AUTRES RÈGLES
Qui traitent plus à fond la même matière du discernement des esprits. Elles conviennent surtout a la seconde semaine (t).
Première règle. C'est le propre de Dieu et do ses Anges, lorsqu'ils agissent dans une âme, d'c:i bannir le trouble et la tristesse que l'ennemi s'efforce d'y introduire, et d'y répandre la véritable allégresse et la vraie joie spirituelle. Au contraire, c'est le propre de l'ennemi de combattre cette joie (2) et cette consolation intérieure, par des raisons apparentes, des subtilités et de continuelles illusions.
(\) Elles conviennent surtout... — Ordinairement, non exclusivement et toujours. Ceci dépend moins de la semaine des Exercices où l'on se trouve, que des dispositions habituelles de l'àme, comme nous l'avons indiqué au commencement des règles précédentes, note 2, p. 304. (Voyez aussi annotation 10e, note 1, page 10.)
(2) De combattre cette joie. — La joie spirituelle étant une des dispositions les plus avantageuses aux progrès de l'àme, il n'est pas étonnant que le démon mette tout en œuvre pour la combattre et pour faire naître le trouble dans l'àme qui s'e:-,t donnée à Dieu généreusement et sans retour. Il est notre ennemi ; s'il prévoit qu'il ne sera pas facile de nous faire consentir au mal, il essayera du moins de mettre des obstacles à notre avancement spirituel ; il s'efforcera de nous importuner et de nous lasser dans notre voie. 11 espère par là empêcher d'abord un plus grand bien, jusqu'à ce qu'ayant lassé notre patience, il nous fuisse tomber dans le, découragement, et enfin dans le péché. On voit qu'il s'agit ici d'une àme telle que la dépeint saint Ignace dans la seconde des Dremières règles de discernement des esprits, page 306.
Seconde règle. Il appartient à Dieu seul de donner de la consolation à l'àme sans cause précédente, parce qu'il n'appartient qu'au Créateur d'entrer dans l'àme, d'en sortir (1), et d'y exciter des mouvements intérieurs qui l'attirent tout entière à l'amour de sa divine Majesté. Je dis sans cause, c'est-à-dire sans aucun sentiment précédent ou connaissance préalable d'aucun objet qui ait pu faire naître cette consolation au moyen des actes de l'entendement et de la volonté (2).
Troisième règle. Lorsqu'une cause a précédé la consolation, le bon et le mauvais ange peuvent également en être l'auteur ; mais leur fin est bien différente. Le bon ange a toujours en vue le profit de l'âme, qu'il désire voir croître en grâce et monter de vertu en vertu (3). Le mauvais
(1) D'entrer, de sortir... — L'âme pieuse est une demeure dont Dieu est le maître. Il y entre, il en sort quand il lui plaît : c'est un bien qui est à lui. Cette comparaison est répétée dans la septième des régies présentes. (Page 319.)
(2) Au moyen des actes de l'entendement cl de la volonté. — Pour que l'âme soit consolée, ses puissances, l'entendement et surtout la volonté, ont nécessairement besoin d'un objet; mais il n'est pas nécessaire que cet objet soit tellement connu et compris, que la consolation ait pu naître dans l'âme par les actes ordinaires de l'entendement et de la volonté. — Dans l'ancienne version ms. on lit après ces mots les citations suivantes : B. Thomas \. 2. q. 9. art. 6. et q. 10. art. 4. Le Docteur angélîque traite dans ces endroits du mouvement de la volonté sous l'action divine.
(3) Textuellement : Afin qu'elle croisse et monte de bien en mieux. — Suint Ignace suppose ici que la personne qui reçoit la consolation est actuellement dans un bon état; et, par conséquent, le bon esprit lui donne cette consolation afin
ange, au contraire, veut toujours 'arrêter ses progrès dans le bien, pour l'attirer enfin à ses intentions coupables et perverses.
Quatrième règle. C'est le propre de l'ange mauvais, lorsqu'il se transforme en ange de lumière, d'entrer d'abord dans les sentiments de l'âme pieuse, et de finir par lui inspirer les siens propres. Ainsi, il commence par suggérer à cette âme des pensées bonnes et saintes, conformes à ses dispositions vertueuses ; mais bientôt, peu à peu, il tâcbe de l'attirer dans ses pièges secrets, et de la faire consentir à ses coupables desseins (1).
