IV. — CONCLUSION PRATIQUE, OU MOYEN
Littéralement : C'est pourquoi il est nécessaire de ROUS faire indifférents A T >i les objets créés, fn
TOUT CE QUI EST LAISSÉ A I i. LIBERTÉ DE NOTRE FRANC
42 P8EMIÈR1S SEMAINE.
ARBITRE, ET NE LUI EST PAS DÉFENDU, EN SORTE QUE, DB NOTRE CÔTÉ, NOUS NE VOULIONS PAS PLI S LA SANTÉ QUE LA MALADIE, LES RICHESSES QUE LA PAUVRETÉ, LH0NNEUR QUE LE MÉPRIS, UNE LONGUE VIE QU'UNE Y1E COURTE, ET AINSI DE TOUT LE RESTE ; DÉSIRANT ET CHOISISSANT UNIQUEMENT CE QUI NOUS CONDUIT PLUS SUREMENT A LA FIN POUR LA- QUELLE NOUS SOMMES CRÉÉS.
I. C'est pouiiQi oi. — C'est-à-dire, afin de parvenir à faire un usage aussi parfaitement réglé des créatures, il est nécessaire de nous montrer, de nous rendre, de
nOUS FAIRE INDIFFÉRENTS POUR TOUTES LES CHOSES CRÉÉES.
C'est ici la conclusion pratique et légitime de tout ce qui précède, et en même temps le moyen de parvenir à la perfection dont nous parlions il n'y a qu'un instant ; car ces paroles nous enseignent une disposition de l'âme, sans laquelle il nous serait absolument impossible d'observer la règle qui nous recommande d'user ou de nous priver de l'usage des créatures, autant qu'elles sont un moyen ou un obstacle à notre fin, ni plus ni moins. Pour cela il est nécessaire, remarquez le mot nécessaire, de nous montrer, de nous rendre, de nous faire indifférents à l'égard de tous les objets créés. Tous les objets créés, considérés en eux-mêmes, tont en effet indifférents, puisque tous peuvent également être nuisibles ou utiles à notre fin. C'est une vérité que la philosophie elle-même, sans autre secours que les lumières de la raison, a parfaitement comprise ; elle qui nous défend de donner aux objets visibles le nom de biens ou de maux ; elle qui les appelle à8i<£<popa, indifférents. Mais les lumières de la foi nous ont rendu cette vérité tellement évidente, que si Dieu permettait à quelqu'un de :hoisir ce qu'il désire en lui adressant cette question : De ces objets, lequel est le plus avantageux pour te con* duire à ta fin dernière-, qui est le salut de ion âme?
nous ne comprenons pas que cet homme, s'il jouit de sa raison, puisse répondre autre chose que ce- mots : Je l'ignore, Seigneur, vous seul le savez. Puisqu'il en est ainsi, il s'ensuit que rien ne peut être plus juste en soi, plus avantageux à notre salut, plus conforme à la vraie sagesse, que de nous montrer entièrement indifférents à l'égard de toutes les créatures.
En tout ce qui est laissé a la liberté de notrb franc arbitre, et ne lui est pas défendu. — ces paroles, qui règlent et limitent l' indifférence, sont nécessaires ; car, bien qu'il soit vrai de dire que tous les objets créés sont indifférents en eux-mêmes, cependant, relativement à nous, et dans des cas particuliers, il en est un grand nombre que nous devons éviter, que nous devons repousser de toutes nos forces ; comme il en est beaucoup d'autres que la loi divine, que notre emploi, que la justice, que la charité, nous obligent de conserver, et auxquels nous sommes tenus d'accorder ou de prodiguer nos soins. Les derniers de ces objets sont donc des biens par rapport à nous ; les premiers, des maux : et il n'est pas laissé à notre liberté d'être indifférents à l'égard des uns ni des autres. Aussitôt que la volonté de Dieu ordonne ou défend quelque chose, c'est pour nous un devoir rigoureux de vouloir avec le souverain Maître ce qu'il veut, et de ne vouloir pas ce qu'il ne veut pas. — Les paroles qui suivent * de notre côté, ont le même sens. Elles signifient -, autant que cela est en nous, que cela dépend de nous, de notre volonté.
