‹ Exercices spirituels de saint Ignace de LoyolaChapitre 35 sur 147 · III. Le troisième et le plus dangereux effet du · texte numérisé non relu

III. Le troisième et le plus dangereux effet du

(I) Cùm ergo interior affectus noster multùm corruptus sit, necesseest ut actio sequens, index carentiaeinterioiisvigoris, corrumpatur. Ex puro corde procedit fructus bonœ vitae. [Imil. lib. III, c. xxxi, n. 4.)

péché véniel, surtout lorsqu'il est commis avec plus de connaissance et de délibération, c'est qu'il dispose et conduit au péché mortel. 1° Par la liaison qu'il y a de l'un à l'autre, et par l'habitude du péché qu'il produit. Car, en commettant souvent des fautes légères, l'homme s'accoutume à agir contre les lumières de la raison, à passer sur l'indécence et la difformité d'une mauvaise action, à étouffer les remords de sa conscience, à craindre moins de déplaire à Dieu, jusqu'à ce qu'il perde peu à peu l'horreur du péché mortel. Le penchant au mal est toujours rapide ; il est difficile de se retenir sur la pente d'une montagne escarpée; on court risque de ne s'arrêter qu'au fond de l'abîme. 2° Par la diminution ou même la privation des grâces spéciales qui soutenaient cette âme et la préservaient des grands péchés. En effet, le péché véniel refroidit nécessairement la ferveur de la charité; il obscurcit la lumière intérieure, il prive lame de la force, de la joie, de l'onction du Saint-Esprit ; il ôte le goût des choses célestes et attache à la créature; il augmente les ardeurs de la concupiscence ; il donne plus d'empire au démon sur notre àuie, et parce qu'il s'enhardit à nous tenter, et parce que Dieu permet, en punition de nos infidélités, qu'il nous attaque avec plus de violence. 3° C'est la doctrine de l'Ecriture et des Pères: (7elui qui méprise les petites choses tombera peu à peu et comme par degrés dans le précipice (1);

(i) Qui spernit modica, paulatim decidet. {Eccli, xix, \,)

I l'avertissement de l'Esprit-Saint: Celui qui est infidèle dans les petites choses le sera aussi dans les grandes (1); c'est la parole même du Sauveur. Evitons donc les moindres péchés, dit saint Jean Chrysostôme, puisqu'ils sont la source des plus grands; car celui qui s'habitue à dire de chaque péché: Mon salut n'y est point intéressé, tombera insensiblement dans les plus grands maux (2). Si nous négligeons de nous corriger des fautes légères, dit saint Grégoire, nous serons entraînés peu à peu à commettre sans rougir les plus grandes (3\ Les paroles de saint Augustin ne sont ni moins formelles ni moins remarquables : « Ne méprisez pas les péchés véniels, par la raison qu'ils sont légers; mais craignez-les plutôt, parce qu'ils sont en grand nombre : car les fautes vénielles multipliées, lorsqu'on n'en fait aucun cas, conduisent à la mort (4). »

Des raisons aussi fortes, des autorités aussi im-

(1) Quiinmodico iniquus est, et in majoriiniquus est. (Lue. xvi, 10.)

(•?) Proptereà exhortor initio ut caveamus vel pusilla fugientes mala; nam magna ab his nascuntur. Etenim qui in unoquoque peccato dicere edoctus est : Non in hoc posituna est salutis momentum, is pedetentim omnia pessumdabit. (S. Chrysost. in Epist. ad Rom., c. vu.)

(3) Si curare parva negligimus, insensibiliter seducti, audenter etiàm majora perpetramus. (S. Gregor. Moral, lib. X, c. IX.)

(4) Noli illa contemnere, quia minora sunt ; sed time, quia pi ura sunt. (S. August. De decem chordis, cap. xi.) — Quoniam minuta plura peccata, si negligantur, occidunt. (id. tu Joan. Tract, xu, n. 14.)

posantes, me font-elles comprendre le danger du péché véniel ?

Troisième point. Châtiments du péché véniel.