Cinquième règle. Nous devons examiner avec grand soin la suite et la marche de nos pensées.
qu'elle avance dans la vertu; le mauvais au contraire, afin de la porter à un moindre bien, ou même au mal.
(1) Celte quatrième règle est de plus haute importance, ainsi que la cinquième, pour nous préserver de toute séduction sous l'apparence du bien, et de l'éloignement de la véritable vertu. Car il est impossible que nous nous portions à une vertu quelconque avec une certaine ardeur, sans que le démon qui s'en aperçoit ne s'efforce, soit eu nous faisant tomber dans l'excès de cette même vertu, soit par d'autres artifices, d'exciter le trouble dans noire âme, de couvrir d'obstacles notre chemin, et de tout employer pour nous perdre. Combien de personnes ont été perdues en effet, et se perdent tous les jours, par un zèle indiscret, une dévotion mal entendue! Au moins, de combien de personnes ces vertus pratiquées sans la prudence nécessaire n'ont-elles pas arrêté, et n'arrêtent-elles pas chaque jour le progrès I L'ennemi les a 6éduites. Mais l'homme vraiment humble, et surtout l'homme rraiment obéissant, est à l'abri de ces séductions : car les efforts extérieurs de l'esprit mauvais sont impuissants, tant que l'amour-propre, cet ennemi domestique, ne s'unit pas à lui pour conspirer notre ruine
Si le commencement, le milieu et la fin, tout en elles est bon (1), et tendant purement au bien, c'est une preuve qu'elles viennent du bon ange ; mais si, dans la suite des pensées qui nous sont suggérées, il finit par s'y rencontrer quelque chose de mauvais, ou de dissipant, ou de moins bon que ce que nous nous étions proposé de faire, ou si ces pensées affaiblissent notre âme, l'inquiètent, la troublent , en lui ôtant la paix, la tranquillité et le repos dont elle jouissait d'abord, c'est une marque évidente qu'elles procèdent du mauvais esprit, ennemi de notre avancement et de notre salut éternel '2).
Sixième règle. Quand l'ennemi de la nature humaine aura été découvert et reconnu à sa queue de serpent, c'est à dire par la fin pernicieuse à laquelle il nous porte, il sera utile à la personne qui a été tentée de reprendre aussitôt la suite des bonnes pensées qu'il lui a suggérées, d'en exa-
(1) Textuellement : Est tout bon, tendant à tout bien. — Il faut que tout ce qu'un examen sérieux aura découvert dans le commencement, le milieu et la (in, c'est-à-dire dans l'origine, le progrès et le terme de nos pensées, soit bon, et ne tende qu'au bien : deux conditions tout à fait distinctes et \jue la suite nous fera mieux comprendre par le contraire. — Remarquez surtout cette preuve rjue l'on nous donne de la présence du mauvais esprit : si ces pensées jellcnl le trouble et Viiiquiciv.de dans l'âme. Elles ont toute l'apparence du bi» n ; cela est possible : cependant, que cette inquiétude et ce trouble vous les rendent pour le moins suspectes.
(') Et de notre salut étemel. — Négliger de se mettre en garde contre les illusions du démon, ce n'est pas seulement s'exposer à ne point arriver à la perfection, c'est encore exposer son salut.
miner îe principe, et de voir comment, peu à peu, il a tâché de la faire déchoir de la suavité et de la joie spirituelle dans laquelle elle était, jusqu'à l'amener à sa fin dépravée. L'expérience qu'elle acquerra par cette recherche et celte observation lui fournira les moyens de se mettre en garde dans la suite contre les artifices ordinaires de l'ennemi.
Septième règle. Le bon ange a coutume de toucher doucement, légèrement et suavement lame de ceux qui font chaque jour des progiès dans la vertu ; c'est, pour ainsi dire, une goutte d'eau qui pénètre une éponge. Le mauvais ange, au contraire, la touche durement, avec bruit et agitation, comme l'eau qui tombe sur la pierre. Quant à ceux qui vont de mal en pis, les mômes esprits agissent sur eux d'une manière tout opposée. La cause de celle diversité est dans la disposition même de lame, qui est contraire ou semblable à la leur. Si elle est contraire, ils entrent avec bruit et commotion; on sent facilement leur présence. Si elle est semblable, ils entrent paisiblement et en silence, comme dans une maison qui leur appartient, et dont la porte leur est ouverte.
