‹ Exercices spirituels de saint Ignace de LoyolaChapitre 12 sur 147 · PRIÈRE A JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

PRIÈRE A JÉSUS-CHRIST

Ame de Jésus-Christ, sanctifiez-moi.

Corps de Jésus-Christ, sauvez-moi.

Sang de Jésus-Christ, enivrez-moi.

Eau qui avez coulé du côté de Jésus-Christ,

purifiez-moi.

Passion de Jésus-Christ, fortifiez-moi.

Jésus, plein de bonté, exaucez-moi :

Dans vos plaies sacrées cachez-moi :

Ne permettez pas que je sois séparé de vous : Contre la malice de l'ennemi défendez-moi, A l'heure de ma mort appelez-moi, Et faites que je vienne à vous, Afin que, dans la compagnie des Saints, Je vous loue dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il-

(t) Saint Ignace recommande souvent, dans le cours des Exercices, de réiiler cette prière avec l'Oraison dominicale et la Salutation angélique, dans l'ordre suivant : Je vous salue, Marie, à la tres-sainle Vierge, afin qu'elle daigne intercéder pour nous auprès de son divin Fils: Ame de Jésus-Christ, a Notre-Seigneur, pour le prier d'êîre notre avocat auprès de son Père, céleste ; VOraison dominicale, à Dieu le Père, pour obtenir de Celui qui est la source de tout bien, des grâces que nous ne lui demandons que par les mérites infinis de Jésus-Christ et l'intercession toute puissante de Marie.

Propres h faciliter l'intelligence des Exercices spirituels qui suivent : utiles à celui qui doit les donner, et à celui qui doit les recevoir (1).

Première annotation. Par ce mot, Exercices spirituels, on entend toute manière d'examiner sa

(1) On peut regarder ces annotations ou remarques comme une introduction aux Exercices. Saint Ignace, en les composant, avait en vue le double but exprimé dans ce titre : premièrement, de donner une notion préliminaire des Exercices, d'expliquer brièvement le sens qu'il attachait à ces mots, Exercices spirituels, d'en désigner la fin, les moyens, etc.; secondement, de tracer quelques avis généraux, pour la direction de ceux qui peuvent donner ou recevoir les Exercices, a6n d'en rendre le succès plus certain et les fruits plus abondants.

D'après ce titre, dont notre bienheureux Père fait précéder ses annotations, on conçoit aisément que ce livre n'a pas été composé pour qu'on se contentât de le lire, ni même afin que tous indifféremment pussent l'étudier et le méditer. Ce titre indique clairement que celui qui fait les Exercices doit les recevoir d'un autre qui, les ayant faits lui-même, ait acquis par l'expérience l'art surnaturel de les donner à son tour. C'est

conscience (1), de méditer, de contempler, de prier vocalement et mentalement, et les autres opérations spirituelles dont nous parlerons dans la suite. En effet, comme se promener , marcher, courir, sont des exercices corporels : de même les différents modes de préparer et de disposer l'âme à se défaire de foules ses affections déréglées, et après s'en être défait (2), à chercher et à trouver la volonté de Dieu dans le règlement de sa vie, en

aussi ce dont nous prévient, en termes formels, l'Avertissement placé au commencement de la première édition des Exercices : ce qui mérite d'être remarqué. Car c'est une voie que personne ne doit parcourir sans guide. L'inexpérience se trompe facilement dans l'application des principes, et ici toute erreur est dangereuse. La brièveté du livre de saint Ignace, et sa manière toute spéciale de procéder, demandent elles-mêmes un directeur qui l'explique.

(1) [Toute mo.)tière. — C'est une définition du mot Exercices spirituels pris dans son acception générale : si l'on veut définir les Exercices spirituels de saint Ignace en particulier, ce ne séia ^îuo tJSit manière, ou une manière quelconque d'examiner sa conscience, etc. ; mais une manière déterminée, consistant dans l'ensemble des méthodes proposées et prescrites par saint Ignace ; en un mot ce ne sera plus en latin quilibet modus, mais quidam modus determinatus et ci tus. Cette distinction est nécessaire.]

