LA CONVENANCE
Une chose est convenable quand elle est honnête et bienséante. On se demandera donc à soi-même : Est-il convenable que j'agisse en qualité d'homme raisonnable, de chrétien, de religieux, de compagnon de Jésus ?
(1) Decens, utile, jucundum, facile, necessarium.
Qufis motifs nombreux et puissants ne sont pas renfermés dans ces titres ! Un enfant d'Ignace devrait surtout se rappeller tous les jours, ou plutôt sans cesse, celui de compagnon de Jésus, si capable d'émouvoir et d'exciter un cœur généreux. En effet, quel vice, quel défaut, même léger, n'est-il pas convenable que j'évite, si je ne veux pas porter en vain le nom de compagnon de Jésus ? Quelle vertu ne doit point pratiquer, je dis plus, à quel degré de perfection, de sainteté, ne doit point aspirer un compagnon de Jésus ; oui, de Jésus, ce divin modèle de toute vertu et de toute sainteté ? Quelle difficulté, quel ennui, quelle épreuve, quel genre même de supplices, de mépris, ne doit point généreusement surmonter et souffrir un compagnon de Jésus, et de Jésus crucifié ? Le seul titre de compagnon de Jésus, bien médité, est donc capable d'opérer la conviction dans notre àme, et de lui communiquer la plus forte impulsion. Nous trouverons dans ce nom une source intarissable de pieuses pensées, de sentiments humbles, de désirs de tendre à quelque chose de plus parfait.
2° l'utilité.
L'utilité comprend les avantages spirituels que me procurera l'observation de cette doctrine pratique. Je dis les avantages spirituels, ceux qui regardent le bien de mon âme et l'éternité : car les autres ne sont pas surnaturels, et manquent par conséquent de solidité. Ce ne sont donc pas de semblables avantages qu'il faut peser dans la méditation. On ne dira pas, par exemple : J'éviterai les pénitences, je contenterai mes supérieurs, je plairai à mes frères, etc. Ces motifs sont essentiellement défectueux ; ils peuvent porter au vice aussi bien qu'à la vertu, et sont plus propres à faire des hypocrites
que des hommes solidement vertueux. Peut-être pourrait-on quelquefois joindre quelques-uns de ces motifs humains aux motifs surnaturels ; mais il faut le faire avec réserve, de peur d'appuyer notre vertu sur d'aussi fragiles fondements. Considérons donc les motifs surnaturels, et disons-nous à nous-mêmes : En me conformant à cette doctrine, j'éviterai de tomber dans un grand nombre de péchés et de défauts ; je m'épargnerai bien des troubles et des remords ; je ne contracterai point des dettes multipliées qu'il me faudra payer dans le purgatoire ; je jouirai de la paix d'une bonne conscience ; j'exercerai plusieurs actes de vertu ; chacun de ces actes me méritera un accroissement de grâce devant Dieu, augmentera mes mérites pour l'éternité, et m'enrichira aux yeux du Seigneur ; j'attirerai la bénédiction d'en haut sur mes emplois, je deviendrai un instrument utile à la gloire divine, etc. Il n'est pas une conclusion pratique qui ne renferme des motifs sans nombre, réels, solides et surnaturels : chacun insistera sur ceux qui lui feront une plus grande impression. Mais il ne faudra jamais oublier ces deux motifs généraux : Quels maux spirituels éviterai-je? Quels biens obtiendrai-je, pour moi et pour le prochain ? Car il est écrit : Celui qui aime l'iniquité hait son âme (1) ; mais l'âme de celui qui craint h Seigneur est heureuse... (2), et toutes ses œuvres seront couronnées de succès (3).
3° l'agrément (4).
Combien n'aurai-je pas lieu de me réjouir, si je me
(1) Qui diligit iniquitatem, odit animam suam. (Ps. x, 6.)
(2) Timentis Dominum beata est anima ejus. (Eccli. xxxiv, 17. )
(3) Et omnia quaeeumque faciet, prosperabuntur. (Ps. î, 3.)
(4) L'agrément. — ï.e contentement intérieur, la joie du
conforme dans la pratique à cette doctrine ? La vie de l'homme ne peut pas être triste, quand elle a pour règle la volonté divine. Et s'il est quelque joie véritable dans cette vallée de larmes, elle est assurément pour l'âme qui n'a d'autre désir que celui de servir Dieu. Israël, que n'os-tu gardé mes commandements ! ta paix aurait été comme un fleuve, et ta justice comme les profondeurs de l'Océan (1). Le sort des impies est bien différent : L'affliction et le mal heur sont dans leurs voies ; et ils n'ont point connu le chemin de la paix (2). Ces motifs, et plusieurs autres semblables, sont encore confirmés par l'expérience de tous les Saints ; nous pouvons donc nous les proposer comme de puissants encouragements pour tendre à la vertu et à la perfection.
V LA FACILIT2.
Notre-Seigneur Jésus-Christ nous assure lui-même que son joug est doux, et son fardeau léger ; lui-même promet à tous ceux qui voudront le prendre sur eux le repos de leurs âmes. C'est donc une vérité ; et je l'éprouverai, moi aussi, pourvu que je prenne ce joug sur moi ; c'est-à-dire, pourvu que j'observe fidèlement toute la loi de l'Evangile. Car c'est ce que signifie prendre le joug du Seigneur sur soi, et le placer, pour parler de la
cœur, le bonheur que procure et qui accompagne la pratique de la vertu. Jucundum signifie en général ce qu'il y a d'a~ gronhle cans un obiel, et ici, en particulier, ce qu'il y a d'agrcuhlc dans la nMéiité à suivre les lumières que l'on a reçues clans la méditation. (Note du trad.)
(1) LItiuam attendisses mandata mea ! facta fuisset sicut flumcn pax tua, et justilia tua sicut gurgites maris (Is.