Huitième règle. Lorsque la consolation spirituelle est sans cause qui l'ait précédée, il est certain qu'elle est à l'abri de toute illusion, puisque, comme nous l'avons dit dans la seconde de ces règles, elle ne peut venir que de Dieu, notre Seigneur. Cependant la personne qui reçoit celle consolation doit apporter beaucoup d'attention et
de vigilance à distinguer le temps même de la consolation, du temps qui la suit immédiatement. Dans ce second temps où l'âme est encore toute fervente, et comme pénétrée des restes précieux de la consolation passée, elle forme de son propre raisonnement, par une suite de ses habitudes naturelles, et en conséquence de ses conceptions et de ses jugements, sous l'inspiration du bon ou du mauvais esprit, des résolutions et des décisions qu'elle n'a pas reçues immédiatement de Dieu, notre Seigneur, et que, par conséquent, il est nécessaire de bien examiner avant de leur accorder une entière créance, et de les mettre à exécution.
Règles a observer dans le minislère delà dislribution des aumônes (1).
Première règle. Si je distribue des aumônes à des parents, à des amis,, ou à des personnes pour lesquelles je me sente de l'affection, je dois observer quatre points dont il a été fait mention dans la matière de l'Élection (2).
(1) Dans le ministère. — Saint Ignace appelle la répartition des aumônes un ministère. Cette expression est remarquable, et doit rappeler à ceux qui les distribuent qu'ils sont les ministres de celui qui s'appelle ie Père des pauvres ; ce qui est toujours vrai, surtout lorsqu'il s'agit de personnes qui possèdent des bénéfices ecclésiastiques.
(2) [Élection, second mode, première règle et suivantes, page rAl.]
Le premier est que l'amour qui m'engage à faire l'aumône à ces personnes vienne du Ciel, et ait sa source dans l'amour même que j'ai pour Dieu, notre Seigneur. Je dois donc, avant d'agir, sentir intérieurement que l'amour plus ou moins grand que je leur porte est pour Dieu, et voir Dieu dans le motif qui me les fait aimer davantage.
Le second consiste à me représenter un homme que je n'ai jamais vu ou connu, et à qui je désire toute la perfection à laquelle il peut atteindre dans l'exercice de son emploi : puis, je ferai moimême, ni plus ni moins, ce que je voudrais qu'il fît dans la distribution de ses aumônes, prenant pour moi la règle que je lui conseillerais de suivre, et que je juge être conforme à la plus grande gloire de Dieu et à la plus grande perfection de son âme.
Le troisième, à examiner, comme si je me trouvais à l'article delà mort, comment je voudrais m'ètre comporté dans l'exercice de mon emploi; et, me réglant sur ce que je désirerais alors avoir fait, le mettre en pratique maintenant.
Le quatrième, à considérer ce que je penserai au jour du jugement. Comment voudrais-je alors m'ètre acquitté de ce ministère? Quelle règle voudrais je avoir suivie? C'est celle que je dois suivre à celte heure.
Deuxième règle . Lors donc que l'on ressent de l'inclination ou de l'affection pour les personnes entre lesquelles on désire répartir des aumônes, il faut d'abord suspendre sa détermination, puis
faire sur les quatre points de la règle précédente des réflexions sérieuses, recherchant et examinant la source de l'affection que l'on éprouve, et ne se décider à faire l'aumône qu'après avoir, conformément à cette première règle, ôté entièrement et rejeté de son cœur toute affection déréglée.
Troisième règle. Bien que l'on puisse légitimement accepter des bénéfices ecclésiastiques (1) pour en distribuer le fruit, quand on se sent appelé de Dieu, notre Seigneur, à cet état; il est cependant certain que dans la détermination de la quantité qu'il est permis de s'appliquer à soimême, et de celle que l'on doit distribuer aux autres, on peut avec raison craindre d'excéder et de blesser sa conscience. Il sera donc bon de réformer sa conduite en consultant les règles présentes.
