Exil et patrie [microforme]
M. Waterspout, Canadien-Américanisé est à la tribune. Les habitants l'entourent.
WarTErsPouT.—Habitants de St. Jérôme, chers compatriotes, je suis heureux et fier d’avoir à vous parler d’un pays grand, riche, superbe, dont on admire chaque jour les magnifiques improvements, d’un pays, dis-je, où les Canadiens s’en vont et font fortune. Vous m'avez tous compris, je pense ?
Voix.—Non, non, non.
WarT.—Je veux parler des Etats-Unis.
Voix.—Fallait donc le dire.
WaT.—Oui, chers compatriotes. Les Etats-Unis, c'est le pays du yo ahead et de la civilisation. Tous s’y fait, sur une grande. échelle : le télégraphe, le téléphone, les chemins de fer, les canaux, les factries surtout. Ah! les factries! voilà la gloire des Etats-Unis. Ces grandes factries s'étendent d’un bout à l’autre du pays, de l'Atlantique au Pacifique. Ces factries, dis-je, oui. ces factries voilà la couronne de lumière et de gloire des Etats-Unis.
(Il s'embarasse un peu et tousse.)
Canadiens, croyez-moi, mouvez pour les Etats-Unis. Allez y faire fortune ; vous réussirez, car vous êtes smart, vous rêussirez, car vous avez du spunk, vous réussirez, enfin, car vous avez du pluck.
Voix.—Qu'est-ce que ça, M. Waterspout? Du spunk, du pluck !
WaT.—Oui, MM. vous avez du pluck, Canadiens ! mouvez pour les Etats. Etes-vous heureux ici?
Voix.—Mais, oui, très heureux !
War.—Non, le pays est trop pauvre.
Voix.—Où avez-vous pris cela ?
War.—Moi-nième, j'ai voulu cultiver une terre, et j'ai mangé tout mon bien en cinq ans.
Voix.—Vous en avez bien bu une partie! Hein ?
WarT.—Il n’y a pas d'avenir pour l'habitant en Canada, parce qu'il n’y a pas de railroads, pas de business, pas de factries.
PE
Voilà, je suppose, un habitant avec dix enfants, eh! bien, je vous le demande, que fera-t-il de ces garçons-là ? Que leur laissera-t-il à sa mort ? Où iront-ils ?
Voix.—Qu'ils aillent au Saguenay ou dans l’Ottawa. Il y a là de la place pour tout le monde !
War.—Je vais vous dire ce que devrait faire cet homme : aller se settler aux Etats et se mettre avec ses enfants dans les factries. Dans cinq ans il vaudrait trois ou quatre mille piastres au moins.
Voix.—Si l'ouvrage slakait aux Etats ? |
War.—L'ouvrage.ne slake jamais aux Etats. Les ouvriers sont les boss là-bas, ils font ce qu'ils veulent. Quand ils n’ont pas assez cher, ils montent une strike.
Voix.—Une strike.
WaT.—Oui, une strike, une grève, comme vous dites en Canada, et les boss accordent toutes les claims. Canadiens! Mouvez pour les Etats, allez y faire fortune. Ce n’est pas pour me vanter, mais voyez cela, moi qui vous speech à cette heure, je suis enfant du village. Quand je partis pour les Etats, je n’avais sur moi qu’un vieil overcoat, une vieille paire de congress, un vieux hat tout usé et 50 cents dans mon pocket money.
Voix.—Parlez donc français si vous voulez qu’on vous comprenne.
War.—Aujourd'hui, look here. (Il se rengorge et joue avec ses breloques et sa chaîne de montre.)
Voix.—Bravos, hourrahs !
WarT.—Canadiens ! je stoppe, croyez-moi ; laissez là vos terres, mouvez pour les Etats. L'Oncle Sam vous tend les bras! Hurrah ! for the States ! (Wat. descend de la tribune.)
(Un habitant y monte :)—M.M., je propose des remerciements our l’éloquent discours que vous venez d'entendre. Il était tout à fait approprié à la circonstance. Je propose donc la motion: qu’il est bon pour les Canadiens de partir pour les Etats. Three cheers for Mr. Waterspout.…… and the States. (Grognements.)
Lasore.—Moi, je propose en rontre motion: qu’il vaut mieux pour les Canadiens de rester ch. eux. Trois hourrahs pour le Canada et les Canadiens!
(Hourrahs et chant à la Claire Fontaine.)
Toile tombe.
\ PL AE | vous ACTE ler.
ra-til Une ferme en Canada. Waterspout est au salon occupé à lire un yal Journal américain.
su ,SCÈNE 1ère.
actries. WATERSPOUT, EMILE.
moins. l
War. (apercevant Emile.}—Viens donc ici, petit cousin. Etaisrs Sont iu au meeliny après les vépres ?
ont pas Eu—Oui, Monsieur, c'était bien beau !
WarT.—Abh ! ah! n'est-ce pas ? On sait parler quand on revient
des Etats. J'aurais pu les speecher comme ça trois heures durant Canada l sans stoper. Les habitants avaient-ils l’air contents ? Hein ? bas pour i Ex.—Oh ! oui, très-content. el er, mais 4 WarT.—As-tu entendu ce qu'ils disaient ? ifant du à Eu—Oui, ils parlaient de vos beaux habits et de votre belle oi qu'un F4 chaîne d’or.
tout use ' WaT.—Ah ! ah! voilà ce que c’est que de revenir des Etats! k Ex.—M. le Maire aussi a parlé de vous.
ous Com: WarT.—Ah ! oui, et qu'est-ce qu'il dis:': de moi ? Elfes Erv.—Il disait que vous étiez un grand humbug.
WaAT.—Un grand quoi ?
Ex.—Un grand humbug. Qu'est-ce que cela veut dire en canadien ?
ros terres, ! W ] , ! , AE LS :
Hurrah ! AT.—Ah ! Never mind! C'est de l'américain, tu sauras cela
plus tard. Mais écoute, Emile, ne répète cela à personne. Je n'aime pas, vois-tu, à tant faire parler de moi.
erciements
1 était tout 1 La)
la motion : SCENE Ile.
4 ) id M. D'ARSANT, EMILE, WATERSPOUT.
nis.
D’Ars.—Emile, as-tu vu Henri Latouche et M. Lajoie ? Em.—Oui, mon père, ils seront ici ce soir, et j'ai dit à M. Lajoie d'apporter son violon. Nous allons danser jusqu’à minuit. Mon père, faites-moi donc répéter mon air de violon pour la soirée ? D’Ans.—C'est bien, Emile, voyons cela.
En. (joue la Canadienne) —Cousin Waterspout, comment aimezvous cet air-là ?
War.—Well! Well! C'est bon pour le Canada, mais cela ne ferait pas aux Etats, you know.
Eu—Pourquoi cela ?
War. (continuant à feuilleter son journal),—tis too tame, not lively enough.
raut mieux hs pour le
es CS PEER A: