I. HISTORIQUE
Il y aura bientôt trente ans que la Cymhulie a été signalée pour la première fois. C’est à Péron que l’on en doit la découverte. Il a trouvé ce genre intéressant en 1810 sur les côtes de Nice, et il lui a imposé , dans son Histoire de la famille des Mollusques ptéropodes f le nom qui lui est encore conservé aujourd’hui 1 . N’est-il pas étonnant que cet animal , qui intéresse vivement tous ceux qui s’occupent de l’histoire naturelle des Mollusques, et sur lequel tous aussi attirent depuis longtemps l’attention, soit encore inconnu jusque dans ses moindres détails anatomiques ? A peine en connaît-on quelques caractères zoologiques, et plusieurs d’entre eux sont ou très -vagues ou complètement faux. Comme la Ctjmhulie s’éloigne beaucoup par la forme de
1 Annales du Muséum, tom. XV, pag. 66, pl. II , fîg. 10-12.
SUR LA CYMBULIE DE PÉRON
l’animal et de la coquille des autres genres, on n’a pas même pu invoquer , avec quelque assurance , les secours de l’analogie , pour se le représenter nettement. Aussi les déductions auraient été fausses, car les Cymhulies sont aussi différentes des Hyales , dans le voisinage desquelles elles ont été placées, que celles-ci le sont des Clios et des Pneumodermes. Plusieurs organes essentiels ont subi de notables modifications dans leurs formes et dans leurs rapports.
Mais si la Cymhulie n’est étudiée sous le rapport anatomique qu’après les Hyales, les Clios et les Pneumodermes, elle ne sera cependant pas la moins bien connue. Nous espérons même que son histoire sera une des plus complètes et pourra jeter quelque jour même sur d’autres genres.
Cuvier n’en a point fait mention dans le recueil de ses mémoires sur l’anatomie des Mollusques , mais il en parle dans la première édition de son Règne animal (vol. II, pag. 380), publié en 1817.
L’année suivante M. De Blainviile a fait l’article Cymbulie dans le Dictionnaire des sciences naturelles , et il a fait représenter l’animal d’après Péron, mais en sens inverse du véritable, comme l’a fait remarquer déjà Cuvier. M. De Blainviile a eu l’occasion devoir l’animal même de Péron dans la collection de M. Lesueur, son compagnon de voyage, et pense avec raison que Péron s’est trompé sur la présence d’une trompe, ainsi que sur l’existence des yeux. Nous verrons plus loin que Péron a pris en effet la verge de l’animal pour une trompe 1 2 .
Lamarck, en 1819, dans son Histoire naturelle des animaux sans vertèbres 2 donne une description de la Cymbulie , qui n’est point très-exacte , quoiqu’elle ait été faite d’après l’animal que Péron luimême lui a fait voir. De Ferussac doit avoir eu aussi une idée fausse des Cymbulies , puisqu’il place ces Mollusques dans sa famille des Hyales , avec les Cleodores 3.
1 Dans la seconde édition du Règne animal, Cuvier fait la même observation.
2 Tom. VI, pag.
3 De Ferussac, Tableau, sxjstématique des Mollusques.
SUR LA CYMBULIE DE PÉRON
Dans la seconde édition de son Règne animal , Cuvier n’ajoute rien à son histoire sous le rapport de l’anatomie, mais il fait la description , comme il le dit lui-même , d’après des observations répétées de M. Laurillard, qui avait eu l’occasion de les voir frais à Nice \
Dans son Histoire des animaux sans vertèbres du royaume de Naples 1 2, Belle Chiaie signale aussi la Cymbulie, mais il se contente, comme tous ses prédécesseurs, de donner seulement la forme de l’animal avec son enveloppe, quoiqu’il donne des détails anatomiques très-étendus sur presque tous les animaux inférieurs. M. Rang, qui a beaucoup enrichi la division des Ptéropodes, par des découvertes importantes, n’ajoute rien de nouveau sur les Cymbulies , dans son Manuel publié en 1829. Sa description est faite d’après un dessin qui lui a été communiqué par Cuvier 3.
Les célèbres voyageurs, MM. Quoy et Gaimard, font connaître dans le Voyage de l'Astrolabe , quelques espèces nouvelles de ce genre, mais pour tout détail anatomique on ne voit représentée qu’une partie du système nerveux.
Dans V Encyclopédie méthodique , M. Desbayes, en 1830, à l’article Cymbidie , ne fait qu’avouer le peu de confiance qu’il a dans les détails qui ont été donnés par les différons auteurs sur ces animaux 4 .
Et enfin dans la nouvelle édition du Règne animal , M. Desbayes a inséré un nouveau dessin de l’animal avec sa coquille , qui est probablement tiré du portefeuille du savant et modeste M. Laurillard5.
C’est là tout ce que nous avons pu recueillir sur ce Mollusque. Ce sera donc combler une grande lacune, que de faire connaître un animal si curieux pour sa forme , les particularités de son organisation et la singularité de sa coquille. Aussi mettrons-nous tout
1 Règne animal , 2e édit. , vol. 3.
2 Delle Chiaie, Mémorie sulla storia e notomia, etc., pl. 76.
3 Rang, Manuel de l’histoire naturelle des Mollusques. Paris 1829, pag. 113,
4 Encyclopédie Méthodique , histoire naturelle des vers, tom. II, pag. 42.
5 Mollusques , pl. 16.
SUR LA CYMBULIE DE PÉRON
le soin possible pour le faire connaître dans ses moindres détails.
Nous possédons plusieurs individus que nous avons rapportés de Nice. Le plus grand nombre d’entre eux était détaché de la coquille par Peffet de la liqueur, mais un individu était resté en place et montrait encore tous les rapports ainsi que la forme des parties les plus délicates ; de manière que nous n’avons aucun doute sur la manière dont l’animal est placé dans la coquille, si on pouvait avoir encore du doute après les observations de M. Laurillard.