I. Il est certain que Dieu ne peut s'empêcher, sans manquer à sa sainteté et à sa justice, de punir le péché véniel, même le plus léger, à moins que le pécheur ne le punisse lui-même par des peines volontaires ou volontairement acceptées, et souffertes avec patience, comme venant de la main de Dieu.

II. Dieu punil souvent le péché véniel dès cette vie par dvs châtiments sévères, comme le prouvent plusieurs exemples tirés de l'Ecriture sainte. Ain?i, la femme de Lot h jette un regard sur les flammes qui dévorent deux villes coupables, et elle est changée en statue de sel (1); les Beth* samites considèrent l'Arche sainte contre la défense du Seigneur, et ils sont frappés de mort (2) ; Oza y porte la main, et il meurt (3) ; David se complaît dans la multitude de ses su jets, etsoixantedix mille sont enlevés par un fléau vengeur (4); dans le Nouveau Testament* Ananie et Saphire tombent morts aux pieds de saint Pierre pour un mensonge (5).

III. Mais c'est surtout en l'autre vie, c'est dans le purgatoire que Dieu punit le péché véniel selon la rigueur de sa justice. Descendons dans cette prison ténébreuse, et voyons ce que les âmes y

(i) Gen. xix, 26. — (2) 1 Reg. vi, 19. — (3) II Reg. vi, 8. — (4) II Reg. xxiv, 15. — (5) Act. v.

120 MÉDITATIONS SUPPLEMENTAIRES.

souffrent : 1° La privation de Dieu, mal plus grand, de sa nature, que tous les maux temporels de ce monde, selon saint Thomas. Pour le concevoir, il faudrait comprendre Dieu lui-même et la véhémence du désir dont une âme dégagée de liens du corps est pressée de le posséder ; car il es son souverain bien, le bien infini, le bien pour lequel elle est créée, bien qui est sa plénilude, et dont la possession lui est justement différée. 2° La peine du feu, et d'un feu qui est le même que celui de l'enfer, selon l'Ange de l'école: C est dans les mômes flammes, dit il, que le juste est purifié dans le purgatoire, et que le réprouvé est tourmenté en enfer (t). S. Cyrille de Jérusalem est de ce sentiment, et dit que la peine du sens est égale en purgatoire et en enfer, sauf la durée (2).

Or nous sommes assurés que Dieu ne punit jamais par pas. ion, qu'il n'exerce point de vengeance que sa justice ne règle et que sa miséricorde n'adoucisse... Ajutons que ceux qu'il punit de la sorte sont ses amis, ses élus, ses enfants et les héritiers de son royaume... Enfin, ces flammes cruelles et cette privation de Dieu peuvent être le châtiment d'un seul de ces péchés que je commets si souvent, et dont j'ai si peu de repentir. — 0 pé-

(1) Ha quod idem ignis sit qui damnatos cruciat in inferno, et qui ju^tos in purgatorio purgat. (S. Thom. IV. Sentent., Dist. 21. quœst. i, art. 1.)

(2) Pœnam sensus purgatorii esse aeque gravem ce inferni, «olumque in duratione difièrre. (JuxtaCyrillum Ilierosolymit. Apud Suarez, toin. XIX, disput. 46, sect. 3.)

ché, légerselon le langage des hommes, que tu es un grand mal dans la réalité, et combien tu es à craindre !

Fruit. Recueillir de cette méditation une constante et vive horreur de tout péché véniel, au moins délibéré, de celui surtout 1° dans lequel je tombe plus fréquemment, 2° qui est en moi la source et la cause de plusieurs autres, 3" qui peut me conduire plus directement au péché mortel.

Résolution. Fuir le péché, même léger, comme l'aspect du serpent (1). Demander à Dieu cette grâce en faisant les trois colloques du troisième Exercice de la première semaine (page 73).

L'oraison préparatoire ordinaire.

Premier prélude. Je me représenterai Notre- Seigneur Jésus-Christ me découvrant son divin Cœur et me répétant ces paroles qu'il adressa un

(1) Quasi à facie colubri fuge peccata. (Eccli. xxi, 2.)

