‹ Exercices spirituels de saint Ignace de LoyolaChapitre 26 sur 147 · CONFESSION GÉNÉRALE ET COMMUNION · texte numérisé non relu

CONFESSION GÉNÉRALE ET COMMUNION

Celui qui voudrait, sans y être obligé, faire une

(1) jL'Exaraen général doit se faire tous les soirs; c'est une pratique commune à toutes les personnes vraiment désireuses de leur avancement dans la vertu. — Voyez, à la tin du volume, les Notes supplémentaires.]

EXAMEN GENERAL

confession générale, y trouvera pendant les Exercices trois avantages entre beaucoup d'autres.

Premièrement. — Il est certain que celui qui se confesse tous les ans avec les dispositions requises n'est pas tenu à faire une confession générale dans le temps des Exercices ; cependant, en la faisant, il retirera un plus grand profit et un plus grand mérite spirituels, à cause de la douleur actuelle plus vive de tous les péchés et de tous les dérèglements de sa vie.

Deuxièmement. — Durant le temps des Exercices, on acquiert de ses péchés et de leur malice une connaissance plus intime que dans tout autre temps où l'on s'adonnait moins sérieusement aux choses intérieures. Or, en obtenant alors cette connaissance plus claire et une douleur plus grande, l'àme retirera plus de profit spirituel et de mérite qu'elle n'eût pu le faire auparavant.

Troisièmement. — Le retraitant, ayant apporté au tribunal de la pénitence des dispositions plus parfaites, recevra par conséquent avec plus de fruit le très-saint Sacrement de l'autel, qui l'aidera nonseulement à ne point retomber dans le péché, mais encore à conserver et à augmenter la grâce qu'il a reçue. Le temps le plus convenable pour faire la confession générale est immédiatement après ies Exercices de la première semaine.

Le premier Exercice est la méditation selon les trois puissance» de l'âme, sur le premier, le second et le troisième péché. H renferme , après l'oraison préparatoire et deux préludes, trois points principaux et un colloque (1).

L'oraison préparatoire consiste à demander à Dieu, notre Seigneur, que toutes mes intentions, toutes mes actions et toutes mes opérations (2) soient dirigées uniquement au service et à la louange de sa divine Majesté.

(1) [Sur le premier, le second et le troisième péché. — Sur le premier péché, qui fut celui des anges rebelles; il a été commis dans le ciel : sur le second péché, qui l'ut celui de nos premiers parents; il a été commis par l'homme dans l'état d'innocence : sur le troisième péché, commis dans L'état de nature déchue, c'est-à-dire par un homme sujet à l'ignorance et à la concupiscence, mais toujours doué de la liberté. On comprend tout ce qu'il y a de grand et de vaste dans le sujet de cette première méditation, et on voit le sens que renferment ces mots si simples en apparence -.sur le premier, le second et le troisième péché.] — 11 renferme, api es l'oraison préparatoire, trois points... L'oraison préparatoire et les préludes sont clairement séparés du corps de la méditation. Ils ne sont qu'une préparation à laquelle il ne faut pas accorder un temps trop considérable. — Trois points principaux ; le mot espagnol que nous rendons par principaux signifia encore importants ou capitaux. Comme le sens ne peut pas être que ces points sont les principaux relativement à d'autres, puisqu'il n'y en a réellement que trois, le mot principaux semble devoir s'entendre de l'importance et de l'efficacité de ces mêmes points, relativement au but de la méditation. On peut dire aussi qu'ils sont principaux, parce qu'il est facile de les subdiviser en plusieurs autres, qu'ils renferment.