(2) Et après s'en être défait. — Cette répétition de la même pensée nous oblige à conclure lue nous chercherons en vain la volonté de Dieu touchant la disposition ou le règlement de notre vie, si notre premier soin n'est de détruire nos affections déréglées. Car si nous ne nous appliquons avant tout à les déraciner de notre âme, la lumière pour connaître ce que Dieu veut, la volonté pour nous déterminer à l'entreprendre, nous manqueront ; les forces pour l'exécuter nous manqueront aussi. Mais quelles sont les affections que l'on doit appeler déréglées? Chacun pourra le comprendre en rappelant à sa mémoire les pecbés dont il reconnaît qu'il s'est rendu coupable, et surtout

vue de son salut, s'appellent Exercices spirituels. Deuxième annotation. Que celui qui explique à un autre le mode à tenir et l'ordre à suivre dans la méditation ou dans la contemplation, lui raconte fidèlement l'histoire qui doit taire le sujet de cette contemplation ou de cette méditation, se contentant d'en parcourir les points avec une exposition sommaire. Parce que, si la personne qui fait la contemplation , s'attachant au fond de la vérité historique, parvient, en raisonnant et en réfléchissant par elle-même, à découvrir quelque chose qui lui fasse un peu plus connaître ou goûter son

en jugeant de ses affections d'après les principes établis dans la Méditation fondamentale. En général, toute affection est déréglée qui n'a pas son principe dans la foi ou la droite raison : ou encore dont la foi ou la droite raison ne saurait approuver ou justifier le motif. Vous éprouvez en vous-même une affection quelconque : demandez-vous : Pourquoi suis-je dans la joie? Pourquoi suis-je dans la tristesse? Pourquoi est-ce que je désire ou que je crains ceci? Pourquoi est-ce que j'aime ou que je repousse cet objet? Pourquoi est-ce que je me sens porté à la colère ou à l'indignation ? Et, sans vous contenter toujours d'une première réponse, cherchez encore la raison de votre réponse même, en vous adressant de nouveau la question Pourquoi? Et alors vous comprendrez facilement si votre affection est déréglée, ou si elle ne l'est pas, Que l'on observe avec soin les degrés par lesquels nous conduisent les Exercices spirituels. Ils préparent l'âme; et, ce qui indique quelque chose de plus, ils la disposent : premièrement, à déraciner les affections déréglées; secondement, à chercher la volonté divine; troisièmement, à la trouver; quatrièmement, à l'embrasser et à la suivre dans un plan de vie, aussitôt qu'on l'aura trouvée : ce que n'hésitera pas à faire celui qui aura secoué le joug des affections déréglées. Et c'est ainsi qu'il assurera le salut de son âmey fin demière des Exercices.

•ujet, soit par le raisonnement propre, soit par la lumière divine qui éclaire son entendement, elle y trouvera plus de goût et plus de fruit spirituel, que si celui qui donne les Exercices lui eût développé fort au long tout ce que renfermait le sujet de sa méditation. Car ce n'est pas l'abondance de la science qui rassasie l'âme et la satisfait : c'est le sentiment et le goût intérieur des vérités qu'elle médite.

Troisième annotation. Comme dans tous les Exercices spirituels suivants nous faisons usage des actes de l'entendement en employant le raisonnement, et de ceux de la volonté en excitant en nous des affections, il est à remarquer que, dans les actes de la volonté, lorsque nous parlons vocalement ou mentalement à Dieu, notre Seigneur, ou à ses saints, il faut de notre part un plus grand respect que quand nous faisons usage de l'entendement par la réflexion (1).

(1) On comprend la justesse de cette remarque. Lorsque nous nous livrons aux actes de l'entendement par le raisonnement, c'est avec nous, c'est, pour m'exprimer de la sorte, avec notre esprit que nous parlons; mais, dans les actes de la volonté, nous conversons avec Dieu ou avec les saints. Nous devons donc les regarder comme présents, comme étant auprès de nous, ou du moins comme nous contemplant du haut des cieux avec bonté, et par conséquent leur donner des marques plus sensibles du respect dont nous sommes pénétrés. Ce respect, disons-nous, doit être plus profond dans les actes de la volonté, mais il ne doit pas se borner au temps de ces actes. Pendant toute la méditation, même lorsque nous formons des raisonnements, nous devons nous souvenir que nous sommes d'une manière particulière en la présence de Die-i.

