‹ Exil et patrieChapitre 71 sur 78 · XE ME DEMANDEZ PM'S · texte numérisé non relu

XE ME DEMANDEZ PM'S

Vous laissent tremblante, inquiète, Sans que, sur ma lèvre muette.

Un seul mot trahisse mon cœur.

Sans que vous puissiez, consolée.

Prêter à mon ame isolée Un reflet de votre bonheur?

Ne me demandez plus ces longues promenades Que nous faisions le soir, au doux bruit des cascades Qui blanchissent sur nos rochers ;

Et le hêtre propice aux fraîches jaseries.

Et ces aveux suivis de longues rêveries,

Et le chant lointain des nochers!

Je ne veux plus de souvenance Qui retarde une heure mes pas ;

Je suis las de toute espérance Qui distrait mon ame icirbas.

Le bonheur! le bonheur!... c’est rêve, (7est un doux sommeil qui s’achève.

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Ce sont des pleurs pour le matin...

I^ourquoi m’inviter d’un sourire ?

La mort... la voilà qui m’inspire, Laissons-lui libre le chemin.

Viens, mon fantôme solitaire.

Monarque à qui tout est soumis; Vicns-t-en jeter un peu de terre Sur ces désirs mal endormis ; Viens, de ta main sourde et glacée.

Toucher mon front, où la pensée Jette encor d’ardentes lueurs ; Comme un flot sillonné d’orage. Marque ton sceau sur mon visage Pâli de ses froides sueurs!

N’as-tu pas, aux jours de tempête, Quand mon coeur nageait vers la foi.

Prélevé déjà sur ma tête Le tribut de ta sombre loi?

N’ai-je pas, dans le cimetière,

UE ME DEHfi^DEZ PI.US. . .

Pesant dans ma main ta poussière, Fleurie plus d’un crâne souvent ;

Et tout seul, assis sur le marbre, Senti soudain comme un grand arbre Abriter mon front du néant?

N’ai-je pas, à vingt ans à peine.

M’arrachant d’un monde pervers, (^omrne emporté par ton haleine, Consacré ta gloire en mes vers?

N’ai-je pas, dans ma solitude,

De ta beauté fait une étude.

Tout palpitant de ton espoir ?

Ne t’ai-je pas, dans ma tendresse, Dit ce qu’on dit k la maîtresse Près de laquelle on vient s’asseoir?

Eh! bien, tu me parais encore Belle, et d’un port majestueux ;

Ta faux livide te décore ;

Ton linceul blanc plaît à mes yeux!

NE ME DEM.iNDEZ PUIS.

Ton aile, qui bat froide et lente, Rafraîchit mon ame brûlante,

Qui flotte en un éther nouveau :

O mort! merci detla lumière.

Car je sens toujours ma prière Monter mieux de sur un tombeau !

Je sens ma harpe plus rapide Darder plus ardent son éclair;

Je sens ma lèvre moins aride Respirer plus libre dans l’air;

Je sens s’élancer ma pensée.

Comme une colombe pressée De se poser au toit d’amour;

Et mon regard tout plein de flamme Semble vouloir mêler mon ame Au rayon le plus pur du jour...

Passez, passez, flots de silence,

O mer, apaise tes soupirs!

Viens planer, ô mon espérance !

Sur les débris de mes désirs!

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