‹ Exil et patrieChapitre 76 sur 78 · II. EST DES JOURS UE PAIX · texte numérisé non relu

II. EST DES JOURS UE PAIX

Et j’aime le zéphir qui rit à ma fenêtre,

Ou qui balance un peu les rameaux de mon hêtre, Et les petits oiseaux...

Et j’aime le brin d’herbe où l’abeille bourdonne. Et le saule pleureur dont la branche frissonne .\u courant des ruisseaux.

Et j’aime errer long-tems dans la verte campagne; Gravir l’étroit sentier perdu dans la montagne.

Et m’asseoir quelquefois ;

Demander aux échos une image plus tendre...

Rêver... et m’éveiller soudain, surpris d’entendre Me répondre des voix.

A M. SAlNTE-BEUrE.

Il est des heures d’innocence , Il est des éclairs de bonheur , II est des soupirs d’espérance ; Il est de purs élans du cœur.

A M. SAIHi TE-BEU VE.

Doux parfums que l’ame exilée Recueille, en passant, consolée,

Sur ce sol ingrat et lointain...

Paroles pleines d’harmonie Qui bercent de leur mélodie Ses désirs apaisés soudain.

Il est une sainte pensée.

Un rayon plus pur de la foi ;

Un souffle, une fraîche rosée Que l’on porte au dedans de soi.

Heureux qui l’a sentie en l’ame ! —

Qu’il laisse alors libre sa rame

Battre les flancs de son esquif !

Qu’il cesse de fixer l’étoile.

Qu’il s’endorme en paix sur sa voile :

Pour lui quelqu’ange est attentif.

Coulez, ô mes jeunes années!

Je ne suivrai plus votre cours Où tant d’espérances fanées.

Hélas! ont péri pour toujours !

A M. SAINTE-BEtVE.

Coulez, comme ces flots d'aurore Que le jour en passant dévore Sans laisser d’eux un souvenir.

Coulez!.. Que m’importe la vie?

Exilé. . . j’ai là ma patrie ;

Obscur. . . j’ai pour moi l’avenir.

L’avenir. . . non frêle et stérile Comme ces vains jours d’ici-bas...

Comme ces noms tombés par mille, Et que la mort ne compte pas.

L’avenir. . . non pas cette ivresse Qu’un regard cupide s’empresse De saisir dans la fange ou l’or :

L’avenir. . . mystère sublime . . .

Océan d’amour où s’abîme L’ame qui n’eut pas son trésor.

VIElSS, viens entre mes doigts.,.

Viens, viens entre mes doigts, ma lyre, Fais jaillir l’éclair de bonheur Qui sillonne aujourd’hui mon cœur El l’enivre, en passant, de joie et de délire !

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