ankotatjo;\s. 5

Quatrième annotation. Les exercices suivants se divisent en quatre parties : la première est la considération et la conlemplation des péchés; la seconde, la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ jusqu'au dimanche des Rameaux inclusivement; la troisièmeja passion du Sauveur; la quatrième, sa résurrection et son ascension, avec les trois manières de prier. Supposé que l'on y emploie quatre semaines, pour correspondre à cette division, il ne faut pas croire que chaque semaine doive nécessairement se composer de sept ou de huit jours. Car il arrive que, dans la première semaine, les uns sont plus lents que les autres à trouver ce qu'ils cherchent, c'est-à-dire

Ceux qui récitent l'Office divin ou les Heures canoniales pourront retirer de l'application de cette remarque un grand accroissement d'attention et de dévotion. Qu'ils distinguent pour cela les différentes parties qui composent 1 Office divin. Les unes ne sont qu'une simple lecture : comme une narration, un sermon, une homélie; les autres sont une prière formelle qui s'adresse à Dieu ou aux saints. S'ils ajoutent à cette pratique celle de considérer distinctement la personne à laquelle se dirige cette prière, c'est-à-dire tantôt à Dieu le Père, tantôt au Fils, tantôt au Saint-Esprit, d'autres fois à Jésus-Christ comme médiateur, à la très-sainte Vierge, aux autres saints, ils seront eux-mêmes étonnés des accroissements de goût et de fruit spirituel qui accompagneront leurs généreux efforts. Et que personne ne s'imagine qu'il soit difficile de s'accoutumer, peu à peu et avec douceur, à ce recueillement et à cette attention intérieure, pourvu que l'on ait soin d'éviter la contention et le scrupule. Les paroles mêmes que l'Église a consacrées, et qu'elle met dans notre bouche, respirent ce respect que la prière commande : Donnez, nous vous en conjurons. — Accordez-nous par votre bonté.

— Nous vous en supplions humblement. — a Da quœsumus.

— Concède propitius. — Te supplices exoramus... » Les autrej formules ne sont pas moins touchantes.

la contrition,, la douleur, des larmes pour leurs péchés; que d'autres sont plus actifs et plus diligents; que d'autres sont plus agités et plus éprouvés par les mouvements des divers espri ts : d'où il résulte qu'il faut quelquefois abréger, et d'autres fois prolonger cette semaine ; j en dis autant des suivantes, cherchant toujours à retirer le fruit propre dechacune d'elles. Mais ordinairement on terminera les Exercices en trente jours environ.

Cinquième annotation. Celui qui reçoit les Exercices gagnera beaucoup à y entrer avec un grand courage etune grande libéralité envers son Créateur et Seigneur (1), lui offrant toute sa volonté et toute sa liberté, atin que sa divine Majesté dispose (2) de sa personne et de tout ce qu'il a, selon sa très-sainte volonté (3).

(1) Envers son Créateur et Seigneur. — Noms qui ne conviennent qu'à Dieu seul, et que saint Ignace emploie très-souvent, parce que leur signification nous rappelle l'étroite obligation où nous sommes de servir, avec une générosité parfaite, un si grand maître. On peut faire à peu près la même remarque sur les mots suivants : sa divine Majesté... selon sa très-sainte volonté.

(2) Dispose. — Textuellement : 5e serve. Cette expression convient surtout aux instruments inanimés, qui, n'ayant point de volonté propre, ne résistent aucunement à ceux qui les emploient et leur obéissent en toutes choses. C'est avec de semblables dispositions que doit s'offrir à Dieu celui qui veut faire dans la vie intérieure de rapides progrès. N'est-il pas juste, en effet, que l'homme, à la seule pensée de son Créateur et de son Seigneur, au souvenir de sa Majesté divine, soit prêt à soumettre, en tout et sans restriction, sa volonté propre à sa très-sainte et divine volonté ?

(3) Autant la disposition de l'âme que saint Ignace recommande dans cette annotation est avantageuse pour le retrai-

Sixième annotation. Quand celui qui donne les Exercices s'aperçoit qu'il ne survient dans l'âme de celui qui les reçoitaucun mouvementspirituel, soit de consolation, soit de désolation ; qu'il ne ressent aucune touche des divers esprits (1) ; il doit l'inter-

tant, autant il faut l'expliquer avec soin et y porter avec instance tous ceux qui font les Exercices, soit en public, soit en particulier.

