‹ Exercices spirituels de saint Ignace de LoyolaChapitre 18 sur 147 · III. — LE BOX USAGE DES CRÉATURES · texte numérisé non relu

III. — LE BOX USAGE DES CRÉATURES

D'OU IL SUIT QUE L'HOMME DOIT EN FAIRE USAGE (textuel-

iement) autant qu'elles l'aident pour sa fin, et-qu'u doit s'en dégager autant qu'elles sont un empêchement k SA fin.

I. Toile est la conséquence naturelle et rigoureuse qui découle du principe que nous venons de développer sur la fin des créatures. En effet, si toutes les créatures, sans exception, ont été créées pour l'homme, et pour Caidcr dans la poursuite de sa fin, il est évident que le motif qui peut me porter à en user ou à m'en abstenir

doit se trouver dans la réponse à cette question : Me sont-elles utiles ou non pour ma fin ? Par conséquent, si |e remarque que quelques-unes en particulier me sont véritablement utiles, je dois m'en servir autant qu'elles me sont utiles, ni plus ni moins ; si je remarque, au contraire, que quelques-unes me sont nuisibles, je dois m'en abstenir, je dois les repousser, je dois m'en dégager autant qu'elles me sont nuisibles, Ni plus m moins. Car telle est la nature des objets que nous appelons moyens ou instruments ; nous ne devons considérer en eux qu'une seule chose : s'ils sont, et jusqu'à quel point ils sont moyens ou instruments propres à la fin que nous nous proposons en les employant. S'ils n'ont pas cette aptitude, ce ne sont plus des moyens, ce ne sont plus des instruments ; et ils le seraient bien moins encore s'ils étaient positivement contraires à notre fin.

Principe de haute sagesse, dont l'application pratique règle véritablement et proprement toutes nos actions selon les lumières de la droite raison, parce qu'il nous fait toujours envisager comme fin ce qui est fin, et ce «lui est moyen comme moyen, et seulement comme moyen. La fin que nous nous proposons une fois bien déterminée et bien comprise, nous ne devons plus ni désv-?r ni employer les moyens que par rapport à cette fin.

il. L'application de ce principe tout pratique est presque infinie. Et il est comme impossible de commencer à examiner sérieusement toutes les actions de sa vie à cette vive lumière, sans découvrir bientôt un vrai désordre dans toute sa conduite. L'homme considère si rarement, et se rappelle si peu cette fin unique de toutes les créatures! IL interroge, il consulte avant tout ses répugnances ei ses goûts. De là le dérèglement, de là les imperfections, de là les péchés. Car enfin, que cet objet flatte mes sens ou qu'il leur répugne, ce n'est

nullement une raison de l'embrasser ou de le repousser. Ce qui me plaît peut bien être, et sera très-souvent un obstacle à ma fin ; et ce qui me déplaît peut bien être, et sera très-souvent utile, quelquefois même la seule chose utile à ma fin. Mais non, nous n'embrassons que rarement ce qui répugne à nos sens ; le plus souvent nous le fuyons, nous l'avons en horreur ; nous désirons au contraire, nous recherchons avec empressement, nous embrassons avec passion ce qui leur est agréable, nous nous en servons, nous en jouissons même sans ordre comme sans mesure : ne cherchons pas ailleurs la source de tout le mal.

Cette application doit se faire diversement, selon la diversité des personnes. Elle regarde également, du reste, et l'homme mondain qui a besoin de sortir du bourbier du vice où il est plongé, et l'homme intérieur qui doit déraciner tout ce qui est en lui un obstacle à la perfection.

Quant aux paroles suivantes, vraiment remarquables, autant que,... m plus ni moins, elles sont l'expression de la perfection la plus élevée. Or cette perfection est vraiment digne de l'homme ; la raison seule la demande de l'homme, parce qu'il est homme : que dire du chrétien, du religieux? Quel est donc celui qui, s'examinant d'après ce principe, ne commence enfin à découvrir tout ce qui lui manque ? Seigneur, faites-moi connaît?^ ma fin, pour que je sache ce qui me manque, a Notum fac mihi, Domine, finem meum, ut sciam quid desit mihi. »

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