‹ Exercices spirituels de saint Ignace de LoyolaChapitre 40 sur 147 · DE L'INCARNATION · texte numérisé non relu

DE L'INCARNATION

afin de tirer de l'utilité de cette considération.

Dans le second point j'écouterai les paroles :

premièrement, des hommes qui sont sur la terre,

comment ils parlent les uns avec les autres, corn-

lation, c'est-à-dire selon qu'elle éprouve de la consolation ou e la désolation, de la joie ou de la tristesse, de la dévotion ou de l'aridité, une affection ou un besoin quelconque. Car, que l'âme commence à se purifier de ses vices, ou qu'elle s'exerce à la pratique des vertus, ou qu'elle aspire à l'union intime avec Dieu, elle doit toujours s'appliquer à recueillir le fruit propre à ses besoins dans chaque mystère. En effet, la détestation du péché, la connaissance de sa propre malice, la componction, la contrition, etc. , l'humilité, la patience, l'obéissance, la douceur, le mépris du monde et de soi-même, etc. ; enfin l'amour de Dieu, l'abandon de soi-même à la volonté divine en toute chose, la délectation de 1 'âme, de Dieu et en Dieu, l'admiration dans la contemplation de sa bonté, de sa sagesse, de tous ses attributs, etc., sont autant de fruits que l'on peut recueillir dans la méditation de chaque mystère ; et chacun doit s'attacher â celui qui lui convient le plus et vers lequel il se sent plus porté par le mouvement de la grâce. C'est ainsi que l'oraison et la contemplation seront comme une manne renfermant en elle tous les goûts et la saveur propre de tous les aliments : « Omne delectamentum in se habenlem, et onu nis saporis suavitatem. » (Sap. xvi, 20.) — Pour tirer plus de fruit de la réflexion que saint Ignace nous recommande toujours de faire dans chaque point de la contemplation, il sera bon, après avoir considéré attentivement, et comme si Ton était présent à l'acomplissement du mystère, les personnes, leurs paroles et leurs actions, de s'adresser à soi-même les questions suivantes : Qu'avez-vous à dire à tout ceci ? Qui étes-vous ? Que dites-vous de vous-même? et d'y répondre comme devant Dieu,sans se flatter, avec vérité, avec sincérité et même avec sévérité, comme s'il s'agissait, non de soi-même, mais d'un autre à qui l'on aurait le désir d'être utile selon Dieu. — Du reste, quel que soit le fruit particulier que l'on retire, il ne faut jamais oublier la fin spéciale de la méditation ou de la contemplation, t'est-à-dire la grâce que nous demandons dans e troisième nrélude.

ment ils jurent et blasphèment (1), etc.; secondement, des Personnes divines, disant : Opérons la Rédemption du genre humain, etc. ; troisièmement, de l'Ange et de Notre-Dame : et je réfléchirai sur ces discours pour en tirer du profit. Dans le troisième point, je considérerai les actions : premièrement des hommes qui sont sur la terre; ils s'attaquent, ils s entre-tuent (2), ils tombent dans les Enfers, etc.; secondement, des trois Personnes divines, qui opèrent la très-sainte Incarnation, etc. ; troisièmement, de l'Ange et de Noire-Dame : l'Ange s'acquitte de l'ambassade céleste, Marie s'humilie (3) et rend grâces à la

(i) J'écoulerai les paroles... — « Les vérités, dit le Uoi-Prophète, ont élé altérées par les enfants des hommes. Chacun ne dit à son prochain que des choses vaines; leurs lèvres sont pleines de tromperie, et ils parlent avec un cœur douhle... Ils ont dit : Nous acquerrons de la gloire par nos discours, nos lèvres sont à nous ; qui donc est notre maître ? Quoniam diminutœ swit veritales à filiis hominum. Vana locuti sunt unusquisque ad proximum suum, labia dolosa, in corde et corde locuti sunt. Qui dixerunt : Linguam nostrcan magnificabimus. labia nostra à nobis sunt, guis Jiostcr Lomvnis est ? » (Ps. xi.)

(2) Ils s'attaquent, ils s'entre -tuent. — L'amour-propre et l'orgueil, lorsqu'ils dominent dans un cœur, sont deux sources je libertinage et de cruauté. Tels sont, en efl'et, les vices ordinaires et caractéristiques de l'homme dégradé. 11 y est d'ailleurs pousse par les eflbrts de l'ennemi de la nature humaine, qui. ne prenant conseil que de sa haine pour l'âme et pour le corps de l'homme, a consacré ces deux vices dans le culte rendu aux idoles : Ils ont aimé la corruption et sont devenus abominables dans leurs voies : « Corrupti sunt et abominabiles facti sunt in studiis suis. » (Ps. xui, 1.)

