SCÈNE Ve
LaJore, D'ARBANT. D'Ars.—Mon cher Lajoie, nous allons nous quitter. Je pars semaine prochaine pour les Etats.
Las.—Vous partez pour les Etats! ce n’est pas possible, vo plaisantez ?
D’Ars.—C'est très-sérieux.
-Boston avec ma famille.
La semaine prochaine, je pars po
Las.—Eh ! quoi, vous qui vivez si heureux sur votre terrè, vo allez partir pour l'étranger ?
D'Ars.—Je veux faire fortune et établir mes enfants. Ici c'e impossible. Voilà vingt ans que je travaille et je n'ai pas pl d'argent que le premier jour.
Las.—Mais vous avez élevé une nombreuse famille, vous vis heureux, que voulez-vous de plus ?
D’Ars.—Je veux que mes enfants soient riches. En quelqi
années nous mettrons de côté plusieurs milliers de piastres, Waterspout me l’affirme.
Las.—En est-il bien sûr ?
D'Ars.—Oh ! oui, il connaît les Etats.
Las.—Et vous croyez ce qu'il vous en dit?
D’Ars.—Sans doute, je lui ai demandé des chiffres, j'ai to calculé, et je suis décidé à tenter fortune.
Las.—Ecoutez, M. D'Arbant, vous savez que je suis votre ami D’Ars.—Je le sais, il y a vingt-cinq ans que nous nous « naïissons.
% sit $ M Las—Eh bien! Je vous parlerai franchement: Je crois que %ous allez faire une grande sottise.
curé de St. Jérôme et @ D'Ans.—Comment cela ?
Las.—M. Waterspout ne vous montre qu'un côté de la médaille. ne vous parle pas de la misère de tant de Canadiens aux Etats ; e la cherté des vivres, des habits, des loyers, des difficultés de utes sortes que rencontrent des étrangers ne connaissant ni la ngue ni les mœurs du pays. Ici, vous êtes chez vous. Tout le nonde vous aime : Au besoin, on vous aiderait de tont notre pouoir. ci, vous avez vos parents, vos amis, l’église du village, les Jombeaux de vos morts. Là-bas, vous n'aurez rien de tout cela, ou serez seul au milieu de ces grandes villes américaines, sous es ordres d'un étranger sans sympathie pour vous. Vous allez eter vos enfants dans ces manufactures, les exposer à ruiner leur anté, peut-être même à perdre leur religion et leur âme. Tout ela, pourquoi ? Pour gagner un peu plus d'argent. Je vous en rie, ami, réfléchissez pendant qu'il en est temps encore et n’allez bas chercher la misère aux Etats ?
+ D'Ans—Je m'attends bien à avoir un peu de misère d’abord, hais après, j'ai espoir de réussir. Dans quelques années, nous %eviendrons au Canada. D'ailleurs toutes mes mesures sont prises : AUu notaire à déjà les titres de ma ferme, il doit la vendre la “bemaine prochaine. (Tendant 4a main à Lajoie.) Au revoir, ami, Mhous nous reverrons encore une fois, je l'espère, sur la terre du anada ?
Las.—Je le souhaite, M. D'Arbant, d’ailleurs comptez toujours sur moi. Si mes pressentiments se réalisent et que vous soyez un our dans l'embarras, rappelez-vous que vous avez en moi un ami Mévoué à la vie, à la mort.
prochaine, je pars pouf D’Ar8.— "ferci, ami, merci.
é ®æ (Ils sortent.
eux sur votre terre, voi Toile tombe.
r. Le gouvernement pro 1e a un plan de société
s de St. Jérôme se fai garçon comme je suis nu, et je prénds dix lo
our être notre premie
n attendent, allons tire sorl.) 1
ous quitter. Je pars #
n'est pas possible, vou
r mesenfants. Ici c'el ille et je n'ai pas pli ACTE IILe.
use famille, vous vivi La SCÈNE EST À BosTon.
à d ® Une chambre pauvrement meublée, dans un coin un chevalet avec it riches. En quelque toile commencée. Dans un autre coin un bureau de travail. milliers de piastres, Une bibliothèque et quelques livres. Violon suspendu à la muraille.
| SCÈNE lère.
it? À é des chiffres, j'ai tof
ALAIN, JEAN, D’ARBANT.
ALAIN (chante —Un Canadien errant...
AURA 4 D’Ans. (rentranti— Comment mes enfants, déjà de rotour ?
que je suis votre ami{
Ans que nous nous CÔ
ALAIN—Oui, mou père, c'est demain l'anniversaire de la bataille de Bunker Hill. Nous n'avons pas eu d'école cette après-midi
D'Ars.—C'est bien, mes enfants, vous vous reposerez demain.
JEAN—Les jours de congé sont bien ennuyeux par ici. On n sait pas où aller jouer dans ces grandes villes. Ce n’est plus comme en Canada.
D'Ars.—Tu penses donc toujours au Canada, Jean ?
JEAN.—Oh ! oui, mon père, toujours. Je voudrais bien y être encore.
ALaix.—Mon père, est-ce que nous ne retournerons pas bientôt en Canada ?
D'Ans.—Tu ne te plais donc pas par ici, Alain ?
AL.—Non, mon père, pas du tout.
D'Ans.—Ici mes enfants, nous avons du travail et nous ramassons de l'argent.
AL.—Mais, mon père, en Canada, on n’a jamais manqué de rien
D'Ans—Quand tu seras plus grand, Alain, tu comprendras qu'on a bien fait de venir aux Etats. Te plais-tu bien à l’école.
AL.—Pas beaucoup.
Jeax.—Ni moi non plus, mon père. Ces messieurs qui nous font la classe, ce n’est plus comme les chers frères du Canada. On ne peut pas les aimer. Ils ne disent jamais rien pour nous faire plaisir. Quand on leur parle, c'est, yes sir, no sir, ou ils ne font même pas attention à ce qu’on leur dit,
AL.—Et puis ils ne parlent jamais de religion, on croirait qu’ils n'eu ont pas. C'est toujours de la grammaire et de l’arithmétique, pas autre chose.
D'Ans.—A la fin de l'année, je te mettrai avec Jean dans les
\d factries. Aimeras-tu cela ?
AL.—Je ne sais pas ; mais j'aimerais mieux m'en retourner en Canada.
JEAN—Mon père, savez-vous qui nous avons rencontré cette après-midi ?
D'Ars.—Non, qui donc ?
Juan.—Notre frère, Gustave.
D'Ans,. (vivement) —Comment, Gustave, vous at-il parlé ?
AL.—Oui, il nous à demandé de vos nouvelles, et nous a dit d'aller le vair,
D'Ana.— Ne faites pas cela, mes enfants, je vous le défends. Votre frère a commis une grande faute, ne le voyez plus.
(Les enfants sortent.)
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M HEn.— Tenez, mon père, voici la paie de la semaine, six piastres
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PERD EEE SCÈNE Ile.
D'ARBANT, HENR1, CHARLES.
NH D'Ans—{S'occupant au bureau à revoir ses comptes. Entrent enri et Charles.)
à Charles et moi.
D'Ans.—Cest bien, Henri, avec les six que j'ai gagnées moià ème, cela nous donne douze, plus les deux piastres deta sœir Marie, quatorze, Mais, où estelle donc ta sœur, n'est-elle pas Le venue avec vous de la manufacture ?
# Cn.—Klle est allé voir le médecin. Elle souffre davantage de à poitrine aujourd’hui.
4 D'Ans.—La pauvre enfant! Depuis qu'elle travaille à la manu-
n cture elle est devenue bien délicate, elle si fraiche et si forte