Quatrième règle. Pour les raisons que nous avons déjà exposées et pour beaucoup d'autres, le meilleur et le plus sûr, lorsqu'il s'agit de dépenses personnelles et domestiques, est toujours de restreindre et de diminuer de plus en plus, jusqu'à se rapprocher autant que possible du Ponlife souverain, notre règle et notre modèle, qui est Jésus-Christ, notre Seigneur. C'est conformément à cette règle que le concile de Carlhage, auquel assista saint Augustin, détermine et ordonne que l'ameublement de l'évêque soit commun et pauvre. Ceci doit s'appliquer à tous les
(1) [Textuellement : Les liens de Dieu, notre Seigneur.
états; ce qui n'empêche pas d'avoir égard et de se conformer à ce que le rang et la condition réclament. Saint Joachim et sainte Anne, pour citer un exemple de personnes engagées dans le mariage, divisaient leurs biens en trois parts. Ils donnaient la première aux pauvres; ils consacraient la seconde au culte divin et au service du Temple ; ils se servaient de la troisièmepourleur entretien et celui de leur maison.
Règles utiles pour la connaissance et le discernement des scrupules et des insinuations trompeuses de notre ennemi.
Première règle. On nomme assez communément scrupule un jugement libre et volontaire, par lequel nous prononçons qu'une action est péché lorsqu'elle ne l'est pas ; par exemple, lorsqu'il arrive à quelqu'un de juger qu il a péché en mettant le pied par hasard sur deux brins de paille en forme de croix. Or ceci est plutôt, à proprement parler, un jugement erroné qu'un scrupule.
Deuxième règle. Mais après avoir marché sur cette croix, ou après avoir fait, dit ou pensé une chose quelconque, il me vient du dehors la pensée que j'ai péché; d'un autre côté, il me semble intérieurement que je n'ai pas péché. J'éprouve en cela du trouble, en tant que je doute et ne doute pas : or c'est là proprement un scrupule et
une tentation que l'ennemi fait naître en moi.
Troisième règle. 11 faut abhorrer la première sorte de scrupule, dont il est question dans la première règle, parce qu'elle n'est qu'erreur. Quant à la seconde, indiquée dans la seconde règle, elle est très-utile, durant quelque temps, à l'âme qui s'adonne aux exercices spirituels; car elle sert grandement à la rendre plus nette et plus pure, en la séparant entièrement de toute apparence de péché, selon celte parole de saint Grégoire : C'est le propre des bonnes âmes de reconnaître une faute là où il n'y a pas de faute : Bonarum mentium est, ibi culpam agnoscere, ubi culpa nidla est.
Quatrième règle. L'ennemi considère attentivement si une âme est peu scrupuleuse, ou si elle est timorée (1). Si elle est timorée, il tâche de la rendre délicate à l'extrême pour la jeter plus facilement dans le trouble et l'abattre. Il voit, par exemple, qu'elle ne consent ni au péché mortel, ni au péché véniel, ni à rien de ce qui a l'ombre de péché délibéré; il tâchera, puisqu'il ne peut la
(1) [Textuellement : Si l'âme est épaisse ou mince. Et plus bas, dans celle règle et dans la suivante, saint Ignace se sert des verbes correspondants à ces adjectifs : amincir, épaissit l'âme. Ces expressions, qui ne conviennent proprement qu'aui objets matériels, ont l'avantage de rendre sensibles des opé« rations intérieures tiès-délicates. — La rendre délicate t l'extrême. A quelle (in? Pour troubler l'âme plus facilement et l'abattre. Troubler l'âme, c'est la première opération de l'esprit de ténèbres; l'abattre, c'est la seconde; et il ne tient pas à lui qu'elle ne se relève jamais. Le verbe es paguol de*-
faire tomber dans l'apparence même d'une faute, de lui faire juger qu'il y a péché là où il n'y a point de .péché, comme dans une parole ou une pensée sans importance. Au contraire, si l'âme est peu scrupuleuse, l'ennemi s'efforcera de la rendre moins scrupuleuse encore. Par exemple, si jusqu'ici elle ne faisait aucun cas des péchés véniels, il tâchera qu'elle fasse peu de cas des péchés mortels; et si elle faisait encore quelque cas des péchés mortels, il la portera à y faire beaucoup moins d'attention, ou à les mépriser entièrement. Cinquième règle. L'âme qui désire avancer dans la vie spirituelle doit toujours procéder d'une manière contraire à celle de l'ennemi. S'il veut la rendre peu délicate, qu'elle tâche de se rendre délicate et timorée; mais si l'ennemi s'efforce de la rendre timorée à l'excès pour la pousser à bout, qu'elle tâche de se consolider dans un sage milieu (1) pour y demeurer entièrement en rnpos.
baratar signifie, en ternie de guerre, mettre en déroute, tailler en pièces, et en général causer une sorte de confusion semblable à celle qui règne dans une armée dispersée par un ennemi vainqueur. Or, une âme ainsi troublée, abattue, nonseulement est incapable d'aucun bien pour elle-même, mais elle devient encore inutile pour le prochain ; et le mal est grand lorsqu'il s'agit d'une personne appelée par son état ou par sa position à produire des fruits abondants de salut daa* las âmes !]