(3) S'humilie. — Les paroles de la Vierge : Voici la servante du Seigneur, semblent moins exprimer la joie d'une si haute dignité que sa résignation à accepter un si p.inible fardiau-

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divine Majesté. Ensuite \e réfléchirai pour tirer quelque utilité de chacune de ces circonstances. Eu tin, je ferai le colloque (J), en pensant à ce que je dois dire aux trois Personnes divines, au Verbe éternel incarné, à la Mère du Verbe et Notre-Dame ; et, selon le sentiment que j'éprouverai en moi-même, je demanderai tout ce qui peut rn'aider à suivre de plus près et à imiter plus fidèlement Notre-Seigneur, comme s'il venait de s'incarner pour moi (2). Je terminerai en récitant l'Oraison dominicale.

En effet, la dignité de Mère de Dieu ne fut point ici-bas pour Marie un privilège, une exemption des maux de la vie ; mais plutôt une source de peines et de travaux. La Mère de l'Homme de douleurs, nous n'en pouvons douter, eut la perspective de toutes celles que son Fils devait souffrir un jour, et élit les unit, dans son acceptation, àla sublimité de ladignité qui lui était annoncée. C'est donc avec justice que nous pouvons lui adresser avec l'Église ces paroles de saint Augustin : « 0 heureuse Marie, qui pourrait assez chante!' vos louanges et vous rendre de dignes actions de grâces, vous qui, par votre merveilleux consentement, avez sauvé le inonde qui demeurait perdu sans vous ? 0 beata Maria, quis iibi digne valeat jura gratiarum ac laudum prœconia rependere, quœ singulari tuo a* sensu mundo succurristi pedito? {Serm. 1S, de Sanctis.)

(1) Le colloque. — Ce colloque doit répondre, par sa simplicité, à celle qui règne dans toute cette contemplation. Nous ferons remarquer que ces paroles de la Vulgate et de l'abbé Clément : Je m'étudierai à trouver les termes les plus affectueux et les }>lus tendres, ne sont nullement dans le texte de saint Ignace. 11 veut sans doute que nous pensions à ce que nous devons dire, mais non de quelle manière ou en quels termes nous le dirons. Les paroles ne sont rien; le sentiment, le cœur est tout.

(2) Comme s'il venait ae s'incarner pour moi. — A l'heure, à l'instant même ; car il faut contempler ce mystère et tous

ittB SECONDI-: SEMAINE.

La seconde contemplation est la Nativité de Notre- Seigneur

L'oraison préparatoire ordinaire.

Le premier prélude est l'histoire du mystère. On se rappellera, dans la contemplation présente, comment Notre-Dame, dans le neuvième mois de sa grossesse, partit de Nazareth, assise, comme on peut pieusement le méditer (1), sur une ânesse, accompagnée de Joseph et d'une servante qui mènent un bœuf. Ils vont à Bethléhem payer le tribut imposé par César à tous les habitants de cette province. (Voir les Mystères.)

Le second prélude est la composition de lieu.

les autres comme s'ils s'opéraient sous nos yeux. Ne méditons donc pas comme sur un action passée, sur un objet éloigné; mais que tout nous soit actuel et présent.

(1) Comme on peut pieusement le méditer. — Ces paroles sont en marge dans l'apographe, et écrites de la main même dti saint Ignace. On voit assez qu'elles se. rapportent aux diverses circonstances qu'il a voulu exprimer ici, et qu'on ne lit pas dans les saints Évangiles. — [Qui mènent un bœuf. — Chargé peut-être de quelque bagage. Cette manière de voyager est encore en usage dans certaines contrées de l'Orient, où le bœuf est employé, au besoin, comme bête de somme. On conçoit alors plus facilement comment ces deux animaux se trouvèrent dans l'étable de Bethléhem à la naissance de l'Enfant- Dieu, et le réchauffèrent de leur souffle, comme s'ils eussent reconnu en lui leur Créateur, selon ces paroles d'Isaïe : Lt bœuf a connu son possesseur, et l'âne la crèche de son maître; mais Israël ne m'a point connu: « Cugnovit bos possessorem suumet asinus prœsepe domini sui; Israël autem me noncngnO' vit. » (Is. i, 3.) ]

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