ADDITIONS A OBSERVER
PODR MIEUX FAIRE LES EXERCICES ET TROUVER PLCS SUREBEHl CE QIE L'ON DÉSIRE (2).
Première addition. — Après m'êlre couché, et avant de m'endormir, je penserai à l'heure à
(1) Si celui qui donne les Exercices croit devoir, pour le bien de ceux qu'il dirige, ajouter ici d'autres méditations, sur la mort, par exemple, sur les autres peines du péché, sur le jugement, etc., il est libre de le f..ire. Car il est certain que telle était la méthode de saint Ignace lui-même, ainsi que des premiers Pères de la Compagnie qu'il avait formés. Mais il faut les ajouter ici, en cet endroit même; non avant, mais après le cinquième Exercice, qui est la méditation de l'enfer. Ces ciiK] Exercices réunis forment un tout qu'il faut se garder de détruire. Ou trouvera api es les additions les méditations dont il est parlé dans cette note.]
(2) On ne. saurait dire de quelle importance sont ces ,iddi-
laquelle je dois me lever, et pour quelle fin, et je résumerai pendrait l'espace d'un Ave Maria l'Exercée que je dois faire.
Deuxième addition. — Lorsque je me réveillerai (1), j'éloignerai de mon esprit toute autre pensée, pour m'occuper de suite du sujet que je dois méditer dans le premier Exercice^ qui se fait au milieu de la nuit, m'excitant à la confusion de mes péchés, si grands et si nombreux ; je me proposerai quelques comparaisons , par exemple celle d'un gentilhomme (2) qui se trouverait devant son roi et devant toute sa cour honteux et confus d'avoir grandement offensé celui dont il a d'abord reçu de nombreux bienfaits et des faveurs signalées. De même, dans le second Exercice, je me regarderai comme un grand pécheur (3), enchaîné, et sur le
tions, non-seulement pour le temps des Exercices, mais pour tous les temps, si nous voulons méditer comme il faut et avec fruit, et avancer dans la voie du Seigneur. 11 est donc nécessaire de nous rendre ces enseignements familiers, en les mettant tous les jours en pratique. Or, c'est surtout pendant le temps des Exeicues que nous pourrons acquérir cette habitude, qu'il tdudra conserver ensuite toute la vie.
(i) Lorsque je me réveillerai. — Aussi souvent qu'il m'arrivera de me réveiller pendant la nuit, quand même l'heure de me lever pour la méditation ne serait pas encore venue.
(2) Un gentilhomme. — Littéralement un chevalier, titre qui ne se donne pas à un simple soldat, mais à un guerrier d une naissance illustre, qui a embrassé volontairement le métier des armes. Or ces deux qualités de va'eur et de noblesse rendent celui qui les possède plus susceptible de sentiment d'honneur et d'émulation, et par conséquent plus sensible à la honte et à la confusion.
(3) Comme un grand pécheur. — Pour faire naître dans son cœur le sentiment qui doit être ie fruit du second Exercice,
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point de comparaître devant le Juge suprême et éternel, m'aidant de la comparaison d'un criminel digue de mort, que l'on conduit chargé de fers devant son juge temporel : et, dans ces pensées ou d'autres semblables, selon la matière de l'Exerrice, je prendrai mes vêlements.
