QCELLE EST DONC CETTE VOIX
11 y coulo un ruisseau (jui inunnui'e lim|)i<le,
Où l’on peut au midi tremper sa lèvre avide ; '
Là sont des fruits, des fleurs, un zéphir, un gazon Et parfois vers le soir, au fond de la vallée.
Un lac semble rouler sur sa nappe étoilée Tout l’azur de son horizon.
On y vit de bien peu... C’est si peu dans le monde Que notre vie, hélas ! qui se berce un matin ! L’abeille qui se pose au muguet, sur le thym.
Qui sur un brin de jonc se balance sur l’onde.
Ne demande à ses jours qu’un peu de leur soleil; Et quand vient un hiver qui la force au sommeil, Elle a rempli sa ruche, espérant quclqu’aurorc... El notre vie aussi d’un miel pur se colore Si dans son vol cueillant le suc fécond des fleurs. D’espérance et d’amour elle embaume nos coeurs
Voilà pourquoi je dis à ces hommes, mes frères : J’ai souffert comme vous, et des larmes amères Ont bien souvent enflé mes yeux ;
Mais aujourd’hui je suis heureux,
40 Ql'El.l.E EST DOIUr. CETTE VOIX?
Et ma barque riante, en fuyant le rivage,
Vous jette un doux adieu, laissant sous votre ombrage Quelques chiffres gravés, obscurs, mystérieux;
Mon manteau, tant de fois inutile à l’orage,
Tous mes biens, mes trésors, n’ayant pour héritage Qu’une boussole avec les deux.
Voilà pourquoi je dis : Le Seigneur sur ma rive A brisé dans mes mains tous mes hochets d’enfant; Voilà pourquoi, sondant ma blessure encor vive.
Je trace avec le doigt quelques lettres de sang.
Je voudrais effacer ces lettres de ma vie!...
Non! qu’elles restent là.... Monument immortel, (>omme au lit du Jourdain, cette pierre ravie Qui montre à l’etranger le bras de l’Étcrnel.