(1) De se consolider dans le milieu. — Expression bien remarquable, conseil plein de sagesse. L'auteur des Exercices ne se sort nullement des paroles que lui prêtent la Vulgate et l'abbé Clément : Si le tentateur relâche la conscience, il faut la resserrer, et la relâcher au contraire s'il .'a resserre. Car bien que cette conduite semble être une cotisé-
Sixième règle. Lorsqu'une âme pieuse désire dire ou faire quelque chose qui ne s'écarle, ni des usnges de l'Eglise, ni des traditions de nos pères, et qu'elle croit propre à procurer la gloire de Dieu, notre Seigneur, s'il lui vient du dehors une pensée ou une tenlalr n de ne point dire ou faire cette chose, sous prétexte de vaine gloire ou d'autre défaut, qu'elle élève son entendement à son Créateur et Seigneur; et si elle voit que cette parole ou cette action tend au service de Dieu, ou du moins ne lui est pas contraire, qu'elle fasse ce qui est diamétralement opposé à celui que suggère la tentation (1), répondant à l'ennemi avec saint
quence de la proposition générale de saint Ignace, qui veut que l'on procède toujours d'une manière contraire à celle de l'ennemi; cependant, quand il en vient à l'application, il précise sa pensée et dit : <^ue l'âme qui est ainsi tentée s'efforce de se consolider dans un sage milieu. En effet, celui qui se propose à'élargir, et surtout de relâcher sa conscience, lorsque le démon travaille à la lui rétrécir, est exposé à aller au delà de ce sage milieu, et adonner contre l'écueil du relâchement, ce qui est précisément le but de l'ennemi, en le pressant sans le laisser respirer, et en le tenant dans de continuelles angoisses. Pourquoi faut-il qu'un grand nombre de personnes scrupuleuses aient prouvé cette vérité par une triste expérience !
(1) [Texluellement : Elle doit agir diamétralement contre cette tentation. — Avis d'une haute importance. C'est le résumé de la rètle précédente, qui nous dit de procéder toujours d'une manière coi, traire à celle de l'ennemi. Saint Ignace se sert de la même expression dans la douzième règle du discernement des esprits, première semaine, où il dit que l'ennemi perd courage et prend la fuite avec ses tentations, quand la personne qu'il attaque fait diamétralement le contraire de ce qu'il suggère. Tel est donc le moyen le plus court,
Bernard : « Ce n'est pas pour loi que j'ai commencé, ce n'est pas pour toi que je cesserai : Nec propter te incepi, nec propter te finiam. »
Règles a suivre pour ne nous écarter jamais des véritables sentiments que nous devons avoir dans l'Église militante.
Première règle. Renoncer à tout jugement propre, et se tenir prêt à obéir promptement à la véritable Épouse de Jésus-Christ, notre Seigneur, c'est-à-dire à la sainte Eglise hiérarchique, notre Mère(l).
Deuxième règle. Louer la confession sacramentelle, la réception du très-saint sacrement de l'Eucharistie au moins une fois dans Tannée, beaucoup plus tous les mois, et plus encore chaque semaine, avec les dispositions requises et convenables.
Troisième règle. Louer l'usage d'entendre sou-
et sans contredit le plus efficace pour vaincre les scrupules, et se délivrer de leurs embarras et de leurs dangers. Mais il faut le mettre en pratique avec beaucoup de résolution et de constance : deux qualités avec lesquelles il est difficile de demeurer longtemps scrupuleux. Voyez encore : Discernement des esprits, première semaine, règle deuxième : C'est le propre du mauvais esprit,... et noté 1, page 306 ]
(1) Hiérarchique. — Où il y a ordre, subordination et pouvoir. L'ancienne version ms. dont s'est servi saint Ignace, comme nous l'avons souvent reflété, aioule ici ces mots : qui est V Église Romaine..,
vent la sainte messe; louer de même les chants ecclésiastiques, la psalmodie et les prières, même prolongées., dans l'église ou dans tout autre lieu convenable. Approuver la détermination de certaines heures pour la célébration de l'office divin, pour la récitation des Heures canoniales et de toute autre prière.