Or cette générosité d'une âme qui s'offre sans réserve à la Majesté divine et se dévoue à l'entier accomplissement de toute la volonté de son Créateur et de son Seigneur, renferme deux conditions : premièrement, le désir que notre entendement soit vivement éclairé : Seigneur, que voulez-vous que je fasse? « Domine, quid me vis facere? » (Act. ix, 6) ; secondement, que la volonté embrasse tout ce que l'entendement aura compris : Seigneur, enseignez-moi à faire votre volonté, parce que vous êtes mon Dieu : « Doce me facere voluntatem luam, quia Deus meus es tu. » (Ps. cxlii, 10.) Ces deux prières sont très-nécessaires. Et, quoique Dieu soit loin de ressembler au maître fâcheux qui, daignant à peine manifester sa volonté à son serviteur, s'emporte contre lui lorsqu'il ne l'a pas devinée, cependant, comme nous avons souvent refusé de connaître cette volonté sainte; comme, après l'avoir connue, nous avons souvent négligé de la suivre, que nous l'avons méprisée, il est juste maintenant que nous répétions sans cesse : Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? demandant ainsi pardon èe notre aveuglement, de notre négligence, ou même de notre endurcissement passé.

(1) [Aucune touche des divers esprits. — Qu'il existe de bons et de mauvais esprits, ou de bons et de mauvais anges, et que ces bons et ces mauvais esprits aient le pouvoir d'agir et agissent réellement sur l'âme, l'imagination et les sens de l'homme, c'est une vérité de notre foi dont les personnes adonnées à la vie intérieure ne conservent pas toujours un souvenir assez pratique. Les plus grands obstacles à notre sainteté ne sont pas dans la nature de la perfection, ils sont surtout en nous-mêmes ; ils sont dans l'orgueil de notre esprit, dans le» ténèbres volontaires de notre entendement, dans la faiblesse

roger avec soin sur les Exercices, lui demandant s'il les fait aux temps marqués, et comment il s'en acquitte. Il s'assurera de la même manière s'il observe exactement les additions, entrant dans des détails sur chacun de ces points. Il est parlé plus loin de la consolation et de la désolation, et aussi des additions.

Septième annotation. Si celui qui donne les Exercices voit que celui qui les reçoit est désolé et tenté, qu'il ne se montre à son égard ni dur ni âpre, mais doux et suave ; lui donnant du courage et des forces pour la suite, découvrant les ruses de l'ennemi de la nature humaine (i), et l'aidant à se

de notre volonté, dans la dureté de notre cœur, dans nos attachements, notre sensualité, notre paresse; mais, il faut le reconnaître, ils sont aussi dans la haine jurée de l'ennemi de notre nature, serpent insidieux, lion rugissant qui rôde sans cesse autour de nous pour nous surprendre et pour nous perdre. Or, la seule pensée que ces craintes qui préoccupent une âme pieuse, ce trouble qui la poursuit, cette tristesse qui l'abat, sont l'opération du mauvais esprit ou du démon (Discernement des esprits, ire semaine, 2e règle), ne devrait-elle pas sufGre pour la faire résister à ces mouvements avec la même vigilance, je dirais presque avec la même conscience qu'elle résisterait aux suggestions les plus criminelles; puisque les tentations contre la confiance en Dieu et contre la sainte joie ont le même auteur que les tentations contre la pureté et contre la foi? ]

(1) L'ennemi de la nature humaine. — Expression qui nous révèle le véritable motif de la haine du démon envers les hommes. Ce qu'il hait en nous, c'est notre nature, qui est purement l'ouvrage des mains divines, et qui est élevée à la plus haute dignité dans la personne du Fils de Dieu. Cet ennemi de la nature humaine hait donc tout ce qui est dans l'homme un don de Dieu; et sa haine et son envie ne dé-

préparer et à se disposer à la consolation future.

Huitième annotation. Si celui qui donne les Exercices reconnaît dans celui qui les reçoit le besoin d'être instruit sur les désolations et Jes ruses de l'ennemi, ainsi que sur les consolations, il pourra lui expliquer, autant qu'il le jugera nécessaire, les règles de la première et de la seconde semaine, qui ont pour but de faire connaître les divers esprits.