(2) Toutes mes intentions, toutes mes actions et toutes mes opérations. — Pendant une heure entière de méditation, que

Le premier prélude est la composition de lieu (1). 11 faut remarquer ici que si le sujet de la contemplation ou de la méditation est une chose visible, comme dans la contemplation des mystères de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ce prélude consistera à me représenter, à l'aide de l'imagination, le lieu matériel où se trouve l'objet que je veux contempler ; par exemple le temple, la montagne où est Jésus-Christ ou Notre-Dame, selon le mystère que je choisis pour ma contemplation. Si le sujet de la méditation est une chose invisible, comme sont ici les péchés, la composition de lieu

d'intentions et de désirs, que d'actions, que d'opérations de l'esprit ou du corps! Il faut donc demander à Dieu dans l'oraison préparatoire que toutes lui soient consacrées. C'est ainsi ijue, selon le langage de la sainte Écriture, nous glorifierons le Seigneur, nous crierons vers le Seigneur de tout notre cœur : :< Confiteri Domino, — Ciamare ad Bominum in toto corde suo. » Aîais l'accomplissement d'une action si sainte nous est impossible sans le secours de la grâce ; c'est un don de Dieu qu'il faut demander avec ferveur au commencement de la méditation, ou, en d'autres termes, dans l'oraison préparatoire. — Cette prière est toujours la même, quel que soit le sujet de la contemplation ou de la méditation. Au reste, si elle est efficace pour nous préparer à l'oraison, elle ne l'est pas moins pour sanctifier toutes les actions de notre vie. On pourra donc l'employer souvent dans le cours de la journée, et ce sera toujours avec le plus grand fruit.

(1) [La composition du lieu. — Expression admise par l'usage, et qui signifie la représentation mentale du lieu de la contemplation ou de la méditation. Saint Ignace dit : La composition en voyant le lieu, et il se sert du mot de composition, que plusieurs ont rendu par construction, parce que c'est au retraitant lui-même à se faire cette représentation de la manière qui lui convient le plus. Nous conserverons donc toujours cette expression dans la suite.)

sera de voir des yeux de l'imagination et de conrer mon àme (1) emprisonnée dans ce corps mortel, et moi-même, c'est-à-dire mon corps et mon àme, dans cette vallée de larmes, comme exilé parmi les animaux privés de raison.

Le second prélude consiste à demander à Dieu, noire Seigneur, ce que je veux et ce que je désire.

(1) De considérer mon ame. — Il faut que je pense à moimême, que je m'applique tout à moi-même. — Remarquez la justesse de ce prélude, et combien l'image qu'il nous présente est propre, à faire naître en nous le sentiment de la honte et de la confusion, qui est le but spécial de cette méditation. Dès le prélude, l'homme se sent tout pénétré de là conscience de 5a dégradation. Ce n'est point ainsi qu'il sortit des mains de son Créateur : le péché l'a réduit à ce triste étal. Son corps a été créé immortel ; et il est corruptible et mortel. L'âme se servait du corps comme d'un '-ompagnon fidèle et obéissant; maintenant elle le trouve infidèle* perfide et rebelle. Elle est, en un sens véritable, dans ce corps comme dans une prison, et elle ne peut exercer librement ses opérations intellectuelles. Ce même corps est pour elle, non-seulement un lieu de détention, où elle est privée de la liberté, mais une maison de force, où elle est abreuvée d'amertume et accablée de travaux comme une esclave. Dfl là ces soupirs des saints : Qui me délivrera? « Quis me liberabit ? » Retire: mon âme de sa prison : «Educ de custodia atumam meam. » — Déplus, le corps et l'âme, c'està-dire l'homme, créa ure intelligente, image de la Divinité, parmi les animaux, non plus comme dans le paradis terrestre où i! leur commandait en maître et en souverain, mais comme un exilé, relégué pour se-, crimes dans une terre lointaine, confondu avec la brute, comme s'il était son semblable. Il a '■ aux animaux privés de l'intelligenee, il est devenu i aux, a Coniparatas et& jutaen'is insipientibus et similis foetus est Mis. » (Ps. xlviii, 13.) Voilà l'état de mon l'état de mon corps, voilà mon état après le péché. ne l'ournil-il pas à l'homme une matière abondante ponr entrer dans la connaissance de lui-même et de sa mi-ère?

PREMIER EXERCICE, 6c

JVtfe demande doit être conforme au sujet de la méditation. Dans la contemplation de la Résurrection, par exemple, je demanderai la grâce- de parliciper à la joie ineffable de Jésus-Christ glorieux ; dans celle de la Passion, je demanderai la douleur, les larmes, les souffrances, avec Jésus- ChrUt dans les tourments. Dans la méditation présente, je dois demander la honte et la confusion de moi-même (1), en considérant combien est grand le nombre de ceux qui sont en enfer pour un seul péché mortel (2), et combien de fois j'ai mérité d'être damné éternellement pour mes péchés sans nombre.