En sorte que, de notre côté, nous ne voilions pas plis la sauté que la maladie, lfc richesses qub la pauvrete, l honneur que le mépris, une longue vig qi'ine vie comité. Saint Ignace en vient aux détails, et fait ici rémunération de quatre chefs qui renferment
une multitude d'objets particuliers, auxquels nous devons appliquer cette doctrine de l'indifférence.
Nous ne voilions pas plus. — Jl s'agit ici d'une disposition de l'âme, d'une détermination libre de la volonté. L'auteur des Exercices pouvait se servir de l'expression suivante : Nous ne recherchions pas plis : oui, en parlant de la pauvreté et des richesses, et même de Vhonneur et de l'ignominie, qui, considérés en euxmêmes, sont des objets inditlîrents. Mais la santé et la maladie, la longueur et la brièveté de la vie sont d'un autre ordre. La conservation de la santé et de la vie n'est point abandonnée à notre: libre arbitre ; elle tombe sous un précepte formel, et il ne nous est nullement permis de rechercher là maladie ou (f abréger la durée de notre vie. Cependant nous ne devons pas non plus volloir absolument la santé plutôt que la maladie, ni une vie longue plutôt qu'une vie courte. II faut toujours que, de notre côté, nous conservions cette disposition à'indifférence parfaite à l'égard de ces objets, comme à l'égard de tout ce qui n'est pas en notre pouvoir, mais dépend de la providence de Celui qui gouverne tout, et connaît seul ce qui doit nous conduire plus sûrement à notre dernière fin, ce qui peut nous aider ou nous arrêter davantage. Les richesses et les honneurs ont été sans doute pour quelques-uns une source de mérites et de bonnes œuvres ; mais, pour un très -grand nombre, ils ont été la cause de leur perte et de leur damnation éternelle. Les uns se sont sauvés par la voie de la pauvreté et des ignominies ; un très-grand nombre ont aussi trouvé leui salut dans la maladie, et une mort prématurée a ouvert le ciel à beaucoup d'élus : tandis qu'une santé prospère et de longues années ont été pour d'autres un moyen çuissant d'étendre la gloire de Dieu, et d'acquérir des trésors immenses de mérites pour l'éternité. Quant à
dous qui, parmi tant de sentiers divers, ignorons lequel doit nous conduire plus directement et plus sûrement au salut, que nous reste-t-il à faire, si nous voulons agir avec sagesse, qu'à ne vouloir pas suivre l'un de préfé rence à l'autre, à nous abandonner à Dieu avec confiance, et avec une indifférence pleine et entière d'esprit et de volonté ? Soyons du reste bien persuadés que, s'il plaît au Seigneur de nous envoyer des adversités, elles seront pour nous la mei leure occasion de rendre à Dieu, d'une manière excellente et héroïque, ce triple devoir de louange, de respect et de service, et par conséquent un moyen puissant d'assurer notre salut.
Et ainsi de tout le reste. — La nécessité de nous rendre indifférents s'étend encore à tous les objets qui ne seraient pas renfermés dans les quatre chefs que nous venons de parcourir ; et il en est un très-grand nombre : les talents et les dons de la nature distribués avec p'us ou moins d'égalité, les dons surnaturels, les consolations et les désolations intérieures, la condition, ie rang que l'on occupe dans le monde, l'habitation, l'emploi, les occupations de cet emploi, les personnes avec lesquelles on est obligé de vivre, leur caractère, leur conduite, enfin tous les événements heureux ou malheureux ; et non-seulement ce qui nous touche nousmêmes, mais encore ce qui regarde nos proches, leur fortune, les changements dans leurs affaires, leur propre vie, en un mot toutes les affaires privées ou publiques : tous ces objets, et une infinité d'autres, se trouvent compris dans ces paroles : Et les autres choses qui sont wr la face de la terre : et il est nécessaire que notre indifférence s'étende à tous, qu'ils soient agréables ou contraires à la nature, toujours comme il a été dit : an ce qui est laissé à la liberté de notre franc arbitre, et m lui est pas défendu.