Neuvième annotation. Si celui qui s exerce (1) n'est point versé dans les choses spirituelles, et est tenté pendant les exercices de la première semaine d'une manière grossière et évidente, rencontrant,

sirent rien plus vivement que de le détruire. De là ces moyens perfides si constamment employés contre notre âme et contre notre corps. S'il ne peut nuire à l'un et à l'autre, il s'efforce de nuire à l'un des deux ; et, s'il ne peut causer un mal réel, il s'efforce d'entraver notre marche et de multiplier devant nous les obstacles. Ces paroles, dont le saint fondateur se sert si souvent pour désigner le démon, peuvent fournir une ample matière à notre méditation. Il est l'ennemi de notre nature. Les monuments de son inimitié et de sa haine couvrent la terre : nous en éprouvons tous les jours des. effets communs à tous les hommes et particuliers à nousmêmes; et plaise à Dieu, lorsque l'ennemi nous attaque, qu'il nous trouve toujours accomplissant le précepte du Maître : Veillez et priez! — Motif de confiance ; c'est notre nature, c'est tout ce qui porte le sceau de la Divinité que cet ennemi poursuit en nous; c'est Dieu qu'il hait en nous encore plus que nous-mêmes : et nous pouvons nous écrier contre ses surprises et ses attaques : Voici Seigneur, voici vos ennemis. « Quoniam ecce inimici tui, Deus. » (Ps. lxxxii, 3.)

(1) [Si celui qui s'exerce. — Expression textuelle qui doit être conservée ainsi que les suivantes : Donner, recevoir, faire les Extrcices.]

î>ir exemple, dans la crainte du travail, dans la fausse honte et l'honneur selon le monde, etc., des obstacles qui l'empêchent d'aller en avant dans le service de Dieu, notre Seigneur ; que celui qui donne les Exercices ne lui explique pas les règles du discernement des esprits de la seconde semaine : car, autant celles de la première semaine lui seront utiles, autant celles de la seconde lui seront nuisibles, parce que la matière qu'elles traitent est trop subtile et trop relevée pour qu'il la puisse comprendre.

Dixième annotation. Quand celui qui donne les Exercices remarque que celui qui les reçoit est combattu et tenté sous l'apparence du bien, c'est alors le moment de lui expliquer les règles de la seconde semaine, dont nous avons déjà parlé; parce que, ordinairement (1), l'ennemi delà nature humaine tente plus sous apparence de bien quand on s'exerce dans la vie illuminalive, qui

(i) Ordinairement, etc. — C'est-à-dire qu'il en est ainsi non toujours, mais le plus souvent. Cette annotation se rapporte moins à la première ou à la seconde semaine des Exercices, qu à l'état habituel de l'àme du retraitant. Car il n'est pas rare que ceux qui font les Exercices de la première semaine se trouvent, quant à leurs dispositions habituelles, dans la voie illuminaUve, et par conséquent aient besoin des règles de la seconde semaine, même dans la première. D'un autre côté, un assez grand nombre de ceux qui font les Exercices, même lorsqu'ils sont parvenus à la seconde semaine, ne son(. nullement sortis de la voie purgative; ils sont encore sujets à des tentations grosi-ières et palpables, et doivent toujours être dirigés par les règles de la première semaine. En général, les urnes sont le plus souvent tentées suivant le progrès qu'elle!

ANNOTATIONS. lî

correspond aux Exercices de la seconde semaine, que lorsqu'on est encore dans la vie purgative, qui correspond aux Exercices de la première semaine.

Onzième annotation. Il est avantageux à celui qui fait les Exercices de ne rien savoir dans la première semaine de ce qu'il doit faire dans la se* conde, et de travailler dans Tune à obtenir la fin qu'il se propose, comme s'il ne devait rien trouver de bon dans l'autre.

Douzième annotation. Comme celui qui reçoit les Exercices doit employer une heure à chacun des cinq Exercices ou contemplations qui se font chaque jour, celui qui les donne aura grand soin de l'avertir de faire toujours en sorte que son esprit trouve le repos dans la pensée qu'il a consacré une heure entière à chaque Exercice, et plutôt plus que moins; car l'ennemi a coutume (1) de mettre en usage toute son industrie pour nous faire abréger le temps que nous devons donnera la contemplation, à la méditation ou à l'oraison.