Avant chaque contemplation ou méditation, or, doit faire exactement l'oraison préparatoire, qui est.

(1) Demander la honte et la confusion. — C'est !e fruif propre de cette méditation. Le péché a eu son principe dans ["orgueil'; c'est par l'humiliation que doit commencer notre conversion. — Pour exciter en nous ce sentiment de honte et de confusion, pour réprimer les saillies impétueuses de notre orgueil, rien de plus propre, rien de plus efficace que les réflexions qui nous sont présentées dans cet Exercice. Que n'ajoutent pas au premier prélude que nous avons expliqué, le premier et le troisième point, en obligeant le pécheur n tttre, par la pensée, au-dessous de tout ce qu'il y a au monde de plus malheureux, de plus vil et de plus méprisable, les démons et les réprouvés ! Si la miséricorde divine a été plus grande envers nous qu'à leur égard, cette considération est moins capable de diminuer la contusion que doit produire en nous le -ouvenir de nos péchés, que de l'augmenter. Les colloques qui terminent cet Exercice et les suivants nous feront comprendre celte vérité;

2 Combien est grand le nombre de ceux... — De ce nombre sont tous les mauvais anges. Ce serait altérer le sens de l'auteur que d'appliquer ces paroles exclusivement aux hommes^

toujours la même, et les deux préludes, qui varient de fois à autre, selon le sujet.

Le premier point sera d'exercer la mémoire, en me rappelant le premier péché, qui fut celui des Anges ; puis l'entendement, en réfléchissant sur le même péché ; puis enfin la volonté, en m'efforçant de me rappeler et de comprendre vivement cette première rébellion et ses suites, afin de me causer plus de honte et de confusion, en mettant mes péchés innombrables en comparaison avec le péché unique des Anges. Pour un seul péché ils ont été précipités en enfer; combien de fois l'ai-je mérité moi-même pour lous ceux que j'ai commis? Cet exercice de la mémoire sur le péché des Anges consiste donc à se remettre dans la pensée comment ils furent créés dans l'état d'innocence ; comment ils refusèrent de se servir de leur liberté (1) pour rendre à leur Créateur et Seigneur l'hommage et l'obéissance qui lui étaient dus ; comment, l'orgueil venant à s'emparer de leur esprit, ils passèrent de l'état de grâce à un état de malice, et furent précipités du ciel en enfer. Ensuite, l'entendement s'appliquera à réfléchir plus en détail sur le même sujet ; et, surtout, la volonté devra exciter en elle des affections en conséquence.

(1) Littéralement : Ne voulant pas s'aider de leur liberté. — Ces paroles méritent d'être remarquées. 11 appartient à la créature raisonnable de s'aider en coopérant librement à la grâce divine. Les anges rebelles eux-mêmes ne manquèrent d'aucun secours de la part d'un Dieu bon et libéral : mais ils se manquèrent à eux-mêmes. C'est ainsi que quiconque pèche et petit, pèche et périt par sa faute, refusant de s'aider soi-même.

Le second point sera d'exercer, comme dans le premier, les trois puissances de l'âme sur le second péché, qui fut celui d'Adam et d'Eve ; me rappelant à la mémoire comment, pour ce péché, ils firent une si longue pénitence, et quelle corruption il causa dans tout le genre humain : tant de millions d'hommes se précipitant depuis ce moment dans les enfers (\) ! — Cet exercice de la mémoire sur le péché de nos premiers parents consiste donc à se rappeler comment Adam ayant été créé dans la terre de Damas et placé dans le paradis terrestre, et Eve formée d'une de ses côtes, Dieu leur défendit de manger du fruit de l'arbre de la science; comment, en ayant mangé et s'étant ainsi rendus coupables, ils furent couverts de tuniques de peau et chassés du paradis terrestre ; comment enfin, privés de la justice originelle qu'ils avaient perdue, ils passèrent toute leur vie dans de pénibles travaux et dans un continuel repentir. On réfléchira ensuite par le moyen de l'entendement, et l'on s'efforcera d'exercer la volonté, comme il a été dit dans le premier point.

