‹ Exercices spirituels de saint Ignace de LoyolaChapitre 23 sur 147 · H. — DELA PAROLE · texte numérisé non relu

H. — DELA PAROLE

On ne doit jurer ni par le Créateur ni par la créature qu'avec vérité, respect et nécessité. 11 n'y a point nécessité d'affirmer avec serment toute vérité, mais celle-là seulement dont il doit résulter un avantage de quelque importance pour l'àme, pour le corps ou pour les biens temporels. On jure avec respect quand, en prononçant le nom de Dieu, Créateur et Seigneur de toutes choses, on se rappelle l'honneur et le respect qui lui sont dus.

Encore que dans le jurement fail en vain le péché soit plus grave quand on jure parle Créateur que quand on jure par la créature , il faut cependant remarquer qu'il est plus difficile de jurer avec les conditions requises, c'est-à-dire avec vé-

(1) Pour les deux personnes. C'est la traduction littérale; et ce qui est dit plus haut de la délectation sensuelle prouve qu'il s'agit surtout en cet endroit de péchés contre le sixième commandement

EXAMEN GÉ.NÉRAt. 55

rite, nécessité et respect, parla créature que par le Créateur, pour les raisons suivantes :

Premièrement . — Lorsque nous voulons jurer (1) par quelque créature, la pensée dénommer la créature ne nous rend pas aussi attentifs ni aussi circonspects pour dire la vérité, ou pour l'affirmer avec nécessité, que la pensée de nommer le Seigneur et Créateur de toutes choses.

Secondement. — Il n'est pas aussi facile de rendre au Créateur un témoignage de vénération et de vespect en jurant parla créature, qu'en jurant par le Créateur et Seigneur lui-même^ et en prononçant son saint nom. En effet, la pensée de nommer Dieu, notre Seigneur, inspire par ellemême plus de vénération et de respect que la pensée de nommer un objet créé. 11 suit de là qu'il est plus permis aux hommes parfaits qu'à ceux qui sont imparfaits de jurer par la créature, parce que les premiers, éclairés par la lumière qu'ils reçoivent dans la contemplation assidue des choses divines, peuvent plus facilement que les seconds méditer et contempler que Dieu, notre Seigneur, est dans toutes les créatures par son essence, par sa présence et par sa puissance ; et ainsi, en jurant par la créature, ils sont plus aptes et plus disposés à rendre un témoignage de vénération et de respect à leur Créateur et Seigneur.

Troisièmement. — En jurant fréquemment par

(1) Lorsque nous voulons jurer..., la pensée, ou la volonté de nommer... — Il s'agit ici de l'attention qui doit procéder e jurement, et non l'accompagner seulement.

les objets créés, les imparfaits sont plus exposés à l'idolâtrie que les parfaits ( I ).

Il ne faut dire aucune parole oiseuse. J'entends par parole oiseuse celle qui n'est utile ni à nous mêmes ni au prochain, ou qui n'est point dirigée à cette fin. Toutes les fois donc qu'il doit résulter, ou que nous avons intention qu'il résulte de nos 'iiscours un avantage pour notre âme ou pour celle du prochain, pour notre corps ou pour nos biens temporels, ce n'est point une parole oiseuse, quand même nous parlerions de choses étrangères à notre profession : comme si, étant religieux, nous parlions de guerre ou de commerce. Mais, en général, toute parole dite avec une intention louable est méritoire, et toute parole proférée avec une intention coupable, ou seulement sans motif raisonnable, est un péché.

Gardez-vous de la détraction et des murmures. Manifester un péché mortel qui n'est pas encore public, c'est un péché mortel ; si le péché que vous révélez est véniel, vous commettez un péché véniel; et si vous parlez des défauts d'aulrui, vous découvrez votre propre défaut. Mais, supposé que vous ayez une intention droite, vous pouvez parler en deux circonstances des péchés ou des fautes de votre prochain : premièrement, quand le péché est connu publiquement, par exemple

\l) [Le serment qui se terminerait à la créature, sans se rapporter autrement au Créateur, serait un acte d'idolâtrie. Or, les imparfaits sont plus eiposés que les parfaits à ne point rapporter au Créateur le jurement par la créature. ]

EXAMEN GÉNÉRAL. M

lorsqu'il s'agit d'une personne de mauvaise vie, ou d'une sentence portée par un tribunal, ou d'une erreur publique qui empoisonne les âmes de ceux parmi les quels elle se propage ; secondement, quand le péché est secret, et que vous le révélez à une personne dans l'intention qu'elle aide celui qui l'a commis à sortir de son mauvais état, pourvu toutefois que vous ayez des raisons suffisantes de penser qu'elle pourra lui être utile (1).

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