(2) Le sujet de cette méditation, comme celui de la méditation précédente, demande naturellement plus de développement que les grandes vérités. Celles-ci, en effet, frappent par elles-mêmes ; elles ont je ne sais quoi de saisissant qui s'empare de tout l'homme, pour peu que l'on cherche à s'en pénétrer. 11 n'en est pas ainsi de la tiédeur et du péché véniel, dont on ne comprend la malice et le danger que par une suite de raisonnements. On ne sera donc pas étonné que ces deux méditations soient présentées plus longuement, et qu'elles aient peut-être, pour la forme, quelques rapports avec une lecture méditée.

i22 MÉDITATIONS SUPPLEMENTAIRES.

iOur à sa fidèle servante, la vénérable Marguerite- Marie: «Voici ce Cœur quia tant aimé les hommes, qu'il n'a rien épargné, jusqu'à s'épuiser et se consumer, pour leur témoigner son amour. » Et celles qu'il dit à ses disciples: Je suis venu jeter sur la terre le feu de l'amour divin, et que désiré-je, sinon qu'il s'allume dans tous les cœurs (1)?

Second prélude. Je demanderai à Notre-Seigneur, par son Cœur sacré, la grâce de n'être point sourd à des paroles si capables de m'embraser de son amour.

Premier point. De la nature, des signes et des causes de la tiédeur.

I. Nature de la tiédeur. — H y a des rapports entre la tiédeur et le péché véniel ; mais il y a aussi entre l'une et l'autre deux différences essentielles. 1° La tiédeur est un état; le péché véniel est un acte. 2° Le péché véniel est mauvais positivement. La tiédeur a deux éléments distincts, dont l'un seulement a une malice positive; c'est la chute fréquente dans le péché véniel, ou l'affection à un certain péché, ou l'omission réfléchie et coupable des moyens de l'éviter; l'autre élément n'est qu'une imperfection: c'est l'absence habituelle d'actes généreux, le dénûment de toute vertu solide, une fade médiocrité dans toutes les bonnes œuvres et dans la manière de s'acquitter des devoirs de son état. — Ces éclaircissements

(1) Ignem veni mittere in terram, et quid volo nisi ut accendatur? [Luc. xn, 49.)

étaient nécessaires pour ôter aux âmes timorées tout sujet de confondre avec la tiédeur les sécheresses, les aridités et tout ce que l'on appelle, dans la vie spirituelle, état d'épreuve.

II. Signes de la tiédeur. — Ne faire aucun cas des péchés véniels et ne craindre que les mortels. S'acquitter de ses exercices spirituels par routine, par respect humain, avec dégoût et avec une négligence réfléchie et consentie. Prier habituellement sans attention, confesser ses fautes légères lans la résolution sérieuse de les éviter, communier sans dévotion et sans faire des efforts doux et modérés pour l'obtenir. Faire ses actions journalières sans intention, sans ordre, sans méthode. Se répandre au dehors, être rarement présent à soi même, plus rarement encore avoir Dieu présent. Renoncer à l'exercice des grandes vertus, même de celles dont la pratique convient à notre état ou à notre position, se contenter d'un état de médiocrité, éviter le commerce de ceux qui travaillent avec ardeur à leur perfection, rechercher de préférence la compagnie de ceux qui sont plus dissipés, moins fervents et moins réguliers. Se former une conscience erronée, dont les directeurs et les supérieurs ont souvent blâmé le manque de délicatesse, et s'appuyer sur de faux principes pour imposer silence aux remords de sa conscience. Malgré l'usage, fréquent peut-être, des sacrements, ne pas laisser de nourrir intérieurement des aversions, des jalousies, des mouvements d'orgueil, des affections particulières et dangereuses,

124 MEDITATIONS SUPPLEMENTAIRES.

un esprit d'aigreur, d'insubordination et de médisance qui se manifeste par des paroles mordantes el contentiouses; continuer à entretenir un secret amour-propre, qui, se mêlant à toutes nos actions, >rrompt et les infecte de son venin; enfin ne montrer que de la lâcheté pour tout ce qui est travail et abnégation de soi même, et ne rechercher que ses aises, des consolations futiles et le repos.

Telles sont les marques certaines de la tiédeur; si je les reconnais en moi, je ne puis en douter, et je dois me l'avouer sans déguisement, je suis tiède.

