VIENS
Ce n’est plus cet accent que vous craignez d’entendre, Tristes échos de mes douleurs !
Oh non! écoutez-moi... ma corde est plus sonore, L’omhre de mon ame s’enfuit ;
Souriant au matin, e’est le front de l’aurore Qui se dégage de la nuit.
Ecoutez... c’est l’oiseau bien-aimé de vos grèves Qui revient d’au delà les mers ;
Qui retrouve à vos bords la douceur de ses rêves, Tout humide des flots amers.
C’est son cri doux et lent, qu’on ne sait trop encore
Si c’est joie ou regret, plainte, désir, bonheur...
Jusqu’à ce que du eiel un reflet le colore.
Et que la paix des nuits, quand la nature adore. Endorme sa voix dans son cœur.
Eh quoi 1 je n’aurai pas une parole ardente!
Une voix forte, un cri comme celui de Dante,
Quand son sein battait tant de fois.
Qu’avait-il dans le cœur qui ne vive en nioi-rnème?
L’amour?... oh! s’il aimait, qu’il me dise si j’aime ! La foi ?... qu’il dise si Je crois !
Il avait le génie... Et moi Je sens une ame,
Une ame impatiente, ardente, sourde flamme Qui ronge son étroit foyer;
Oh ! si J’avais le doigt qui disperse la cendre ;
Si le souffle d’en haut voulait enfin descendre, Et soudain la faire ondoyer!
Si J’avais seulement chaque larme qui tombe.
Chacun de mes soupirs qui meurent sur la tombe. Chacun de ces élans vers toi,
Mon Dieu ! si mes regards se changeaient en paroles ! Si ma lèvre pouvait se passer de symboles,
Qui parlerait plus haut que moi ?
O douleur! ô regret de ne pouvoir tout dire ! D’étreindre dans ses mains une impuissante lyre, D’é|)uiser d’arides accords ;
Dites, n’est-ce donc pas un rêve lourd, étrange, De se sentir soudain comme des ailes d’ange.
Et de toujours ramper aux bords?...
Si j’étais la vive hirondelle Qui vole par delà les deux,
J’am'ais peut-être aussi, comme elle,
Un cri perçant, harmonieux.
Si J’étais l’Océan qui gronde.
J’aurais aussi, parmi mon onde.
Des murmures puissans et doux ;
Et toutes mes vagues plaintives Rouleraient aussi sur mes rives,
Seigneur, de beaux hymnes pour vous.
Si j’étais le vent des tempêtes Qui sillonne le front des bois.
Aux monts, aux plus sublimes crêtes J’arracherais aussi des voix;
Si j’étais le zéphir qui pleure,
J’ii'ais, avec la dernière heure,
Einhaunier le rayon qui fuil Sous la vigne où, près de sa uièrc,
La jeune fille à la prière Ouvre son cœur avec la nuit.
J’irais, sur l’aile de l’aurore,
Me bercer dans l’azur des flots ;
Me mêler au rayon qui dore L’espoir flottant des matelots.
J’irais crier sur le rivage.
Comme ces échos de la plage Qui disent des mots inconnus ;
Comme ces longs bruits de la grève Que le souffle des mers soulève,
Qu’on écoute... et qu’on n’entend plus.
J’irais, dans les feuilles fanées Que l’automne foule à ses pas.
Bruire au déclin des journées.
Comme une annonce du trépas.
J’irais, parmi les tombes vertes.
aol
Aux plus humbles, aux plus désertes,
Prêter un murmure, un soupir;
Et caché sous le mausolée,
Peut-être une ame désolée S’y consolerait à gémir !
Je ne veux plus de lyre infidèle et stérile !
Je ne chanterai plus, et ma lèvre débile Ne redira plus qu’un seul nom :
Seigneur!... Vous m’avez fait de boue et de lumière ; Donnez-moi, donnez-moi votre voix tout entière.
Ou brisez enfin ma prison I
Brisez tous mes liens ! la vie est mon martyre !
Je suis heureux pourtant, car j’aime, et mon délire Est de ne pas aimer encor :
J’aime. . . Et le sort jaloux m’inonde avec largesse. . . Mais tous ces biens, mon Dieu I me consument sans cesse De la soif d’un autre trésor.
Je te crois, je t’attends, je t’aime, ô ma patrie !
Félicité suprême à l’homme un jour ravie.
Qui lui sera rendue un jour 1 Noble espoir ! qui pourra t’arracher de mon ame ? Quel encens d’ici-bas jeter à celte flamme ?
Quel amour pour un tel amour?