Quatrième règle. Louer beaucoup les ordres religieux, la virginité et la continence, et ne pas Jouer autant le mariage.
Cinquième règle. Louer les vœux de Religion, d'obéissance, de pauvreté, de chasteté, et les autres par lesquels on s'oblige à des œuvres de subrogation et de perfection. Or, il est à remarquer que le vœu ayant essentiellement pour matière les choses qui se rapprochent davantage de la perfection évangélique, on ne doit point faire vœu de ce qui s'en éloigne, comme d'entrer dans le commerce, ou de s'engager dans le mariage.
Sixième règle. Louer l'usage de prier Jes Saints et de vénérer leurs reliques; louer les stations (1), les pèlerinages, les indulgences, les jubilés, les faveurs spirituelles accordées par les souverains Pontifes dans l'intention d'obtenir de Dieu le triomphe de l'Église sur les infidèles, l'usage de brûler des cierges dans nos temples.
Septième règle. Louer les Jois de l'Église relativement aux jeûnes et aux abstinences du Carême,, des Quatre-Temps, des Vigiles, du vendredi et du
(1) [Visites privées ou publiques d'églises, d'autels privilégiés, de calvaires...]
samedi; louer aussi les pénitences, non-seulement intérieures, mais encore extérieures.
Huitième règle. Louer le zèle pour la construction et l'ornement des églises; louer de même l'usage des tableaux et des images, et les vénérer en vue des objets qu'ils représentent.
Neuvième règle. Louer enfin tous les préceptes de l'Église, et être toujours prêt à chercher des raisons pour les justifier et les défendre, et jamais pour les condamner ou les blâmer (1).
Dixième règle. Nous devons être plus portés à approuver et à louer les règlements, les recommandations et la conduite de nos supérieurs qu'à les blâmer : car, supposé que quelques-unes de leurs dispositions ne soient pas, ou puissent ne pas être dignes d'éloges, il est toujours vrai, à raison des murmures et du scandale, qu'il y a plus d'inconvénients que d'utilité à les condamner, soit en prêchant en public, soit en parlant devant le bas peuple; ce qui l'irriterait contre ses supérieurs temporels et spirituels. Cependant, comme il est dangereux de parler mal des supérieurs en leur absence devant le peuple, ainsi peut-il être utile
(1) [Les règles précédentes regardent tous les fidèles; les suivantes s'adressent particulièrement à ceux qui sont chargés de les instruire. On peut dire que ces règles d'orthodoxie, tracées, il est vrai, pour d'autres temps, et spécialement dirigées contre les novateurs du seizième siècle, sont, pour la plupart, applicables à l'époque actuelle, et que toutt s ont un rapport plus ou miins direct aux besoins présents de la société, toujours travaillée par le même esprit d'opposition à toute aulorilé ecclésiastique et civile. ]
de manifester l'irrégularité de leur conduite aux personnes mêmes qui ont le pouvoir d'y porter remède.
Onzième règle. Louer la théologie positive et scolastique : car, comme c'est particulièrement le propre des Docteurs positifs, tels que saint Jérôme, saint Augustin, saint Grégoire, et les autres, d'exciter les affections et de porter les hommes à aimer et à servir de tout leur pouvoir Dieu, notre Seigneur; ainsi le but principal des Scolastiques, tels que saint Thomas, saint Bonaventure, le IMaître des Sentences, et ceux qui les ont suivis, est de définir et d'expliquer, selon le besoin des temps modernes, les choses nécessaires au salut éternel, d'attaquer et de manifester clairement toutes les erreurs et les faux raisonnements des ennemis de l'Église. En effet, plus récents que les premiers, non-seulement ils se servent avantageusement de l'intelligence de la sainte Écriture et des écrits des saints Docteurs positifs; mais éclairés et enseignés eux-mêmes par la vertu divine, ils s'aident encore, pour notre instruction, des Conciles, des canons et des constitutions de notre Mère la sainte Église.
