LES DEUX EXAMENS DE CONSCIENCE
I. « Il y a ordinairement dans tous les hommes un vice ou mauvais penchant que l'on peut appeler dominant, et qui es* en eux la cause et comme la racine de toutes leurs fautes.
« Et supposé que quelqu'un reconnût en soi plusieurs de ces inclinations ou défauts, il serait néanmoins utile d'en choisir un en particulier et de l'attaquer de toutes ses forces Après l'avoir extirpé, on s'appliquera de la même manière à vaincre successivement les autres.
« Tel est le but de l'Examen particulier, dont la pratique ne doit pas se borner au temps des Exercices, mais s'étendre à toute la vie. Cependant on le commencera pendant les Exercices afin d'en acquérir quelque usage, et parce qu'il doit se faire sur les Exercices mêmes et sur la fidélité aux Additions.
« Cet examen est d'une grande utilité, surtout pour acquérir la pureté du cœur, comme l'enseignent Cassien, Conférence 5 , et saint Bernard en plusieurs endroits » (Direct., ch. xiu, n. 2, 3, 4, 5.)
II. L'examen particulier est-il difficile? — Pris en lui« même ou objectivement, il n'est pas plus difficile que la méditation ou tout autre exercice de piété; la difficulté qu'il pourrait offrir ne serait donc que subjective, c'est-à-dire qu'elle n'aurait sa cause que dans nos dispositions personnelles, dans notre inconstance, par exemple, dans la légèreté ou la mobilité de notre esprit. Disons cependant, et nous serons dans la vérité, que l'examen particulier est quelque chose de sérieux. Car il suppose en premier lieu, dans celui qui veut le faire avec fruit, une certaine connaissance de lui-même. Il arrive souvent que l'on fait son examen [jaiti-
culier sur des défauts extérieurs; c'est en effet par là qu'il faut commencer, s.irtout lorsque ces défauts sont notables et édifient mal le prochain; mais ce n'est là qu'une préparation à un examen plus çrave. Il n'est point d'effets sans cause.; ces défauts extérieurs sont des ruisseaux : il faut donc remontera leur source; il faut la chercher au fond de son âme, et ne point s'arrêter qu'on ne l'ait découverte et qu'on ne puisse dire : Le mal est la. Afin de procéder avec quelque succès dans cette recherche, il est bon de savoir que l'homme à ordinairement les défauts opposés à nés lionnes qualités naturelles : ainsi la douceur deviendra souvent de l'indolence, et la fermeté ira jusqu'à la dureté. Le défaut dominant lient donc au lond même du caractère: nous reviendrons bientôt sur celte pensée. — L'examen particulier suppose en second lieu du courage ; car il faut du courage pour s'attaquer soi-même ilans ce qu'on a de plus intime, dans ce qui e&t inné en nous. Dites à une personne qu'elle est impérieuse et altière, et «me c'est là son défaut dominant : C'est ma nature, répondra-t-elle : puis-je me refaire? Cette personne, en disant que son défaut dominant est sa nature, dit une grande vérité; mais en croyant qu'elle ne peut pas corriger et réformer sa nature, et que par conséquent elle ne doit pas même essayer de le faire, elle se trompe. Cest en effet la nature elle-même qu'il faut attaquer, parce qu'elle est la source qui alimente tant de ruisseaux infects, le tronc qui nourrit tant de branches malades chargées de mauvais fruits ; et c'est seulement lorsque nous eu tenons à nous attaquer nous-mêmes directement, que nous commençons à faire quelque chose; avant cela, les gains sont petits. — En troisième lieu, il est impossible de hien faire l'examen particulier, c'est-à-dire de la manière que le demande saint Ignace, sans pratiquer les vertus «le vigilance sur soi-même, de recueillement intérieur, de mortification des passions, en un mot sans des efforts généreux et constants. Et c'est pour toutes ces raisons que nous disons que l'examen particulier est quelque chose de sérieux, bien qu'il ne soit pas difficile considéré en lui-même : car la loi du Seigneur n'est point pesante : Mandata ejus gravia uot tunt. (1 Joan. v, 3.)