Troisième addition. — Avant de commencer, je me tiendrai debout le temps de réciter l'Oraison dominicale, à un ou deux pas de l'endroit où je
il est nécessaire que chacun pense aux péchés de sa vie passée, comme s'il n'avait rien fait pour les expier. Il est vrai que peut-être ils ont été effacés par la pénitence ; je dis peutêtre, car personne ne peut en être certain ; cependant nous devons nous considérer ici tels que nous ?wus sommes faits par nos péchés et non tels que nous sommes peut-être devenus par la grâce. La grâce est l'œuvre de la miséricorde divine ; le péché est tout entier notre œuvre. Or, on veut que nous méditions dans cet Exercice ce que nous sommes par nousmêmes, ce qui est en nous notre ouvrage. Cette considération doit avoir une grande force sur l'esprit même de celui qui n'aurait à se reprocher que des fautes vénielles. Car il est certain qu'un seul péché véniel, commis avec délibération, mérite d'être puni par la soustraction des grâces du Ciel. Et vers quel précipice ne s'élance pas l'âme que la justice divine a privée d'un tel secours? Mais, s'il en est ainsi de celui qui n'a commis que des péchés véniels, que ne devra pas éprouver intérieurement celui qui a la certitude d'en avoir commis de mortels? N'eussions-nous abandonné qu'une seule fois la voie de votre service, ô mon Dieu, où aboutissions-nous si votre droite ne nous y eût ramenés misérieordieusement ? Je vous rendrai donc, Seigneur, des actions de grâces de tout mon cœur, et je glorifierai à jamais votre nom, parce que votre miséricorde tur moi est grande, et que vous avez dci ^.on âme des abîmes
de l'enfer : « Confitebor tibi, Domine JJeus meus, in toto corde meo, et glorificabo nomen tuum in œternum : quia misericordia tua magna est super me, et eruisti animam meam ex inferno inferiori. • (Ps. lxxxv, 12.)
dois méditer, l'esprit élevé vers le ciel, et considérant comment Dieu, notre Seigneur, me reperde (1 ; puis e me prosternerai en m'humiiiant devant lui.
Quatrième addition . — Je commencerai ma contemplation, tantôt à genoux , tantôt prosterné, tantôt étendu sur la terre, le visage vers le ciel, tantôt assis, tantôt debout; cherchant toujours i trouver ce que je désire. Et en cela j'observerai deux choses : premièrement, si je trouve ce que je désire à genoux ou prosterné, je ne chercherai pas une autre position; secondement, si j'éprouve dans un point de la méditation les sentiments que je voulais exciter en moi, je m'y arrêterai et m'y repose::,, sans me mettre en peine de passer outre, jusqu'à ce que mon àmesoit pleinement satisfaile.
Cinquième addition. — L'Exercice terminé, assis ou en me promenant, j'examinerai pendant un quart d'heure quel en a été le succès : s'il n'a
(1) Saint Ignace nous enseigne ici à faire un acte de prétence de Dieu, qui doit précéder toute méditation et toute prière. Les efforts de l'imagination ne sont point nécessaires; il suffit que, par un acte de foi très-simple, nous comprenions vivement qi;e Dieu est présent, qu'il nous regarde, qu'il »st attentif à ce que nous allons faire, et que nous nous arrêtions quelque temps à cette pensée. Dans cette considération, la Majesté divine doit commander notre,, respect; sa conté et sa miséricorde doivent eteiter notre confiance ; et non-seulement.. eux sentiments sont une excellente préparation à la prière, mais nous devons faire en .^orte qu'ils iccompagnent toujours la nôtre, et qu'ils en soient comme l'âme. Dieu me regarde. Qu'est-ce que Dieu ? Et moi, que -ui.--je?
pas été heureux, j'en rechercherai attentivement la cause, et, l'ayant découverte, je m'exciterai au repentir, afin de me corriger dans la suite; s'il a été heureux, j'en rendrai grâces à Dieu, notre Seigneur, et me conduirai une autre fois de la même manière.
Sixième addition. — Je ne m'arrêterai volon. tairement à aucune pensée capable de me causer du contentement ou de la joie, comme serait le souvenir du ciel ou de la résurreclion : car toute considération de cette nature m'empêcherait de ressentir de la peine et de la douleur, et de verser des larmes sur mes péchés. Je tâcherai, au contraire, de conserver toujours le désir d'éprouver de la douleur et du repentir, me rappelant plutôt à la mémoire la mort et le jugement.
Septième addition. — Pour la même raison, je me priverai entièrement de jour, fermant les fenêtres et les portes de l'appartement que j'occupe, tout le temps où je m'y trouverai, excepté lorsque je devrai réciter l'Office divin, lire et prendre mon repas.
Huitième addition. — Je m'abstiendrai de rire et de proférer aucune parole qui puisse porter àrire.
Neuvième addition. — Je veillerai sur mes . yeux et ne les lèverai sur personne, excepté lorsqu'il me faudra parler à quelqu'un, en l'abordant ou en le quittant.
