DE LA NATIVITÉ DE N. S. J. C
Dans cette contemplation, je verrai des yeux de l'imagination le chemin de Nazareth à Bethléhem, considérant sa longueur, sa largeur. Est-il uni? Traverse-l-il des vallées? Est-il sur des collines? Je considérerai de même la grotte où naît le Sauveur. Est-elle grande ou petite? Est-elle haute ou basse? Comment est-elle préparée?
Le troisième prélude est entièrement le même que dans la contemplation précédente.
Dans le premier point, je verrai les personnes: Notre-Dame, Joseph, la servante, et l'Enfant Jésus lorsqu'il sera né ( 1 ). Je me tiendrai en leur présence comme un petit mendiant (2) et un petit esclave indigne de paraître devant eux. Je les considérerai, je les contemplerai, je les servirai dans leurs besoins avec tout l'empressement et tout le respect dont je suis capable, comme si je me trouvais présent. Ensuite je réfléchirai en moi-même pour tirer de là quelque profit.
Dans le second point, j'observerai, je remarquerai et je contemplerai (3) ce qu'ils disent ; puis
(!) Lorsqu'il sera né. — Car, au commencement de la contemplation, il ne l'est pas encore.
(2) Je me tiendrai en leur présence comme... — Textuellement : me faisant un petit pauvre et un petit esclave indigne, c'est-à-dire m'eflbrçaut d'avoir ces sentiments. C'est ainsi que saint Ignace nous recommande, dans la méditation fondamentale, de nous faire, de nous montrer indifférents.
(3) J'observerai, je remarquerai et je contemplerai. — Dans le premier point, il nous est recommandé de voir les personnes; dans le troisième point, de regarder, de considérer leurs actions. Pourquoi dans ce second point, où il s'agit de paroles, ne nous dit-on pas, comme dans le mystère de l'in-
je réllécliirai en moi-même pour tirer quelque profit.
Dans le troisième point, je regarderai et je considérerai ce qu'ils font, comme ils ont voyagé. comme ils souffrent, afin que le Seigneur de toutes choses naisse (1) dans une extrême pau-
carnation, de les écouler? Cette difficulté peut, ce semble, se résoudre de la sorte : Les Evangélistes ne rapportent aucune parole qui ait été dite dans ce mystère; ce n'est donc qu'en s'attachant à observer les personnes, en remarquant et en contemplant Leurs actions, que nous pourrons comme deviner ce qu'elles ont pu dire. Or, dans ce mystère de la crèche, on peut considérer avec beaucoup de fruit, non-seulement ce Que disent les personnes, mais encore ce qu'elles ne disent pas. Elles ne se plaignent pas du tribut imposé par César, ni des refus des habitants de Bethléhem, etc. Elles gardent ordinairement le silence dans le voyage, elles le gardent dans l'étable...
(1) Afin que le Seigneur naisse. — Dans les desseins de la divine Providence, le voyage de Nazareth à Bethléhem, les peines, les fatigues de Marie et de Joseph, ont pour but de procurer à Jésus une naissance pauvre, afin que le Seigneur 7iaisse dans une extrême pauvreté; elles doivent lui ouvrir cette carrière pénible de privations et de souffrances dont le terme sera le Calvaire. Les hommes ont coutume d'entreprendre des voyages pour se procurer des plaisirs, pour éviter des peines : Mai ic et Joseph quittent la maison de Nazareth, afin que le Sauveur des hommes paraisse dans le monde privé de tous les secours et environné de tous les maux qui accompagnent Tince. — La version Vulgate paraît nous inviter, en cet endroit, à une recherche trop spéculative des causes pour lesquelles le Maître de toutes choses a voulu naître dans une extrême pauvreté : mais la recherche de ces causes nous semble inopportune, et contraire à la pensée de saint Ignace, qui ne nous en présente qu'une seule : tout cela pouh moi. C'est donc à cette cause que je dois surtout m'attacher dans la contemplation, afin d'en retirer, pour fruit spirituel, un amour plus ardent envers Jésus- Christ et un désir plus vif de l'imi-