Treizième annotation. Il faut encore remarquer que si, dans le temps de la consolation, c'est

ont fait, selon le degré qu'elles ont atteint dans la vie spirituelle ; et il faut appliquer les règles de la première ou de ls. seconde semaine, selon la nature de leurs tentations, soit dans la première, soit dans la seconde, la troisième et la quatrième semaine des Exercices.

(1) Littéralement : car l'ennemi n'a pas peu coutume... — Ces mots ne signifient pas seulement que le démon nous attaque souvent sur ce point; ils marquent encore les ruses et les efforts employés par notre adversaire, pour nous faire abrégei l'heure de l'Exercice.

chose facile et légère de donner à la contemplation une heure pleine , dans le temps de la désolation, au contraire, il est très-difficile de l'achever. Pour cette raison, celui qui s'exerce doit toujours, afin d'agir contre la désolation et de vaincre les tentations, persévérer un peu au delà de l'heure accomplie. Ainsi s'accoutumera-t-il, non-seulement à résister à l'ennemi, mais encore à le terrasser.

Quatorzième annotation. Si celui qui donne les Exercices voit que celui qui les reçoit est dans la consolation et dans une grande ferveur, il doit l'avertir de ne faire aucune promesse, aucun vœu indiscret et précipité; et plus il reconnaîtra qu'il est d'un caractère léger, plus il doit réitérer cet avertis-ement (1). Car, bien que l'on puisse avec raison porter quelqu'un à entrer dans un ordre religieux où il a intention de faire les vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance; et bien qu'une bonne action faite en vertu d'un vœu soit plus méritoire que celle que l'on fait sans vœu, on doit cependant considérer avec attention la condition et les qualités personnelles du sujet (2), ainsi que

(1) Selon le texte : plus il doit le prévenir et l'avertir. — Quand il s'agit d'un homme qui se fait remarquer par sa légèreté et son inconstance, il ne surfit pas de l'avoir une fois prévenu de se défier de lui-même; il faut l'avertir à plusieurs reprises, de peur que, dans un moment de ferveur, il ne fasse inconsidérément une promesse ou un voeu dont il soit exposé à se repentir.

(2) Les qualités personnelles du sujet. — Le mot subjecto ou tugelo employé par l'auteur désigne la nature entière de l'homme, et l'ensemble de ses dispositions physiques et mo-

la facilité ou la difficulté qu'il pourra trouver à accomplir ce qu'il voudrait promettre.

Quinzième annotation. Celui qui donne les Exercices ne doit point porter celui qui les reçoit à embrasser ou à promettre d'embrasser la pauvreté volontaire plutôt que l'état contraire, ni à choisir un état de vie plutôt qu'un autre. Car, quoique nous puissions licitement et mériloirement, hors du temps des Exercices, porter toutes les personnes qui paraissent avoir les dispositions nécessaires à choisir la continence, la virginité, l'état religieux et toute autre pratique de perfection évangélique; néanmoins, dans le temps même des Exercices, tandis que l'âme cherche la volonté divine, il est plus convenable et beaucoup mieux que le Créateur et Seigneur se communique lui-même à cette âme qui est toute à lui (1), l'attirant à son amour et à sa louange, et la disposant à suivre la voie dans laquelle elle pourra

raies. Il faut donc considérer le sujet, examiner ses qualités personnelles, afin d'être à même de porter un jugement droit de la personne considérée en elle-même. Quant à la condition, elle exprime les relations extérieures avec d'autres personnes, comme d'être père ou fils de famille, magistrat, riche, pauvre, etc. ; qualités purement extérieures, qui ne sont pas inhérentes à la personne. Ce n'est qu'après avoir considéré attentivement ces -deux choses, le sujet et la condition du sujet, que l'on pourra peser les avantages et les inconvénients d'un vœu, ju^er si l'exécution en sera facile ou difficile, si les difficultés sont ou non de nature à être surmontées, etc.

(1) A l'âme qui est toute à lui. — Mot à mot • à son âme dévouée. Terme de possession, qui marque le domaine absolu du Créateur.

mieux le servir dans la suite : de sorte que celui qui donne les Exercices ne doit ni pencher, ni incliner d'un côté ou de l'autre; mais, se tenant en équilibre comme la balance, laisser agir immédiatement le Créateur avec la créature, et la créature avec son Créateur et Seigneur.

