‹ Exercices spirituels de saint Ignace de LoyolaChapitre 63 sur 147 · DE LA DERNIÈRE CÈNE · texte numérisé non relu

DE LA DERNIÈRE CÈNE

soit pour le raisonnement, soit pour les demandes, consulter le sujet de la méditation et nos dispositions présentes. J'éprouve, par exemple, des tentations ou des consolations ; je désire obtenir telle ou telle vertu ; j'ai dessein d'embrasser tel parti ou tel autre ; je veux m'exciter à la tristesse ou à la joie, selon le mystère que je contemple ; dans ces suppositions et dans toutes les autres, mes demandes doivent toujours se rapporter à certains points particuliers que je désire plus vivement obtenir. On peut se contenter d'un seul colloque, que l'on adressera à Jésus-Christ, notre Seigneur, ou en faire trois, si le sujet de la méditation ou la dévotion y porte : l'un à la très-sainte Vierge, l'autre à son divin Fils, le troisième à Dieu le Père, comme il est dit dans la seconde semaine à la fin de la méditation des deux étendards, en observant ce qui est marqué dans la note qui suit l'Exercice des trois classes (1).

(1) [Dans la note qui suit V Exercice des trois classes. — C'està-dire dans l'alinéa qui commence par ces mots : // faut remarquer, page 196. Voyez aussi la note 2 de la même page.]

Saint Ignace, comme on le voit, nous trace dans cette première contemplation la méthode que nous devons suivre dans toutes les contemplations de cette semaine. S'il ie fait un peu brièvement, c'est que les points qui ont pour objet la contemplation des personnes, de leurs paroles et leurs actions, ont été sufiisamment développés dans le premier Exercice de la seconde semaine. Nous y renvoyons donc, ainsi qu'aux notes qui s'y rapportent, surtout à la troisième delà page 164. La suite du texte n'offre point de difficultés, pourvu qu'on le considère et qu'on l'examine avec attention. Tout ce qui est 4it ici sur les colloques ne doit point se lire à la légère, ni se

la seconde contemplation, celle du matin, se fera sur les fait» qui se sont passés depuis la En de la Cène jusqu'au Jardin in« clusivement. — Voir les Mystères.

L'oraison préparatoire ordinaire.

Le premier prélude est un précis de l'histoire. Ici, je me rappellerai comment Jésus-Christ, notre Seigneur, descendit avec ses onze disciples de la montagne de Sion, où il venait de célébrer la Cène, dans la vallée de Josaphat. 11 en laisse huit dans un endroit de la vallée, et les trois autres dans une partie du Jardin ; et, se mettant en prière, il répand une sueur comme de gouttes de sang (1). Il fait par trois fois une prière à son Père ; il réveille ses trois disciples ; ses ennemis tombent à sa voix ; Judas lui donne le baiser de

parcourir superficiellement. Ces détails sont d'une extrême justesse et d'une grande utilité; et, si l'on réunit le paragraphe présent à celui qui suit immédiatement le colloque du premier Exercice de la première semaine, page 66, on aura sur cette matière une doctrine complète, qui sera très-utile à tous ceux qui font journellement usage des colloques dans la méditation du matin.

(1) [Une sueur comme de gouttes de sang. — Ce qui don s'entendre d'une véritable sueur de sang, selon l'opinion commune. Toto zorpore sanguis exibat , dit saint Augustin.

In Ps. xcni, 19. Ita Ecclesia ejus habet martyres; per totum corpus ejus fusus est sanguis : Le sang sortait de tout le corps de Jésus-Christ; ainsi l'Eglise a ses martyrs, et tout son corps a été arrosé de leur sang. Voyez la dissertation de dom Calmet sur la sueur de sang de Jésus-Christ. (Bible de

Vence, t. XIX.)]

paix (1) ; saint Pierre abat une oreille à Malchus ; Jésus la lui remet en place ; il est pris comme ua malfaiteur ; on le conduit, en descendant la vallée, et ensuite en remontant la côle, à la maison d'Anne.

Le second est de voir le lieu de la contemplation. Ici, je considérerai le chemin de la montagne de Sion à la vallée de Josaphat ; de même le Jardin ; sa longueur, sa largeur, sa disposition, comme l'imagination me le représentera.

Le troisième est de demander ce que je veux obtenir. Ce qu'il est convenable de demander dans la Passion, c'est la douleur avec Jésus- Christ dans la douleur ; le brisement de l'âme avec Jésus-Christ brisé dans son âme et dans son corps ; des larmes, et le sentiment intérieur de tant de maux que Jésus-Christ a soufferts pour moi.

Première remarque. Après l'oraison préparatoire et les trois préludes, on suivra, dans cette seconde contemplation, le même ordre pour les points et le colloque que dans la première. A l'heure de la messe et de vêpres, on fera deux répétitions de l'une et de l'autre, et l'application des sens avant le souper ; commençant par l'o-

(1) [Le baiser de Judas doit, ce semble, précéder le renversement des ennemis fa* Sauveur : on pourra le supposer dans la contemplation.

raison préparatoire et les préludes, selon le sujet de la contemplation, suivant ce qui a été recommandé et expliqué dans la seconde semaine. (Contemplalions du premier jour.)

Deuxième remarque. Autant que l'âge, les foi ces et les dispositions de la personne qui fait les Exercices le permettront, elle fera chaque jour les cinq Exercices, ou moins.

Troisième remarque. Dans cette troisième semaine, on modifiera de la manière suivante la deuxième et la sixième addition.

Deuxième addition. Aussitôt que je serai réveillé, je me représenterai où je vais, et pourquoi ; je résumerai brièvement le sujet de ma contemplation ; et, selon le mystère que je vais contempler (1), je m'efforcerai en me levant et en m'habillani de m'exciter intérieurement à la douleur et à la tristesse, à la vue des douleurs sans nombre et des souffrances incompréhensibles de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Sixième addition. Je ne chercherai point à m'enfretenir de pensées consolantes, quoique bonnes et saintes, comme seraient celles de la Résur-

(1) Et selon le mystère... Cet avertissement n'est pas inutile. Il faut, il est vrai, s'exciter à la douleur dans tous les mystères; mais cette douleur doit varier selon la nature des souffrances du Sauveur. Dans certains mystères il faudra surtout contempler ses douleurs intérieures; dans d'autres, ses douleurs extérieures; dans ceux-ci, ses angoisses et sa tristesse jusqu'à la mort, dans ceux-là, ses ignominies; dans d'autres enfin, la grandeur de ses tourments. Mais, dans Jtsws trucifiéf tout se réunit au suprême degré!

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