Dixième addition. — La dixième addition regarde la pénitence, qui se divise en intérieure et extérieure. La pénitence intérieure consiste dans
la douleur de ses péchés, accompagnée d'un ferme propos de ne plus retomber dans ces mêmes péchés ni dans aucun autre. La pénitence extérieure est un fruit de la première, et consiste à se punir de ses fautes passées ; ce qui peut surtout se pratiquer en trois manières.
Premièrement, à l'égard de la nourriture . Sur quoi il faut remarquer que le retranchement du superflu n'est pas pénitence, mais tempérance. Il n'y a pénitence que lorsqu'on retranche quelque chose de ce que l'on pourrait prendre convenablement ; et dans ce sens, plus nous parvenons à retrancher, plus lapénitence est grande et louable, pourvu qu'elle n'aille pas jusqu'à ruiner les forces, et qu'elle n'altère par notablement la santé.
Deuxièmement, à l'égard du sommeil. Pour la manière de le prendre, remarquez encore que ce n'est pas pénitence de retrancher ce qui ne servirait qu'à flatter notre délicatesse et notre sensualité. Il n'y a pénitence que dans la privation d'une partie des objets dont nous pourrions convenablement user; et, dans ce sens, plus on parviendra à retrancher, mieux on fera, pourvu qu'on n'altère point considérablement sa santé et qu'il ne s'ensuive pas une intirmilé notable. Quant au temps à donner au sommeil, il ne faut ordinairement rien retrancher de ce qui est convenable, à moins qu'il ne s'agisse de corriger l'habitude vicieuse de dormir trop et d'arriver à une juste mesure (1) .
(i) D'arriver à une juste mesure. — Une habitude se détruit
Troisièmement, à l'égard du corps. Elle consiste à lui faire souffrir une douleur sensible en portant des cilices , des cordes , des chaînes de fer sur la chair; en prenant des disciplinas, ou en se faisant des plaies et en pratiquant d';iu(res genres d'austérités (1). Ce qui paraît le plus convenable et le moins dangereux en ce point, c'est que la
par une habitude contraire, comme on repousse un clou par un autre clou. Conatus conatu, consuetudine consuetudo, quasi clavus ciavo rctundatur. (Maximes de saint Ignace.)
(1) Ces paroles, qui nous étonnent peut-être, sont celles d'un saint, qui rapporte ce qu'ont fait presque tous les saints. Saint François de Sales, le plus doux des Hommes, prenait des disciplines, même sanglantes. Sans doute la délicatesse et lé sensualisme de notre siècle or t presque fait disparaître du milieu du monde les saintes et salutaires pratiques de la pénitence corporelle; cependant il y a toujours eu et il y aura toujours, je ne dis pas dans le cloître, rnai< dans le monde, des âmes d'élite désireuses de crucifier leur chair, par esprit de pénitence, de zèle pour le salut de leurs frères, d'amour envers l'Homme-Dieu qui a voulu être crucifié pour nous. L'exemple suivant est trop remarquable en ce genre pour ne point trouver ici sa place. — Vers l'année 1820, une iilie de ferme de Bretagne se plaignait à son confesseur (le P. Leleu, de la Compagnie de Jésus) d'être gênée dans ses travaux par des instruments de pénitence qu'elle portait constamment sur elle depuis plus de vingt ans. Le confesseur lui dit qu'il voulait savoir quels étaient ces instruments de pénitence. Quelques jours après, sa pénitente lui apporta une fer-blanc hérissée de clous, de près de deux centimètres de long, rangés sur cinq ou sept ligne: . Or cetLe personne poriait quatre plaques semblables : l'une sur la poitrine, l'autre sur le dos, les deux autres sur les côtés, en sorie que ce.- quatre plaques se joignaient entièrement, et tient, à la lettre, un corset de fer. Ce genre d'austérité lui avait été suggéré par un ancien piètre, qui l'exerçait sur lui-même pour apaiser la colère de Dieu, irrité par les crimes de notre première révolution. Le nouveau confesseur, consi-
douleur ne soit sensible que dans la chair, et qu'elle ne pénètre pas jusqu'aux os; de sorte que la pénitence cause de la douleur et non quelque infirmité. Aussi semble-t-il à propos de faire usage de disciplines faites de petites cordes qui causent ' xtérieurement de la douleur, plutôt que d'employer un instrument qui puisse causer intérieurement une infirmité notable.