Seizième annotation. A cette fin, c'est-à-dire pour que le Créateur et Seigneur opère plus efficacement en sacréatuie, il est important, si cette âme, peut-être, se sent affectionnée et portée à un objet dune manière désordonnée (1), qu'elle emploie toutes ses forces pour lâcher de parvenir à ce qui est l'opposé de son affection désordonnée. Que si, par exemple, elle se sent portée à chercher et à posséder un emploi ou un bénéfice, non pour l'honneur et la gloire de Dieu, notre Seigneur, ni pour le salut spirituel des âmes, mais pour ses propres avantages et pour ses intérêts temporels, elle doit se porter à ce qui est contraire, et le demander à Dieu,, notre Seigneur.

(1) D'une manière désordonnée ou déréglée. — Ce n'est pas assez, d'après cette annotation, que l'âme n'ait d'affection pour aucun objet moins bon en lui-même ; il faut de plus qu'elle n'ait aucune atl'ection déréglée pour aucun objet moins bon, ou bon, ou même excellent. Car il peut se faire que nous ayons une affection déréglée pour un objet louable; par exemple, si nous le déskions pour une tin qui ne l'est pas, comme dans l'exemple cité par saint Ignace; ou encore si cet objet, quelque bon qu'il soit en lui-m5me, n'est pas utile pour la tin que l'on se propose ; ou enfin, si l'irréflexion, la précipitation, l'empressement naturel, l'anxiété, se mêlent à nos désirs : défauts nombreux, tous compris sous la dénomination générale d'affection déréglée.

Qu'elle fasse de vives instances dans ses prières et dans ses autres exercices spirituels, protestant qu'elle ne veut ni cet emploi ou ce bénéfice, ni au cune autre chose, à moins que Dieu, réglant ses désirs (1), ne change sa première affection; en sorte que la raison de désirer ou de posséder une chose ou une autre soit uniquement le service, l'honneur et la gloire de sa divine Majesté.

Dix-septième annotation. 11 est très-utile que celui qui donne les Exercices, sans chercher à connaître les pensées et les péchés de celui qui les reçoit, soit fidèlement instruit des pensées et des mouvements divers que les différents esprits excitent en lui ; afin que, selon son avancement plus ou moins grand, il puisse lui donner quelques Exercices spirituels convenables et conformes à la nécessité de son âme agitée.

Dix-huitième annotation. Il faut adapter les Exercices spirituels à la disposition des personnes qui veulent les faire, c'est-à-dire à leur âge, à leur science, à leur talent, et ne pas donner à celui qui est ignorant ou d'une complexion faible, des choses qu'il ne puisse pas supporter aisément, et dont il est incapable de profiter. On doit également consulter l'intention du retraitant, et, selon le désir qu'il aura de s'avancer dans le service de Dieu, lui donner ce qui est le plus convenable pour l'aider à obtenir le but qu'il se propose. Par

(\) Si la divine Majesté, réglant ses désirs, ne change —

Le changement d'une affection déréglée est principalement l'œuvre de la grâce : il faut la demander avec instance.

conséquent, s'il ne veut que s'instruire de ses devoirs et parvenir à un certain degré de repos intérieur, on peut lui donner l'examen particulier, et ensuite l'examen général. Il consacrera en même temps une demi-heure le matin à la première manière de prier, sur les commandements et sur les péchés capitaux, etc. On lui recommandera aussi ie se confesser tous les huit jours, et, s'il le peut, de recevoir le sacrement de l'Eucharistie tous les quinze jours, et mieux encore tous les huit jours, s'il en a la dévotion. Cette méthode convient surtout aux personnes simples ou sans études. On leur expliquera tous les commandements de Dieu et de l'Église, les péchés capitaux, ce qui regarde les cinq sens corporels et les œuvres de miséricorde. De même, si celui qui donne les Exercices reconnaît que celui qui les reçoit a peu de fond (1) ou de capacité naturelle, et qu'on ne peut pas espérer de lui beaucoup de fruit, il est plus convenable de lui donner quelques-uns de ces Exercices faciles, jusqu'à ce qu'il fasse la confession de ses péchés. On lui donnera ensuite quelque méthode d'examen de conscience, et quelques règles à suivre pour se confesser plus souvent qu'il n'avait coutume de le faire, afin de conserver les fruits qu'il aura recueillis; mais on laisssera de côté les matières de 1 élection et tous les Exercices qui sont hors de la première semaine; surtout quand on peut obtenir un plus grand fruit auprès

(1) Peu de fond. — Ainsi traduisons-nous l'expression espa» gnole sub'ecto, expliquée page 12.

d'autres personnes, et que le temps manque pour toutes.