Le troisième point sera de méditer de la même manière sur le troisième péché, le péché particulier d'un homme quelconque tombé en enfer pour

(1) Textuellement : tant de gens marchant vers l'enfer! — C'est-à-dire tant d'hommes vivant de telle sorte qu'ils finissent par tomber en enfer. La connexion qui existe dans le texte, entre ce membre de phrase et le précédent, donne clairement à entendre que la perte de tant d'âmes est une suite de cette dépravation du genre humain, conséquence elle-même de la piévaricaiion de nos premiers pères.

ce seul péché mortel, considérant que des âmes sans nombre sont maintenant damnées pour des péchés moins multipliés que les miens. — il faudra donc d'abord appliquer la mémoire à ce troisième péché particulier, et se représenter la grièveté et la malice du péché commis par l'homme contre son Créateur et Seigneur; puis se convaincre, par le moyen de l'entendement, qu'ayant péché et s'étant révolté contre la Bonté intinie (1), cet homme ajustement élé condamné pour toujours. Enfin on terminera par les actes de la volonté, comme il a été dit plus haut.

Colloque (2). Me représentant Notre-Seigneur Jésus Christ en croix devant moi, je lui demanderai

(1) Selon le texte : En péchant et en agissant contre la bonté infinie. — Si c'est dans l'acte même du péché que la mort surprenne le pécheur, qui s'étonnera qu'il soit condamné, même pour un seul péché mortel, même après le premier péché mortel ? Cette vérité effrayante devient palpable par la manière dont elle est ici présentée : en péchant et en agissatit contre la bonté isfinif.. Mais que ce soit dans l'acte même du péché, ou après cet acte, que le pécheur coupable d'un seul péché mortel, et persévérant dans sa volonté dépravée, soit cité au tribunal de Dieu, la raison est toujours la même. En effet, cet homme meurt d'une mort naturelle, ou est enlevé par une mort violente; mais Dieu, pour éloigner de lui l'un ou l'autre de ces deux genres de mort, est-il obligé de déroger à l'ordre de la nature en faisant un miracle? Je vous jugerai dans l'état où je vous trouverai : « In quibus vos deprehemlero, in eis et judicabo. » Ce sont les paroles mêmes de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que la tradition nous a conservées. (Apud S. Justinum M. in Dialoeo cum Tryphone, et Baronium sub ann. D. 34.)

(2) Tout ce colloque, comme la méditation elle-même, tend à exciter le sentiment de la honte et de la co7ifasion.

dans un colloque comment, étant le Créateur de toutes choses, il en estvenu jusqu'à se faire homme; comment, possédant la vie éternelle, il a daigné accepter une mort temporelle et la subir réellement pour mes péchés. Puis, me considérant moimême (1), je me demanderai ce que j'ai fait pour Jésus-Christ, ce que je fais pour Jésus-Christ, ce que je dois faire pour Jésus-Christ. Et, le voyant ainsi attaché à la croix, je ferai les réflexions qui se présenteront à moi.

Le colloque est, à proprement parler, l'entretien d'un ami avec son ami, ou d'un esclave avec son seigneur. Tantôt il lui demande quelque grâce, tantôt il s'accuse d'une mauvaise action ; il lui communique ses propres affaires , il lui demande conseil. Réciter en finissant : Notre Père, etc.

(1) L'ordre indiqué par saint Ignace dans ce colloqne est donc : premièrement, de considérer Jésus crucifié; secondement, de jeter les yeux sur soi-même; troisièmement, d'exciter en moi. par cette double considération, des sentiments de liûnte et dt confusion ; mais aussi de me livrer au sentiment ii.time d'une humble confiance en la miséricorde infinie de Dieu. e! àlune amoureuse reconnaissance envers sa bonté; puisque c'est à sa longanimité que je suis redevable de n'être pas peur jamais au nombre des victimes de sa justice : « Miiericordiœ Domini, quia non sumus consumpti.» (Thren. m, 22.) Ce sentiment de la miséricorde divine n'est jamais oublié par l'auteur des Exercices, pas même lorsqu'il traite les sujets les plus effrayants. Voyez le colloque de la méditation de 1 enfer, note 4, page 77.

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