111. LVxamen particulier est efficace. — Premièrement, parce que l'homme, comme nous venons de le voir, y attaque «es véritables ennemis ; secondement, parce qu'il les divisa
NOTES SUPPLEMENTAIRES. 41T
pour les vaincre les uns après les autres; troisièmement, parce atf 1 suppose dans celui qui l'entreprend une volonté ferme et invariable de ne point se désister de son entreprise Appuyé ssr le recours de la grâce, il dit avec le Roi-Prophète : Je poursuivrai mes ennemis, et je les atteindrai, et je ne retour» nerai point qu'Us ne soient détruits. Je les briserai, et ils ne pourront tenir contre moi, et ils tomberont sous mes pieds. Et vous m'avez revêtu de force pour la guerre... « Persequar inimicos meos. et comprehendam illos, et non convertar doncc deficiant. Confringam illos, nec poterunt stare, et codent subtus pedes meos. Et prœcinxisti me virtute ad bellum... (Ps. xvn, 38. )|
IV. L'examen particulier demande l'homme spirituel tout entier. — L'ennemi de notre perfection se rit de nos résolutions vagues et indéterminées; il sait par expérience quel en est le résultat. Si celui qui prend des résolutions généreuses ne laisse pas de tomber souvent, que sera-ce de celui qui n'en prerd que rarement, ou d'une manière moins déterminée ? « Quod si fortiter proponens sœpe déficit, quid ille qui rarà aut minus fixé aliquid proponit? (Imit., 1. 1, c. xix, n. 2.) Or, l'examen particulier n'est point une résolution vague, c'est la résolution la plus spéciale, et par conséquent la plus efficace que nous puissions prendre. Il attaque en effet cette nature que l'on a beau chasser même avec la fourche, dit un poêle profane, et qui revient sans cesse : Naturam expellas furca, tomen usque recurret. El^e se cachera quelquefois des années entières pour vous donner le change; elle n'est point moite, elle n'est qu'endormie. Cessez de veiller sur vous-même, de voua défier de vous-même, et bientôt cette nature, je veux dire votre défaut dominant, se réveillera plus puissante et plus forte, et vous attaquera avec plus de violence que jamais. Car 1er défauts particuliers de l'homme croissent en lui avec l'âge; et c'est quelquefois à un tel point, que l'on dit de certaines personnes, même adonnées à la piété, mai- peu habituées à se vaincre elles-mêmes, qu'elles sont insupportables. Mais si l'examen particulier attaque le fond même le noire nature, faut-il s'étonner qu'il demande l'homme tout entier?
Conclusion. Si vous voulez devenir parfait, coknaism-.z-vou£i ▼oos-même; attaquez votre défaut dominant au mo\en éa l'examen particulier, selon la méthode que vous présente ici saint Ignace. Nous devons toujours nous proposer quelque chose de fixe, et surtout contre ce qui met le plus d'obstacles à not>
perfection. « Semper tamen nliquid certi proponendum est, ef contra illa prœcipue quœ ampliùs?ios impediunt. » (Imit., 1. c. xix, n. 3.) Rarement nous surmontons parfaitement î* défaut. Si nous déracinions chaque année un seul vice, nom deviendrions bientôt des hommes parfaits. « Rarà etiam unum vitium pcrfectè vincimus. Si omni anno unum vitium extirparemus, cita viri perfecti efficeremur. » (Imit., 1. i, c. xi, n. 2, 5.)
EXAMEN GÉNÉRAL
L'examen général doit se faire tous les soirs, et c'est unf pratique commune à toutes les personnes vraiment désireuses de leur avancement dans la vertu. Plusieurs cependant y rencontrent des difficultés. Ils trouvent cet exercice aride et monotone; ce qui fait qu'ils s'en acquittent d'une manière superficielle, sans goût, sans fruit; puis, qu'ils l'omettent quelquefois, puis enfin qu'ils finissent par l'abandonner entièrement. La méthode présentée ici par saint Ignace remédie à cet inconvénient, en répandant une certaine variété sur l'examen de conscience, qu'elle divise en cinq points, bien propres à aider, à consoler et à fortifier l'âme. Il ne sera pas inutile de faire quelques observations sur chacun de ces points.
Premier point. — Rendre grâces à Dieu des bienfaits que Fona reçus. — Peu d'auteurs, s'il en est, nous apprennent à commencer l'examen de notre conscience par un acte de reconnaissance. Cependant, quoi de plus consolant et de plus encourageant que le souvenir des bienfaits divins? et quand l'homme a-t-il plus besoin de courage qu'au moment de demander compte à son âme de ses négligences et de ses infidélités, de faire la recherche et l'examen de ses faiblesses ? De plus, la pensée de tant de bienfaits m'aidera, dans le quatrième point, à comprendre mon ingratitude.