III. Causes delà tiédeur. — Première cause de la tiédeur : faire les actions qui en sont les marques. — Seconde cause, souvent ignorée, mais bien réelle delà tiédeur .-résister obstinément à la volonté ou au bon plaisir de Dieu clairement manifesté, au sujet dune détermination importante pour notre sanctification ; par exemple, être sourd à la voix de la grâce qui nous appelle à la vie religieuse ; reculer indéfiniment devant le sacrifice d'une affection trop vive, qui est pour nous la source d'une foule d'imperfections; ne pas se résoudre à prendre un moyen que notre confesseur ou notre supérieur nous a recommandé comme l'unique remède à un penchant vicieux, à une occasion dangereuse; se refuser à la pratique d'un certain ensemble de bonnes œuvres que les circonstances semblent exiger de nous et d'où résulterait un grand bien. Car, dans tous ces cas, nous nous mettons, par notre manque de cor-

respondance à la grâce, en dehors des voies de la divine Providence pour suivre les noires; nous nous soustrayons à sa conduite paternelle pour nous conduire nous-mêmes, et nous nous rendons peu dignes des grâces de choix que sa bonté nous préparait. — Troisième cause, très-commune, de la tiédeur: mépriser les petites choses. Voilà par où l'on commence à dégénérer. On oublie, dans la pratique, qu'il n'y a rien de petit dans le service de Dieu ; que la perfection consiste le plus souvent dans les petites choses, car les grandes s'offrent rarement, et les- autres sont de tous les jours et de tous les instants ; que c'est d'ailleurs une trèsgrande chose d'être continuellement fidèle dans les moindres ; et enfin que ce sont les petites victoires qui assurent les grands triomphes, selon la parole du Sauveur : Celui qui est fidèle dans les petites choses le sera aussi dans les grandes (I). — Oh! si j'avais toujours eu dans les petites choses la même fidélité que dans les premières années de ma conversion !

Second point. Effets de la tiédeur.

I. La tiédeur produit les mêmes effets que le péché véniel, mais, pour ainsi parler, plus en grand, c'est-à-dire d'une manière plus désastreuse. Ainsi, elle souille l'âme, mais d'une souillure qui la rend plus difforme aux yeux de Dieu ; elle diminue le mérite de nos bonnes œuvres, mais les

(1) Qui fidelis est in minimo, et in majori ûdelis est. (Lucxvi, 10.)

pertes qu'elle nous cause sont bien plus préjudiciables ; elle conduit au péché mortel, mais par une pente bien plus rapide et sur laquelle il est beaucoup plus difficile de s'arrêter.

II. Outre ces effets communs au péché véniel et à la tiédeur, il en est un particulier à celle-ci, et qui est beaucoup plus à craindre, c'est l'obstacle qu'elle oppose à la guérison de l'âme, et cela pour deux raisons.

1° En premier lieu, pour porter remède à un mal, il faut croire à son existence. Mais celui qui est tiède ignore qu'il est tiède; au moins ne connait-il pas la gravité de son mal. En effet, quoique l'àme tiède s'acquitle avec une négligence notable de ses exercices spirituels, elle ne les abandonne pas entièrement ; elle fait de temps en temps quelques bonnes actions moins mal que de coutume; le masque de la vertu qu'elle conserve encore l'empêche de comprendre le malheur de son état; d'où il suit que la pensée, et surtout la nécessité d'en sortir, ne se présente pas même à son esprit. Aussi est-ce à l'âme tiède que Dieu adresse ce reproche dans l'Apocalypse : Vous dites : Je suis riche, je suis comblé de biens, et je nai besoin de rien; et vous ne savez pas que vous êtes pauvre, misérable, aveugle et nu (1). L'aveuglement de l'àme est donc l'effet ordinaire de la tiédeur, et la première cause de la difficulté de sa guérison ; car re-

(1) Quia dicis : Quod dives sum, et locupletatus, et nullius egeo ; et nescis quia tu es miser, et miserabilis, et pauper, et caecus, et nudus. (Apoc. m, 17.)

connaître que l'on est tiède, c'est commencer à être fervent.

