‹ Exil et patrieChapitre 57 sur 78 · AFEZ-VOUS PANS FÛT RE AME · texte numérisé non relu

AFEZ-VOUS PANS FÛT RE AME

Avez-vous dans voire ame une pensée amère ?

Un ver (jue l’on écrase et qui renaît toujours?

Une douleur sans nom, une plaie, un mystère Dont la clé n’appartient qu’au dernier de vos jours?

AVBZ-VOCS DA^IS VOTRE AME...

Avez-vous, au milieu des trésors de la vie,

Au milieu de ces fleurs, belles à faire envie.

De ces flots azurés dont la paix suit le cours; Avez-vous, dans le cœur, quelque chose d’étrange: Poison que l’on dirait apprêté par un ange,

Soutfle pur qui s’unit à de noires vapeurs,

Cantique interrompu par un éclat de rire.

Main douce dans le sein qui caresse et déchire. Plaisir qui s’éteint dans les pleurs ?

Et puis, comme un parfum d’encens et de prière, Une espérance forte, et qui domine fière Ces angois.ses d’un jour...

Un regard de mépris, d’insulte sur le monde ;

Une ardeur d’apaiser, dans son ame qui gronde. Un océan d’amour.

TROUBLE

Je suis triste, et je veux épancher ma tristesse !

Je veux me décharger du fardeau qui m’oppresse : Pour gémir, ô mon cœur, n’as-tu donc plus de voix ? Laisse, laisse échapper, comme une lave impure,

TBOtBLB.

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Ces flots einpoisonnés qui creusent la blessure Qu’une meme pensée irrita tant de lois!

Qui t’a jamais sondé ?... Qui sait, qui sait au inonde Ce qui brûle en mon sein?... O mon Dieu! nul que toi Ne remûra du doigt cette source profonde Qui bouillonne, se trouble et m’épouvante, moi.

Moi qui crois en ton nom plus même qu’en ma vie !

Qui foulai sous mes pas ce bien qui fait envie A d’autres moins ardcns de jeunesse et d’amour;

Moi, qui te cherchai seul,... et qui, plein d’espérance, Jetai sur un rocher mon ancre en assurance Pour goûter d’un seul trait le repos jusqu’au jour !

Quel tranquille sommeil délassa ma paupière!

Combien de fois mon ame, en ardente prière, S’envola-t-elle aux deux!... Aux approches du soir, ' Quand le bruit tombe et meurt, que l’étoile brillante Sème en gerbe de feu sa lueur vacillante Sur les feuilles qu’un souffle ose à peine émouvoir ; Lorsque tout est silence et paix dans la nature.

Que de fois je laissais une ombre plus obscure

TROUBLE

S’épaissir sur mon front... Il ne ressentait pas Les nocturnes vapeurs qui montent d’ici-bas;

Plus sombre était la nuit, plus épais le silence,

Plus mon cœur palpitait de brûlante espérance ;

Plus des objets réels je dépouillais mes sens.

Plus ils semblaient bercés de charmes séduisans .

Et qui donc a terni ce reflet, dans mon arae.

D’un ciel si beau, si pur?... Quelle nouvelle flamme Medévore?... Quedis-je?... Ohnon! grâce au Seigneur Le plus sublime élan seul fait battre mon cœur ;

Du seul amour de Dieu mon ame est embrasée,

Mais je n’en sens pas moins une amère pensée Qui, si je prends, joyeux, une part du festin,

Noircit de son poison la coupe dans ma main.

Si ma lèvre distraite un seul instant s’oublie.

Mieux eût valu pour elle ou le fiel ou la lie:

Tout se flétrit, tout meurt... L’ombre de la vertu Passe légère et froide à mon front abattu.

C’est un soleil mourant qui, non sans peine, essuie Sur un roc insensible une goutte de pluie;

C’est un ruisseau d’hiver enchaîné dans son cours. Qui, laissant s’exhaler des gémissemens sourds.