Second point. Demander la grâce, etc. — Moins par quelques prières vocales que par la prière du cœur. 11 airive couvent que les formules récitées de mémoire engendrent une routine qui dessèche l'âme. Le cœur au contraire a des manières de prier qui varient à l'infini ; il ne se répète jamais. — De connaître ses péchés, et de les bannir de son cœur. — 11 ne suffit pas de connaître nos péchés, il faut les détester, il faut les chasser de notre âme et les traiter comme de» ennemi? auxquels on ne fait point de quartier.
NOTES SUPPLEMENTAIRES. 4 1 D
Troisième point. — Demander compte à son âme. — Cet examen doit se faire avec soin, mais sans anxiété. 11 n'excédera pas de beaucoup la cinquième partie du temps consacré à tout l'exercice, puisqu'il n'est qu'un des cinq points. Un grand nombre de personnes réduisent presque l'examen de conscience à ce point unique ; ce qui est la cause du dégoût et de l'aridité qu'elles y éprouvent, du peu de fiuit spirituel qu'elles en retirent, et souvent de leur défaut de persévérance, comme nous l'avons dit au commencement de celte note.
Quatrième point. — Demander pardon à Dieu. — En s'excitant à la douleur de ses fautes. La douleur a la vertu d'ef facer le péché. Que notre douleur de chaque jour efface donc nos offenses de chaque jour.
Cinquième point. — Former la résolution de se corriger, avec le secours de la grâce. — Ce dernier point est sans contredit le plus important de tout l'examen, et peut-être ne le comprend-on pas assez dans la pratique. En effet, pourquoi faisons-nous l'examen de conscience? — Pour connaître nos défauts. — Je l'accorde : mais encore? — Pour les détester, — Rien n'est plus juste ; mais enfin je ne m'applique à connaître mes défauts que pour m'en corriger', et, pour y parvenir, j'ai besoin de renouveler chaque jour le ferme propos de ne plus retomber dans les mêmes fautes. La fermeté de notre résolution e*t la mesure de notre progrès, dit l'auteur de Ylmitation; ce qui est très-certain, dans le sens que nous restons souvent en deçà de nos résolutions, mais que rarement nous allons au delà. Si celui qui prend de généreuses résolutions, continue le même auteur, ne laisse pas de se relâcher souvent, que sera-ce de celui qui n'en forme que rarement, ou d'une manière vague et indéterminée ? Si vous ne pouvez pas vous recueillir continuellement, faites-le de temps en temps, au moins une fois le jour, le matin ou le soir. (Variante : au moins deux fois le jour, le matin et le soir.) Le matin, prenez des résolutions ; le soir, examinez votre conscience, et voyez quelles ont été en ce jour vos paroles, vos actions et vos pensées; cat en tout ceci peut-être vous avez beaucoup offensé Dieu et le prochain. C'est ainsi que chaque jour nous devons renouveler nos bennes résolutions, nous exciter à une nouvelle ferveur, comme $i notre conversion ne datait que d'aujourd'hui, et répéter du fond de notre cœur : Aidez-moi, mon Seigneur et mon Dieut
dans la sainte résolution que je prends de me consacrer à votre service; accordez-moi la grâce de commencer aujourd' hui parfaitement : car ce que foi fait jusqu'ici n'est rien. (Imit., 1. I, c. xiî.) — Avec le secours de la grâce : condition absolument nécessaire. Les bonnes résolutions des justes sont plus fondées sur la grâce de Dieu que sur leur propre sagesse; et c'est toujours en lui qu'ils mettent leur confiance dans toutes leurs entreprises : « Justorum propositum in gratiâ Dei potius quam in propriâ sapientiâ pendet ; in quo et semper confidunt, qnidquiâ arripiunt. (ld. ib.) — Voyez dans le même sens îa fin de crémière note, p, 48, *ur l'examen particulier.
Pag.