Douzième règle. Évitons de faire des comparaisons entre les personnes encore vivantes et les saints qui sont dans le ciel ; car on est grandement exposé à se tromper en ce point, Cardons-nous donc de dire : Cet homme est plus savant que saint Augustin ; celui-ci est un autre saint François, s'il ne le surpasse ; celui-là est un autre saint Paul en vertu, en sainteté. etcr
Treizième règle. Pour ne nous écarter en rien de la vérité, nous devons toujours être disposés à croire que ce qui nous paraît blanc est noir, si l'Eglise hiérarchique le décide ainsi. Car il faut eroire qu'entre Jésus-Christ, notre Seigneur, qui est l'Epoux, et l'Église qui est son Épouse, il n'y a qu'un même Esprit qui nous gouverne et nous dirige pour le salut de nos âmes, et que c'est par le même Esprit et le même Seigneur qui donna les dix Commandements, qu'est dirigée et gouvernée notre Mère la sainte Église.
Quatorzième règle. Quoiqu'il soit très-vrai que personnene puisse se sauver sans être prédestiné, et sans avoir la foi et la grâce, il faut s'observer beaucoup dans la manière de parler et de discourir sur ce sujet (1).
Quinzième règle. Nous ne devons parler ni beaucoup ni souvent (2) de la prédestination; mais, si on en dit parfois quelque chose, que l'on évite de donner au peuple l'occasion de tomber dans quel |ue erreur, et de lui faire dire ce que l'on entend quelquefois : Si je dois être damné ou sauvé, c'est une affaire déjà décidée ; mes ac-
i) C'est tout ce que dit le texte espagnol. L'ancienne veron ms. ajonte: de peur qu'en accordant beaucoup à laprédestialion et à ta grâce, nous ne paraissions détruire les forces m elles et les efforts du libre arbitre, ou qu'en élevant trop les forces du libre arbitre, nous ne fassions injure à la grâce de Jésus- Christ.
(2) Textuellement : Par manière de coutume. — Peut-être pourrait-on traduire, ordinairement. I/anetenne version ms. dit : par wape et coutume.
tions bonnes ou mauvaises ne feront pas qu'il en arrive autrement. Et, sur ce raisonnement, on tombe dans l'indolence, et on néglige les œuvres utiles au profit de l'âme et nécessaires au salut.
Seixième règle. Il fant également prendre garde qu'à force de parler sans explication et sans distinction de l'excellence et de la vertu de la foi,, on ne donne occasion au peuple de devenir lâche et paresseux pour les bonnes œuvres, soit avant la conversion, lorsque la foi n'est pas encore animée par la charité, soit après.
Dix-seplïôme règle. Ne nous arrêtons pas, et n'insistons pas tellement sur l'efficacité de la grâce, que nous fassions naître dans les cœurs le poison de l'erreur qui nie la liberté. Il est permis sans doute de parler de la foi et de la grâce, autant qu'il est possible avec le secours divin , pour la plus grande louange de la divine Majesté; mais non de telle manière, surtout en des temps si difficiles, que les œuvres et le libre arbitre en reçoivent quelque préjudice, ou soient regardés, celui-ci comme un vain mot, et celles-là comme inutiles.
Dix- huitième règle. Bien que nous devions surtout désirer que les hommes servent Dieu, noire Seigneur, par le motif du pur amour, nous devons cependant louer beaucoup la crainte de la divine Majesté : car non-seulement la crainte filiale est pieuse et très-sainte ; mais la crainte servile même, lorsque l'homme ne s'élève pas à quelque chose de meilleur et de plus utile, l'aide beaucoup à sortir du péché mortel; et lorsqu'il en est sorti,
il parvient facilement à la crainte filiale, qui est tout agréable et chère à Dieu , parce qu'elle est inséparablement unie avec son amour.
Nota. On lit à la fin de l'ancienne version ms. : Louange à Lieu. Ces Exercices ont été écrits l'an du Seigneur 1541 Rome, le neuvième jour de juillet. Or, l'ancienne version ms. est parfaitement conforme à l'autogi'aphe espagnol, tel que nous l'avons maintenant; d'où il suit que, dès celte année 1541, et probablement longtemps auparavant, les Exercices de saint Ignace étaient et ont toujours été ce qu'ils sont aujourd'hui, sans aucune addition» sans aucun changement.