Première remarque. Les pénitences extérieures se pratiquent principalement (1) pour trois fins :
dérant l'âge et les travaux de cette courageuse fille, ne lui permit pas de continuer. — Voyez page suivante les fins principales pour lesquelles on peut pratiquer les pénitences extérieures.]
(1) Principalement. — Car on peut avoir en vue d'obtenir d'autres effets et d'autres fruits. Ceux qui sont indiqués dans cette remarque sont pourtant les principaux, et les autres fruits particuliers peuvent facilement se rapporter à l'un de ces trois. — La partie inférieure de l'âme. Textuellement: toutes les parties inférieures ; puisque le châtiment du corps est ut i le pour réprimer toutes les passions, quelle que puisse eu être la source. — À se soumettre, autant qu'il est possible; ou, selon le texte, à être plus soumise, car une soumission entière est difficile, pour ne pas dire. ordinairement impossible dans cette vie. — Au reste, ce triple fruit de la pénitence extérieure nous prouve, jusqu'à l'évidence, que l'homme qui s'occupe sérieusement de son avancement spirituel, ne doit jamais être sans en pratiquer quelqu'une, puisque nous avons toujours quelqu'une des raisons proposées pour faire pénitence, quand nous ne les avons pas toutes, j'ajoute que l'usage de cette doctrine ne doit pas se restreindre au temps des Exercices, mais s'étendre à toute la vie, ainsi que la plupart des avis et des méthodes donnés par saint Ignace. C'est donc une erreur de croire que l'observation des additions et des autres points proposés dans ce livre regarde uniquement ce temps.
la première, pour la satisfaction des péchés que l'on a rommis; la seconde, pour se vaincre soimême, c'est-à-dire pour obliger la sensualité à obéir à la raison, et la partie inférieure de l'âme à se soumettre, autant qu'il est possible, à la pan; tie supérieure; la troisième, pour obtenir de Dieu quelque grâce particulière que l'on désire, par exemple celle de ressentir intérieurement une vi\e douleur de ses péchés, de les pleurer amèrement, ou de verser des larmes sur les douleurs et les souffrances que Notre-Seigneur Jésus-Christ endura dans sa Passion, ou enfin la solution de quelque doute.
Deuxième remarque. La première et la deuxième addition ne regardentque les Exercices de la nuit et de l'aurore, et non ceux qui se font en d'autres temps. La quatrième addition ne s'observera jamais dans l'église ou en présence d'autres personnnes, mais uniquement quand on est seul dans sa chambre ou ailleurs.
Troisième remarque. Quand celui qui fait les Exercices n'obtient pas ce qu'il désire, comme des larmes, des consolations, etc., il est souvent avantageux qu'il fasse quelque changement dans la nourriture, dans le coucher, ou dans le sommeil, et dans les autres manières de faire pénitence; qu'il modifie sa conduite, pratiquant des mortifications deux ou trois jours de suite, et les suspendant les deux ou trois jours suivants. Car quelques-uns ont besoin de faire plus de pénitences, et d'autres moins; et aussi parce que sonvenl
nous omettons les pratiques extérieures de pénitence par amour des sens, et par un jugement erroné qni nous fait croire faussement que nous ne pourrons les supporter sans causera notre santé un tort considérable. Quelquefois, au contraire, nous faisons trop, ne consultant pas assez nos forces (1) ; et, comme Dieu, notre Seigneur, connaît infiniment mieux notre nature que nous ne la connaissons nous-mêmes, il daigne souvent, tandis que nous alternons de la sorte, nous faire connaître clairement ce qui nous est convenable! Quatrième remarque. On se proposera, dans l'examen particulier, de corriger les défauts et les négligences commises, soit dans les Exercices, soit dans l'observation des additions. La matière de cet examen sera la même dans la seconde, la troisième et la quatrième semaine.
(f) [Littéralement: pensant que le corpt pourra le supporter.