‹ Exil et patrieChapitre 66 sur 78 · ÉCOUTEZ! ÉCOUTEZ · texte numérisé non relu

ÉCOUTEZ! ÉCOUTEZ

Écoulez, écoutez! . . . Ma harpe vous dil-ellc Ce que mon cœur, hélas! dévore de douleurs:’ Avez-vous bien compris ce qu’un accord recèle ? Avez-vous sous des chants deviné bien des pleurs

écoutez! écoutez!..

Avez-vous vers le soir, aux heures de prières Inclinant votre front aux lampes du saint lieu, Senti dans le silence une larme aux paupières,

Et la voix qui répond à l’ame devant Dieu?

Avez-vous essuyé dans les sentiers du monde,

La boue ou la poussière attachée à vos pieds Avez-vous dégagé, de son haleine immonde.

L’air serein du rivage où tout seul je m’assieds?

Avez-vous contemplé, sanseffi'oi, le silence Qui règne dans la nuit, à l’entour d’un tombeau ; Et votre œil a-t-il vu voltiger l’espérance.

Semblable à la colombe avec son vert rameau?

Eh bien! venez encor, venez, ô douce femme!

Entendre mes souhaits et mes vagues désirs !

Accords mystérieux qui s’échappent de l’ame,

Et qu’un écho plaintif traduit en longs soupirs.

Venez! car tout en vous est candide et céleste. Votre parole pure est le rayon de miel ;

Digilized by GocJgle

écoutez! écoutez!

Si je pleure avec vous, le sourire vous reste ;

Si vous pressez ma main, je regarde le ciel.

Oh ! que j’ai grand besoin d’appuyer, dans la vie.

Mon bras tout engourdi du bâton du chemin!

Quand sentirai-je enfin, sur ma lèvre assouvie,

La coupe préparée au pauvre pèlerin!...

Mais silence, ô mon cœur! Il n’est pas tems encore ; Marche sans défaillance au sable des déserts.

Plus loin, plus loin la source à la soif qui dévoi-e:

Et toujours, cependant, un hymne en tes concerts!

Un hymne!... Et quelquefois un soupir, une plainte, Un accord triste et doux comme un adieu d’amour : Un espoir incertain, attiédi par la crainte,

Comme à travers la nue un blanc rayon de jour.

Une larme tombant sur un sein qui nous aime!

Une heure de sommeil couché sur un gazon !

Le parfum d’une fleur qui s’effeuille elle-même ;

Le reflet d’un soleil qui meurt à l’horizon.

Acol'tbz! écoutez!

(Quelques échos semés dans l’obscure vallée !

A l’enfanl délaissé quelques morceaux de pain ! Une larme à sécher dans l’ame inconsolée!

A l’ami que l’on perd ce doux mot; « A demain! >•

Voilà tous tes trésors, ô mon cœur, sur la terre! Prier, aimer, gémir, bénir tout à la fois ;

Élever vers les deux un regard solitaire,

Et trouver dans l’exil un charme dans ta voix!

Page 1