I. — La manifestation des consciences
i° Les livres furent ouverts, et on jugea les morts d'après ce qui était écrit dans les livres, selon leurs œuvres (5). Le livre général est la sagesse divine; le livre spécial, la conscience de chacun. Dans ces deux livres seront inscrits tous les péchés, graves et légers, publics et secrets, pro-
(i) Et tune parebit signum Filii hominis in cœlo... et videbunt Filium hominis venientem in nubibus cœli cum virtute multa et majestate. (Matth. xxiv, 30.)
(2) El tune plangent omnes tribus terrae. (Matth. xxiv, 30.)
(3) Tune incipient dicere montibus : Cadite super nos ; et collibus : Oyerite nos. (Luc. xxui, 20.)
(4) A facie sedentis super thronum, et ab ira Agni.(A/wc.vi, 16.)
(5) Et libri aperti sunt,... et judicati sunt mortui ex his quae scripta erant in libris, secundum opéra ipsorum. (Apoc. xx, 12.)
près et étrangers. 2° On proclamera les devoirs de chaque, profession ; c'est d'après cette règle que seront examinées toutes nos œuvres. 3° On demandera compte des grâces, des talents, des emplois... et l'on exigera davantage de celui qui aura plus reçu ; car il est juste que les fruits soient en ^apport avec les dons (1).
II. — Les reproches multipliés, 1° des démons accusateurs : tel jour, à telle heure, en tel endroit, tu as fait telle action ; 2° des bons Anges, qui se plaindront de l'inutilité de leurs travaux : Nous avons pris soin de liabijlone; et elle ri a point été guérie; abandonnons-la maintenant (2); 3° de nos saints patrons, de nos supérieurs, de nos égaux, qui nous mettront devant les yeux leurs commandements , leurs avis , leurs exemples ; 4° de la conscience dévoilée à tous les hommes et forçant chacun à reconnaître des vices sur lesquels il avait toujours fermé les yeux: Nous sommes tes œuvres... c'est toi qui nous as faites... nous te suivrons, et nous ne te quitterons pas (3) ; 5° de Jésus-Christ nous adressant ces paroles : Tu as fait ces choses, et j'ai gardé le silence. Tu as pensé faussement que je serais semblable à toi, et que je laisserais tes crimes impunis; mais je te
(1) Cùm enim augentur dona, rationes etiam crescunt donorum. (S. Gregor. pap. Homil. 9. in Evangel.)
(2) Curavimus Babylonem, et non est sanata : derelinquainus eam. {Jer. u,9.)
(3) Quasi loquentia simul opéra dicent : Tu nos egisti, opéra tua sumus, non te deseremus..(S. Bern.)
MEDITATIONS 81 PPLEMEXTAIRE8.
reprendrai sévèrement, et j'exposerai tes œuvres devant lût (J ). 0 honte ! ô confusion !
III. — Les comparaisons les plus capables de me confondre. — 1° Comparaison avec les infidèles. Un grand nombre, s'il avaient eu les mêmes secours que moi, auraient embrassé la foi, et auraient conformé leurs mœurs à leur croyance. De là ces paroles du Sauveur : Malheur à toi,Corozaïn (2)1 2° Comparaison avec les pécheurs. Combien se seraient convertis sincèrement et auraient fait une pénitence saluiaire, s'ils avaient reçu les grâces que Dieu a bien voulu m'accorder dans sa miséricorde ! 3° Comparaison avec tant de personnes qui ont mené au milieu du monde une vie édifiante et irréprochable. 4° Comparaison avec ceux de mon état, qui, dans les mêmes circonstances, avec les mêmes moyens, sont devenus des saints. 5° Comparaison, en un mot, avec tous ceux qui auront reçu moins de grâces que moi, ou qui n'en ayant pas reçu davantage, auront cependant fait moins de mal ou plus de bien que moi. 6° Je dis plus : comparaison peut-être avec de grands saints, dont le principe de sainteté aura été la fidélité à de premières grâces qui m'ont été également offertes, et auxquelles j'ai résisté.
Malheureux pécheur ! que pourrai-je répondre? Comment soutiendr&i-je les regards et les reproches
(1) Hcc fecisti, et tacui. Existimasti inique quôd ero tui similis : arguam te, et statuam contra faciem tuam. ;Pî. xux, 21.)
(2) Vae tibi, Coroxaïn... (Matth. xi, 21.)
de Jésus-Christ mon juge, moi qui tremble à l'aspect d'un homme irrité?
Troisième point. Je méditerai la sentence que doit porter le Fils de Dieu, et contre les méchants, et en faveur des justes, qui seront punis ou récompensés selon leurs mérites.
1° J'entendrai d'abord la sentence en faveur des élus; puis la sentence contre les réprouvés. Sentence irrévocable; la louange et la consolation des justes, la confusion et le désespoir des méchants ; la preuve éclatante de la bonté et de la justice de Dieu, la manifestation de sa providence: et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui est due (1).
2° Ces deux sen'ences seront publiques et motivées : Venez, les bénis de mon Père. . . Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné àmanger. Retirez-vous de moi, maudits... Car fai eu faim et vous ne mavezpas donné à manger [%). Et tous s'écrieront : Vous êtes juste, Seigneur, et votre jugement est équitable (3).
3° Aussitôt suivra inévitablement l'exécution de la sentence : Et ceux-ci iront au supplice éternel^ et les justes à la vie éternelle (4). C'est ainsi que
(1; Et tune laus erit unicuique à Deo. (/ Cor. îv, 5.)
(2) Venite, benedicli Patiis mei... Esurivi enim. et dedistis mihi inanducare. Di<cedite à me, maledicti... Esurivi enim, et non dedistismihi manducare.(3/a/*/i.xxv,34et seqq.)
(3) Justuses,Domine, et rectum judiciurn tuum. (Ps.cxviu, 137.)
(4) Et ibunt hi in supplicium œternum, justi autem in vilain œternam. [Malth. xxv, 46.)
chacun recevra ce qui es! dû aux actions bonnes ou mauvaises quil aura faites pendant quil était revêtu de son corps (1).
Fruit. D'un côlé, espérance et ferveur; de l'autre, crainte et tremblement... Je serai nécessairement du nombre des uns ou des autres... mais du nombre desquels serai-je? Dieu le sait.
Colloque. A mon juge, selon les sentiments dont je serai pénétré : Juste juge. , Dieu vengeur... accordez-moi le pardon de mes péchés, avant le jour du compte terrible.
Juste judex ultionis, Donum fac remissionis, Ante diem rationis.
Pater. — Av9.