Désirant et choisissant uniquement ce qui nous conduit PLUS SUREMENT A LA FIN POUR LAQUELLE NOUS SOMMES
créés. Le choix est plus restreint que le désir; mais, soit que Ton puisse ou que l'on doive nécessairement choisir, comme il arrive tous les jours en beaucoup d'occasions ; soit que l'on ait seulement la liberté de désirer, la règle de la véritable sagesse est toujours la même, et nous commande toujours de considérer uniquement ce qui nous est le plus avantageux pour parvenir à notre fin.
II. Qui ne comprend maintenant l'étendue immense de l'application de cette doctrine, la perfection de sa pratique ? Et comme il arrive ordinairement que les objets qui nous plaisent naturellement nous conduisent moins sûrement à notre fin, et que ceux qui nous déplaisent nous y conduisent plus sûrement, avec quelle abondance de lumière ce seul principe ne nous montret-il pas la nécessité de l'abnégation et de la mortification, qui habituent notre volonté, même malgré elle, à s'abstenir, par amour pour la vertu, de ce qu'elle désire, et à embrasser ce qui lui répugne ? La philosophie, nous la citerons une seconde fois, a connu aussi cette doctrine : Souffrir et s'abstenir, nous dit-elle en son incisif langage : Sustine et abstine. Et ce serait bien en vain que sans la mortification Ton s'efforcerait de parvenir à 'indifférence, puisque c'est ou par la mortification seule, ju surtout par la mortification, que l'on peut se faire, se rendre, se montrer indifférent.
Ce n'est au reste qu'avec le secours de la grâce qu nous pouvons accomplir ce que demande de nous cetti méditation fondamentale. Quelque évidents que soient les principes qui doivent servir de règle de conduite è tout homme raisonnable, telle est la faiblesse de la ▼olonté humaine, que jamais elle ne pourra s'y con-
former dans la pratique, sans la grâce de Jésus-Christ. C'est par cet avertissement que nous avons commencé cette explication, c'est par là que nous la terminerons, de peur que l'évidence même de ces vérités venant à produire en nous une présomption secrète, une triste expérience ne nous oblige d'avouer que nous voyons et approuvons ce qui est parfait, et que nous suivons ce qui ne l'est pas : « Video meliora proboquj ; détériora sequor. » Disons donc avec l'Église (Dim. dans l'Oct. de l'Épiph.): Seigneur, faites-nous la grâce de comprendre ce que nous devons faire, et donnez-nous la force de mettre en pratique ce que nous aurons compris. Nous vous le demandons par Notre-Seiyneur Jésus-Christ. « Ut ea quœ agenda sunt videant, et ad implenda quœ viderint, convolescant. Per J)ominum noslrum Jesum Christum. »
Il renferme trois temps et deux examens de conscience chaque jour.
Le premier temps est le matin. Aussitôt qu'on se lève, on doit se proposer de se tenir soigneusement en garde contre le péché (1) ou défaut
(1) Le péché ou défaut particulier. — La matière de l'examen particulier sera donc les péchés et les défauts ou imperfections quelconques. Tel est l'usage général p^rmi nous, et il remonte au temps de saint Ignace, comme le prouvent les histoires de l;i Compagnie. — On peut encore remarquer que toute la matière de l'examen particulier est renfermée dans trois pa-
particulier dont on veut se corriger et se défaire. Le second temps est après le dîner. On commencera par demander à Dieu, notre Seigneur," c< que l'on désire (1), c'est-à-dire la grâce de si
rotes que prononce le prêtre lorsqu'il offre la sainte hostie ; Pour mes péchés, pour mes offenses, pour nus négligences $a?\ nombre.
1° Les péchés. — Tout péché ou faute proprement dite, . de pensée, de parole, d'action, ou même d'omission, dans lequel on a coutume de tomber plus souvent.
2° Les offensée. — Fautes moins proprement dites, ou involontaires, qu'il est aussi difficile à notre faiblesse d'éviter au milieu de tant de périls, qu'au voyageur le plus attentif de ne point heurter souvent malgré lui dans un chemin pénible et raboteux. Cependant le serviteur bon et fidèle, à l'aide de la vigilance chrétienne, et au moyen de l'examen particulier, peut et doit diminuer le nombre de ses offenses. Le Seigneur notre Dieu demande de nous de la sollicitude dans son service, nous dit le prophète :« et sollicitum ambulare cum Deo tuo. » (Mich. vi, S.)