TROIIBI.B.

Murmure en vain, s’agite, et dont la voix éteinte ÎN’a pas inêiuc un écho confident de sa plainte.

Au moins si je pouvais espérer, comme lui,

Voir une autre saison emporter mon ennui!

Si d’un jour de printems la pénétrante flamme Au moins laissait percer un rayon dans mon ame !

Si les flots de ma vie, où se mêlent des pleurs.

Comme lui s’écoulaient environnés de fleurs !

Si mon onde, toujours plus calme et plus obscure, Glissait, sans aucun bruit, sous un pont de verdure. Prêtant, par intervalle, ù son rare miroir.

Le ciel pur du matin, ou l’étoile du soir !

Qu’importeraient alors à la paix de mes rives (!es tempêtes d’un jour, ces brises fugitives?

J’irais, sans me troubler, au souffle de l’Autan,

Verser avec bonheur mon onde à l’Océan...

Qu’est-ce donc qui m’arrête?.. O Seigneur, je l’avoue. J’ai senti de mon cœur se remuer la boue ;

Quelque chose d’amer, de poignant, d’incertain, L’enivre de dégoûts, le souille de venin.

Ce n’est pas du tombeau les nuages funèbres

TROUBLE

Qui sillonnent mon front d'éclairs dans les ténèbres ;

Ce n’est pas d’avoir vu, debout dans son linceuil,

La mort que tant de fois j’évoquai du cercueil :

Non ! nulle illusion n’est sur moi descendue :

Voilà le flot des mers, voilà la terre nue ;

Et pourtant de mon front ruisselle la sueur ..

Assez, assez, mon Dieu !... N’as-tu pas la lueui’

Qui, comme un phare ami, brille dans la détresse ?... Mon Dieu! mon Dieu !... Ce cri de terreur, de faible.sse, L’entends-tu?... Je n’ai plus que lui dans ce moment... J’espère en toi, mon Dieu! viens, viens!.. Mais quelaccent Touche soudain, émeut mon oreille attentive ?

Mon cœur s’est apaisé... C’est une voix plaintive Qui lui parle et lui dit ces mots tout pleins d’amour ;

« Espère, espère encore, espère jusqu’au jour!...

« Elle est prompte la nuit à reployer son voile :

« Qu’il s’étende ou se lève au front pur de l’étoile,

« Des montagnes toujours le sommet exalté « (Contemple au même ciel une même clarté.

« Je le sais, jeune eneor tu peux porter envie « A ces rêves brillans qui passent sur la vie ;

« Tu peux voir s’élever des rejetons nouveaux

TROUBLE

« De l’arbre dont ta main dessécha' les rameaux ;

« Vain espoir! Si jamais ton cœur s’y laisse prendre,

« De ces fruits précieux tu vomiras la cendre ;

« Tout ce qui peut jeter du trouble dans ta foi « Te trompe. . .Viens, mon fils, viens à moi, viens à moi! »

J’irai, j’irai. Seigneur, à la voix qui m’appelle ;

Ainsi que la colombe, à son arche fidèle,

Après avoir erré sans reposer jamais,

J’irai vous apporter mon olivier de paix!...

J’irai vous dire encor : « Je n’ai plus d’espérance ! » Ici-bas tout est faux!... même aussi la souffrance.

Il n’est plus de malheurs pour qui sait vous aimer : Les pleurs que je répands font peut-être germer La plante dont le pied, rampant dans la poussière,

A la voûte des deux lance sa tige altière?...

Peut-être ce lien que veut briser ma dent Est le seul qui m’arrête au-dessus du néant !...

Non! non ! plus de dégoûts! plus d’ennuis, de tristesse; Que le souffle divin nous froisse ou nous caresse,

C’est toujours lui!. . . Qu’importe un fantôme à nosyeux? Laissons-le nous guider, et nous serons heureux !

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