A MADAME
r,e silence vous trouble, el ce froid vous fait mal, .le le sais : vous portez, comme un germe fatal. Ce regard où l’ame s’efface ;
Vous cherchez une plainte échappée à mon cœur
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Vous voudriez saisir un éclair de bonheur Pour briser d’un coup cette glace.
Vous voulez que mon front se délasse sur vous; Qu’un instant consolé, je tombe à deux genoux Pour bénir au milieu des larmes;
Non! ce breuvage doux est acheté trop cher:
Car j’ai senti toujours comme un sourire amer Sur ces heures pléitaes de charmeau
Toujours je me retrouve et plus sombre et plus seul ; C’est sur mon front flétri, comme un pâle linceul Où semble attachée une rose...
C’est un rêve troublé... c’est un souille de nuit Qui passe sur mon cœur, le broie et le détruit,
Me laissant là comme une chose.
Et je reviens vers vous, taciturne etrêVem^ . . Et, prêtant à ma lèvre un sourire menteur,
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Je lâche de pai lei’ encore ;
Mais, hélas! inhabile à feindre dans mes maux,
Mou regard est timide, et mon accent est taux...
Tout mon être est écho sonore.
Tout ti'ahit, malgré moi, ce flot mystérieux <Jui surgit en grondant, et dérobe les deux A cette onde tranquille et pure;
<^)ui dessèehe son lit comme l’ame un remoi ds ; El me laisse, en fuyant, éploré sur mes bords, Saule privé de sa parure.
El nul pourtant ici ne dira mon secret;
Nul ne dévoilera... Si mon luth indiscret N’a pas de paroles, peut-être...
Si, dans votre ame, un soir, quand mon souffle passa, Si, quand mon cœur trop plein, à la On se brisa,
Il n’est nul écho sous ce hêtre.
Et depuis, maintes fois vous m’avez cru content... Maintes fois je penchai mon front en souriant
Sur un berceau plein d’espérance ;
Et loin de vous, souvent, aux lampes du saint lieu, A genoux et pleurant n’ai-je pas dit : « Mon Dieu, Merci de votre providence! »
Et plus fort, j’ai foulé le sable du désert...
Et malgré le soleil, un sublime concert Est sorti de ma harpe fière ;
J’ai lavé sur mon front mon indigne sueur,
Et soudain j’ai senti comme emporter mon cœur Sur les ailes de la prière.
Mais bientôt je retombe... et mon exil est long!
Mon front est plus brûlant, mon regard plus profond Dans l’abîme où l’ame se plonge ;
Je cherche où reposer mon cœur, hélas ! trop lourd ! . . Et j’entends tout auprès comme un brisement sourd: Je vois fuir des débris de songe.
Et je souffre, oh! je souffre alors après douleurs! Pour un peu l’apaiser, ce ne sont pas des pleurs
Qu’il faut à mon arae brisée ;
Ce n’est pas une plainte éveillée en passant ; Ce n’est point un parlum, un accord caressant Qu’il faut k ma voix épuisée.
Ce n’est pas ce vain luth que je froisse en ma main, Que je voue au mépris, et que j’irais soudain Broyer d’un seul coup sur la terre ;
Ce n’est point ce laurier dont je ne voulais pas ;
Ce ne sont pas ces biens qu’on recherche ici-bas Qu’enviait mon cœur solitaire...
O mon Dieu ! . . Mais silence, ô mon ame! est-ce à toi, A toi lavée et pure, et splendide de foi,
A jeter un vœu dans la vie?. . .
Est-ce à toi, noble race, ô fille de Sion !
Toute sacrée encor de bénédiction ,
A chanter loin de ta patrie?
Chanter!., oui! mais la mort, l’immorlalilé. Dieu, Cet océan de vie où,- d’une aile de feu.
L’aiue s’élance palpitante ;
Ces sources d’où découle un monde cbatjue jour;
Cel espoir assouvi dans un fleuve d’amour,
Qui la berce ici haletante.
Qu’importent, après tout, quelques heuresde deuil? Qu’importent quelques fleurs aux planches d’un cercueil, Quelques rayons d’or dans un rêve?...
Qu’importe que je pleure, en errant seul un soir?
Que je n’ose au gazon trop humide m’asseoir?
Qu’importe le vent sur la grève?
El voilà mes regrets, et voilà mes désirs !
V oilà mon espérance, hélas ! et ses soupirs !
Et voilà pourtant ma tristesse !
Et ce silence amer si dur à votre cœur,
Et ce regard qui fuit tout œil consolateur.
C’est mon ame dans sa détresse.
C’est mon ame, partbis, rebelle à son destin,
Oui se heurte, sanglante, au roc de son chemin ;
Qui veut irriter sa blessure...
C’est elle qui sourit à sa coupe de fiel ;
C’est elle encor qui prend quelques gouttes de miel Et les vomit crntime une injure.
Et pleine de candeur, et d’amour et de foi,
De douce confiance et de subit effi'oi,
Comme un enfant loin de sa mère ;
C’est elle encor qui rit et pleure en même lems ;
Qui s’épouvante et fuit au souffle d’un printems.
Et s’endort aux coups de tonnerre.
Oh! si votre œil, un jour, plus ferme et plus profond. Comme un fer acéré, plongeait jusques au fond De cette ame mystérieuse...
Si mon front répondait à votre front pensif...
Si soudain, devant vous, un éclair fugitif Perçait ma nuit silencieuse.
Peut-être quelques pleurs, en rougissant vos yeux, Noîraient dans votre sein ce mot injurieux
Prèl à partir de votre bouche...
Peut-être ces secrets qti’on craint de l’évéler ; Peut-être cette voix, qui n’ose s’élever, Aurait cet accent qui vous touche.