Dix -neuvième annotation . S'il s'agit d'un homme retenu par un emploi public ou par des affaires auxquelles il ne peut se soustraire ; d'un homme qui ait de l'instruction, de l'intelligence, et qui puisse prendre une heure et demie chaque jour pour faire les Exercices (1), on lui expliquera d'abord pourquoi l'homme est créé; on pourra de même lui assigner une demi-heure pour s'occuper de lexamen particulier, puis de l'examen général, de la manière de se confesser et de recevoir le sacrement.de l'Eucharistie. Ilfera, durant trois jours, tous les matins, pendant l'espace d'une heure, la méditation du premier, du second et du troisième péché; et trois autres jours, à la même heure, la

(1) Pour faire les Exercices. — Tous les Exercices : car on peut les faire tout entiers en suivant fidèlement ce qui est prescrit dans cette annotation. C'est ainsi que les fit le P. Antoine Possevm, étant secrétaire de notre Compagnie sous le P. Éverard Mercurien. Son emploi ne lui laissait pas plus d'une heure et demie de libre tous les jours. 11 employa quarante-sept jours consécutifs uniquement aux Exercices de la première semaine, sous la direction du P. Jacques Miron, qui les avait reçus de saint Ignace lui-même. Voici les paroles du P. Possevin ; c'est de lui qu'il parle à la troisième personne : « Pendant quarante-sept jours, il employa le temps que lui laissaient ses occupations, aux méditations de la première semaine. Ce temps aurait pu lui paraître long, si l'explication qui lui était donnée, je ne dis pas de chaque point, mais de chaque mot, n'avait été pour lui une sorte d'aiguillon qui le portait à tout examiner, à tout peser avec le plus grand soin. il interrogeait le P. Miron et mettait par écrit ses développements et ses réponses. » (Annal, ins., Dec. î, lih. iv, ;ap. 6.

méditation sur les péchés personnels; et trois autres jours encore, à la même heure, la méditation des peines dues aux péchés. On lui donnera pour chacune de ces méditations les dix additionsde la première semaine, et Ton conservera, pour la contemplation des mystères de Notre- Seigneur Jésus- Christ, la méthode qui est expliquée plus bas et au long dans le livre même des Exercices.

Vingtième annotation. Mais, si quelqu'un est plus libre d'affaires, et désire retirer des Exercices spirituels tout le fruit qu'il peut en recueillir, qu'on les lui donne tout entiers, gardant exactement l'ordre dans lequel ils sont ici développés. Et ordinairement il en retirera d'autant plus de profit, qu'il sera plus séparé de ses amis, de ses proches et de toute sollicitude terrestre, quittant, par exemple, son habitation ordinaire et choisissant une autre maison ou une autre chambre pour y habiter le plus à l'écart qu'il pourra, de manière qu'il soit en. son pouvoir d'aller tous les jours à la messe et à vêpres sans crainte d'être dérangé par personne. Cette solitude lui procurera trois avantages spirituels, entre beaucoup d'autres. Premièrei ment, la séparation de ses amis, de ses proches, ainsque de beaucoup d'affaires moins réglées, afin de mieux servir et louer Dieu, notre Seigneur, est d'un grand mérite devant la Majesté divine. Secondement, se trouvant ainsi seul avec lui-même, n'ayant plus l'esprit partagé entre plusieurs objets, mais réunissant toute sa sollicitude en un seul, qui est de servir son Créateur et d'être utile à son âme, il

fait usage de ses puissances naturelles plus librement pour chercher avec diligence ce qu'il désire avec tant d'ardeur. Troisièmement, plus notre âme se trouve seule et séparée des créatures, plus elle se rend apte à s'approcher de son Créateur et Seigneur et à s'unira lui; et plus elle s'approche effectivement de lui, plus elle se dispose à recevoir les grâces et les dons de sa divine et souveraine bonté.

P0UK 'i. VAINCRE SOI-MÊME ET RÉGLER SA ViE •ANS SE DÉTERMINER PAR AUCUNE AFFECTION DÉSÛU DONNÉE (1).

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