ou à une autre personne spirituelle qui connaisse les tromperies et les ruses de l'ennemi, il en reçoit
et il fuira loin de vous : Resistite diabolo, et fugict à vobis. (Epistol. Calhol. iv. 7.) Et à la fin de celle même règle : C'est pourquoi Job dit avec justesse : II n'y a point de puissance sur la terre qu'on puisse comparer à la sienne : Non est super terram polestas quœ comparetur ei. (Job, xli, 24.) Ces textes ne se trouvent point dans l'espagnol ; mais leur insertion parait avoir obtenu l'approbation de saint Ignace, puisqu'il s'est souvent servi de cette version. Aussi sont-ils très-propres à conûrmer la doctrine exposée dans cette règle.
un grand déplaisir : car il sait que toute sa malice demeurera impuissante, du moment où ses tentatives seront découvertes et mises au grand jour.
Quatorzième règle. Enfin, il imile un capitaine (1) qui veut emporter une place où il espère, faire un riche butin. Il asseoit son camp, il considère les forces et la disposition de celte place, et il l'attaque du côté le plus faible. Il en est ainsi de l'ennemi de la nature humaine. Il rôde sans cesse autour de nous ; il examine de toutes parts chacune de nos vertus théologales, cardinales et morales, et, lorsqu'il a découvert en nous l'endroit le plus faible et le moins pourvu des armes du salut, c'est par là qu'il nous attaque et qu'il lâche de remporter sur nous une pleine victoire (2).
(1) Littéralement: Un ciief qui vtut vaincre et piller ce qu'il désire. — Un chef, expression que l'on peut également appliquer à un chef de voleurs, comme nous l'avons fait observer dans la contemplation de deux Étendards. (2e sem., note \, page 183.) 11 semble, en effet, d'après le texte, que saint Ignace a plutôt voulu comparer le démon à un chef de parti qui attaque daus l'occasion et pour voler ce qu'il désire, qu'à un général qui fait une guerre légitime et régulière.
(2) [Textuellement : et qu'il tâche de nous prendhe. — De nous prendre par surprise, ou de nous emporter d'assaut comme une place forte, et de livrer notre âme au pillage comme une ville tombée au pouvoir de l'ennemi.!