2° En second lieu, la tiédeur paralyse les remèdes les plus efficaces. Les méditations, les examens de conscience, les confessions, les communions, la célébration des saints mystères, les retraites, les récollections se font sans fruit, parce qu'ils se font avec langueur. Or, des œuvres saintes faites avec négligence ne sont point un remède pour lame. Les fautes que nous y commettons peuvent même aller jusqu'à nous attirer l'anathème del'Esprit-Saint : Maudit celui qui fait négligemment V œuvre du Seigneur (1) !

Une grâce de choix, une grâce forte et puissante pourrait encore, je l'avoue, réveiller cette âme languissante de son assoupissement. Mais, ici même, n'y a-t-il pas lieu de craindre que la paresse et la lâcheté de cette pauvre âme ne neutralisent ce souverain remède, et qu'il n'ait pas plus d'action sur elle qu'une pierre lancée, même avec force, contre un corps mou et sans résistance? D'ailleurs, cet engourdissement de cœur, cette insensibilité de conscience, cette continuelle dissipation d'esprit, cette inattention à Dieu et à ellemême lui permettent-ils de remarquer les grâces excitantes que Dieu lui envoie?

Tout est facile à Dieu : et il éprouve, ce semble, de la difficulté à changer un cœur tiède ; il ne sait

(i) Maledictus qui facit opus Domini fraudulenter ! (Jer. xlviii, 10.)

128 MÉDITATIONS SVPPLÉMENTAIRES.

comment le prendre ; il est sur îe point de l'abandonner : Je sais quelles sont vos œuvres; je sau que vous n'êtes ni froid ni chaud : que ri êtes -vous ou froid ou chaud! Mais parce que vous êtes tiède, et que vous ri êtes ni froid ni chaud je suis près de vous vomir de ma bouche (I). Et l'expérience taisait dire à saint Bernard : Vous verrez plus facilement un grand nombre de séculiers renoncer au vice et embrasser la vertu, qu'un seul religieux passer d'une vie tiède à une vie fervente(l). Il n'est pas rare, en effet, que de grands pécheurs se sentent vivement touchés et sincèrement convertis à la vue d'un crucifix,, à la pensée du jugement, de l'enfer, de l'éternité; tandis que celui qui est tiède, habitué à méditer sans ferveur les vérités éternelles, en est aussi peu touché que ne le sont de l'aspect de la mort ceux qui assistent tous les jours des mourants.

Tel est le mal de la tiédeur : il faut l'avouer, il est grand ! . . . Mais riy a-t-il point de baume en Galaad? N\j a-t-il pas un médecin ? Pourquoi donc ma blessure ri est-elle pas fermée (3j, et pourquoi

(1) Scio opéra tua, quia neque frigidus es, nequ'e calidus : u'.iuam frigidus esses aut calidus ! Sed quia tepidus es, et nec frigidus nec calidus, incipiam te evomere ex ore meo. (Apoc. m, la, 10.)

Mullo facilius reperies multos saeculares converti ad bonum, quart! unum quemquam de religiosis transire in melius. (S. Bernard. Epist. 96, ad Richard. Abbalem Funm.)

Numquid résina non est in Galaad? aut medicus non âst ibi? Quare L'itur non est obducta cicatrix filiae populi Duei ? (Jcr. vin, 22.)

refuser plus longtemps d'entreprendre ma guerison?

Troisième point. Remèdes de la tiédeur.

ils se réduisent à quatre : connaître, vouloir, agir, prier.

1° Connaître. Pour guérir une maladie, il faut la connaître; pour porter remède à la tiédeur, il faut reconnaître que l'on est tiède. Faites, Seigneur, que je me connaisse !

2° Vouloir. Celte condition est aussi rigoureusement requise que la première. C'est surtout dans l'œuvre de la sanctification de l'homme que Dieu exige la coopération de sa créature. Dieu qui vous a créé sans vous, dit saint Augustin, ne vous justifiera pas sans vous, c'est-à-dire sans votre volonté (1). Du reste, ce qui doitm'inspirerun grand courage, c'est que la volonté de l'homme, dans l'affaire dont il s'agit, n'est pas moins puissante que nécessaire. Aidé de la grâce divine, il n'y a rien de si difficile que je ne puisse entreprendre avec confiance et exécuter avec succès. Il m'est permis de répéter avec le grand Apôtre : Je puis tout en celui qui me fortifie (2).