3° Les négligences. — Je n'entends pas ces négligences plus considérables qui vont jusqu'au péché d'omission ; mais celles qui se glissent ordinairement dans nos actions, et qui, sans en détruire tout, le mérite, ne laissent pas de les rendre imparfaites et moins agréables à Dieu. Ces négligences sont vraiment sans nombre, soit que nous considérions le défaut de pureté et de force dans l'intention, soit que nous jetions les yeux sur une foule de modes ou circonstances, qui, ajoutées à nos actions, leur donneraient le lustre et la perfection que réclament tout à la fois et la grandeur du Dieu que nous is, et la mesure des lumières qu'il communique à nos &un s, - Nous nous proposerons donc, au moyen de l'examen particulier : Iode détruire les péchés; 2° de détruire, ou du moins de diminuer les offenses; 3° de détruire, ou du moins de diminuer les négligences, par l'exercice fréquent des vertus qui doivent orner toutes ncs actions et embellir toute notre ■vie.
(i) Ce que l'on désire. — Saint Ignace se sert souvent de cette expression lorsqu'il nous avertit de faire la demande de
souvenir combien de fois on est tombé dans ce péché ou défaut particulier, et celle de s'en corriger à l'avenir; puis on fera le premier examen, en se demandant à soi-même un compte exact de ce point spécial, sur lequel on a résolu de se corriger et de se réformer. On parcourra donc chacune des heures de la matinée, que l'on peut aussi diviser en certains espaces de temps (1 ) , selon l'ordre
la grâce particulière. Il semble vouloir nous recommander par là de penser sérieusement, avant la prière, à ce que nous désirons actuellement obtenir du Seigneur. Cette grâce spéciale consiste essentiellement, quel que soit son objet, en deux points : premièrement, une lumière qui nous fasse connaître nos chutes et nous en rappelle le souvenir; secondement, un secours efficace pour nous en corriger dans la suite. Ce n'est que par un don de la toute-puissance et de la miséricorde du Seigneur que ses fidèles peuvent le louer et le servir dignement. 11 faut donc, ainsi que le fait l'Église, dans l'Oraison du Xll* dimanche après la Pentecôte, lui demander la grâce de ne point rencontrer d'obstacles dans notre course vers les divines promesses. « Omnipolens et misericors Deus, de cujus munere venit, ut tibi a fidelibus tuis digne et laudabiliter serviatur; tribue, quœsumus, nobis, ut ad promissiones tuas sine offensions curramus. Per Dominum nostrum Jesum Christum. » — J'en ferai la remarque en terminant cette note : une chose certaine par elle-même, et dont la foi ne nous permet pas de douter, c'e^t que le plus grand obstacle peut-être an fruit solide de l'examen particulier est ordinairement une secrète présomption, ou qui nous reste entièrement cachée, ou qui ne nous est pas clairement connue, par un effet de laquelle nous établissons toute notre confiance dans nos bonnes résolutions et dans nos propres ressources. Or, l'Apôtre ne prend-il pas soin de nous avertir que toute notre force vient de Dieu ? » Sufjîcientia nottra ex Deo est. » (Il Cor. m, 5.)
(t) Latéralement : D'heure en heure, d'un temps à un autre temps. — Par heures ou par temps, l'examen peut encore se faire avec facilité en Darcourant les unes après les autres le»
des actions, en commençant depuis le moment du lever jusqu'à celui de l'examen présent ; puis on marquera sur la première ligne de la lettre J \voy. p. 51) autant de points que l'on est tombé de fois dans ce péché ou défaut particulier. Enfin on prendra de nouveau la résolution de s'amender du premier au second examen.
Le troisième temps est après le souper. On fera le second examen, aussi d'heure en heure, en corn mençant depuis le premier, puis on marquera sur la seconde ligne de la même lettre J autant de points qu'on est tombé de fois dans le péché ou défaut particulier dont on travaille à se corriger.