Préface de cette nouvelle traduction. l Bulle du pape Paul 111, contenant l'approbation et la
recommandation du livre des Exercices. u
Rapport des examinateurs. xiii Indulgence plénière en faveur de ceux qui font les
Exercices. M
Prière. — Ame de Jésus-Christ. xvi
Les vingt annotations. i
Titre des exercices. — Supposition préalable. Avec quelles dispositions d'esprit nous devons écouler notre prochain. 21
Méditation fondamentale, ou Principe et Fondement. 22
Explication de la méditation fondamentale. 26
Examen particulier. Il renferme trois temps, et doit se
faire deux fois le jour. il
Quatre additions de l'examen particulier. 50
Examen général de conscience. — Double utilité de cet
examen. 52
Manière de faire l'examen général. Il renferme cinq
points. 58
Confession générale et communion. — Trois avantages de la confession générale. Deux effets de la sainte communion. 58 Premier exercice, sur le premier, le secopd et le troisième péché. 60 Second exercice, sur les péchés personnels. 68 Troisième exercice, répétition du premier et du second. Comment on doit faire les répétitions. Trois colloques pour demander trois grâces. 71 Quatrième exercice, résumé du troisième. 74 Cinuuièmb exercice, sur l'Enfer, à l'aide des sens et de 11-
magination. 75
Du règlement, et du nomhu d'Exercices que l'on doit faire, selon les circonstances. 78
Dix additions pour mieux faire les Exercices et obtenir
olus efficacement ce que l'on désire. 78
Quatrs remarques sur les dix Additions 85
Le Jugement général. 88
Le Jugement particulier 94
La Mort. iOl
clb constances après la mort. 106
Le Péché véniel. 112
La Tiédeur. 121
L'Enfant prodigue. 132
La sainte Communion. 140
Contemplation du règne de Jésus-Christ. 150 Cet Exercice doit se faire deux fois dans la journée. 158 Lecture spirituelle très-utile cette semaine et les suivantes; quels livres ou doit lire. 158
Premier jour.
Première contemplation. — De l'Incarnation. 159
Seconde contemplation. — De la Naissance de Notre-
Seigneur. 168
Troisième contemplation. — Répétition de la première
et de la seconde. 171
Quatrième contemplation. — Nouvelle répétition de la
première et de la seconde contemplation. 172
Cinquième contemplation. — Application des sens à la
pr mière et à la seconde contemplation. 172
Remarques. 175
Second jonr.
Première contemplation. — De la Présentation de Jésus- Christ dans le Temple. 177 Seconde contemplation. — De la Fuite en Egypte. 177 Deux répétitions de ces deux contemplations. 177 Application des sens au même sujet. 177 Remarque sur la diminution du nombre des Exercices depuis ce secjnd jour jusqu'au quatrième inclusivement. 177
Troisième Jour.
Pag
Première contemplation. — De la vie de Jésus-Chris
à Nazareth, depuis l'âge de douze ans jusqu'à trente. 178
Seconde contemplation. — Comment Jésus-Christ fut retrouvé dans le Temple. — Deux répétitions, comme plus haut. — De mèm^, l'application des sens. 178
Prélude pour la considération des états de vie. 17£
Exemple des deux états ue vie de Jésus-Christ. 17t
Avertissement sur l'Exercice suivant. 18t
Quatrième jour.
Méditation des deux étendards. 182
Trois colloques d'une grande importance. 191
Méditation des trois classes. 192
Les trois colloques de la méditation précédente. 196
Remarque sur la manière de détruire une affection déréglée, en portant notre cœur a ce qu'il y a de plus parfait. 196 Cinquième jour.
Contemplation. — Le voyage de Jésus-Christ de Nazareth au Jourdain, et son baptême. — La même une seconde fois, deux répétitions, l'application des sens. 197 On ne contemplera chaque jour qu'un seul mystère. 197 Les cinq Exercices seront suivis des trois colloques ; ob- 197 servation sur ces colloques. 197 Sujet de l'examen particulier pour celte semaine et les suivantes. 198 Sixième jour.
Contemplation. — Jésus-Christ dans le désert 19®
Septième jour.
Contemplation. — Vocation des Apôtres. 199
ISuitième jour.
contemplation. — Lu Sermon sur la montagne. 199
fteuvième jour.
Contemplation- — Jésus-Christ marche sur les eaux. 199
Dixième jour.
Contemplation. — Jésus-Christ enseigne dans le Temple. 199
Ouzième jour.
CONTEMrLATioN. — Résurrection de Lazare 199
Douzième jour.
Pag.
Contemplation.— Le jour des Rameaux. 199
Remarques. 200
Les trois degrés d'humilité. 201 Recommandation des trois colloques de la méditation des
trois classes, pour obtenir le troisième degré d'humilité. 205 Prélude pour l'élection. — Dispositions nécessaires pour faire une bonne Élection ; subordination des moyens
à la Gn. 206
DE LA NATURE DES OBJETS QUI PEUVENT ÊTRE LA MA- TIÈRE de l'élection ; quatre règles et une remarque. 208