3" Agir. L'action est la preuve certaine d'une bonne volonté. Mais que dois-je faire? Puisque les contraires se guérissent par les contraires, je dois détruire en moi les causes de la tiédeur en les attaquant par des principes tout opposés. Par

(I) Qui fecit te sine te, non te justiticabit sine te (S. August., Serm. 15 de Verb. Apost.) \1) Qrmiia possum in eo qui me confortât. {Philipp. iv, {3.

exemple : je dois reprendre tous les exercices dont l'omission m'a été si préjudiciable ( 1 ) ; j e dois les faire avec toute l'exactitude, toute l'application et tout le soin dont je suis capable ; je dois ne manquer à aucun devoir de mon état, pas même aux inoins importants en apparence, surmontant toutes les difficultés et m'élevant avec courage au-dessus detdules les répugnances. — Outre ces remèdes généraux, en voici quelques-uns qui sont tout spéciaux : 1° tous les matins, une méditation fervente pendant un temps déterminé; 2° dans la journée une lecture spirituelle d'un quart d'heure au moins dans un livre d'une doctrine solide; 3° tous les soirs, l'examen de conscience, général et particulier ; 4° tous les mois, une heure environ de récollection ou de retour sur soi-même ; on peut partager ce temps entre la lecture, l'examen et la considération.

4° Prier. La prière est nécessaire, la prière est efficace. Mais, au lieu de nous arrêter à des vérités connues, il nous sera plus utile de considérer avec quelles instances Notre-Seigneur Jésus-Christ prie et conjure lui-même l'âme tiède de sortir enfin de son elat déplorable et de revenir à son ancienne ferveur. Rien n'est plus touchant, rien n'est plus tendre que ses paroles. On sent que le Sau\eur s'adresse à une âme qui n'a point encore encouru sa disgrâce, et qu'il regarde toujours comme une

VM) Prima opéra fac : Faites vos premières œuvres. [Apoa.

épouse. Je vous conseille, lui dit-il (ce n'est point là le langage d'un maître), je vous conseille d'àcheter de moi de Vor éprouvé par le feu pour vous enrichir, et des vêtements blancs pour vous habiller et pour cacher votre nudité ; appliquez-vous aussi un collyre sur les yeux, afin que vous voyiez Y état où vous êtes et ce que vous devez faire pour en sortir. Je reprends et je clmlie ceux que j'aime. Animez-vous donc de zèle, et faites pénitence. Car vie voici à la porte, et je frappe; si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre lu porte, feutrerai chez lui, je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. Quiconque sera victorieux, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme j'ai été moimême victorieux, et suis assis avec mon Père surson trône (1). — Comment ne point me rendre à des paroles si touchantes et à de si magnifiques promesses?

Colloque. Le colloque au sacré Cœur de Jésus, pour lui demander la vigilance et la ferveur : « Accordez-moi toujours, Seigneur, la crainte et l'amour de votre saint nom: car vous ne cessez jamais de gouverner ceux que vous établissez

(1) Suadeo tibi emere à me aurum ignitnm, probatum, ut locuples fias, et vestimentis albis induaris, et non appareat cont'usio ii uditatis luœ, et collyrio inunge oculos tuos, ut videas. Ego <;uos amo, arguo et rastigo. jEmuiare ergo et pœnitenliam aje. Ecce sto ad ostiurn et pulso; si quis audierit vocera meam, et aperuerit mihi januain, intrabo ad illum, et cœnabo cum il!o,et ipse mecura. Qui vicerit, daboei sedere niecuui in htono meo : sicul et ego vici et sedi cum Pâtre meo in throno ejus. [Apoc. u\, 18-21.)

132 MÉDITATIONS SUPPLEMENTAIRES.

sur le fondement solide de votre divine charité (1 ). — Réciter la prière : Ame de Jésus-Christ, en s'arrêtant quelques secondes après chaque invocation et demande ; puis le Pater et Y Ave.

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