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L43.— Quelles femmes ! Comme nos Canadiennes sont en retard par ici. Tenez, M. Waterspout, je gagerais que dans tout le Dominion, vous n’en trouveriez pas deux capables de monter sur les hustings pour faire un speech et peut-être pas une pour être députée à Ottawa ou à Québec.
WaT.—Ah ! oui, le Canada est bien en retard. (Il tire son couteau de sa poche et se prépare à tailler la table. Lajoie prend un morceau de bois.) ,
Las.— Here, man alive, take that piece of vood to chop.
WarT.—Ah ! Vous parlez l’américain, M. Lajoie ?
Las.— Yes, sir, quand je suis de belle humeur.
(Entre un serviteur.)
Le Serv—M. Waterspout, M. D'Arbant voudrait vous parler.
WarT.—Excusez, Mousieur,
Las.—Mille remerciements pour vos informations, M. Water. spout.
(Wat. sort.) SCENE IVe.
LasoiE, LATOUCHE.
Las.—Good bye, great goose ! Eh bien ! Henri, n'est-ce pas qu’un Canadien-Américanisé est un curieux animal ?
LaT.—Oui: Après tout, je suis presque réconcilié avec M. Jedeau, dit Waterspout en américain.
Las.—Sois tranquille, il nous amusera plus d’une fois encore et Je lui ferai passer d'ici à longtemps ses idées américaines.
LarT.—Croyez-vous donc que Waterspout restera par ici ?
Las.—Oui, c'est mon idée. Evoute, Hanri, ce n’est pas aux vieux singes qu'on apprend à faire des grimaces, Je parie que Jedeau cherche à acheter la terre d’un habitant assez simple pour le croire et s'en aller aux Etats.
LaT.—J’espère bien qu'aucun habitant ne fera une pareille sotlise,
Las.—Je l'espère aussi; mais qui sait? On mène les hommes bien loin avec des contes bleus, eten leur faisant sonner de l'or aux oreilles. Plus d’un habitant a déjà vendu de bonnes terres au Canada, pour courir après la fortune aux Etats.
LaT.—Et au lieu de la fortune, il n’a souvent trouvé que la misere et la ruine.
Las.—C'est vrai ; et pourtant on émigre toujours. La voix d'un hotnme qui réussit, étouffe la voix de cent malhevreux qui crèvent de faim là-bas. Des Canadiens font fortune aux Etuis, je le sais bien. Mais ces hommes auraient aussi bien fait fortune au Canada ; ils étaient intelligents, laborieux et économes, tandis
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D'ailleurs, la grande masse des émigrés en sera toujours réduite à gagner un écu ou au plus une piastre par jour pour dix Du onze heures de travail à la factrie. Quand avec cela ils auront Payé la pension. soldé les comptes de l’épicier, du boucher et du boulanger, dis-moi s’il leur restera bien des piastres à mettre en Danque ? De pus l'argent s’en va en belles toilettes, en pendants oreilles et en fanfreluches pour les filles, en habits de drap et An cigares pour les garçons, en pique-niques et en fêtes pour bien du monde. Aussi la plupart des Canadiens émigrés, n’auront-ils MBmais aux Etats, un pied carré de terre à eux, jamais ils ne dor- Miront sous le toit d'une maison qui leur appartienne, jamais ils auront cent piastres valant pour les mauvais jours. Vienne la Maladie ou la grève, et nombre d’entre eux seront là sur le pavé Mns ressources et sans amis. Voilà la situation ! Si ces hommes Mu contraire, les jeunes gens surtout, s'étaient jetés avec courage Œans les concessions, après quatre ou cinq ans de travail, ils Muraient eu une belle terre, une bonne maison, du blé, des imaux, tout ce qu’il faut enfin pour se marier vite et vivre ureux.
LarT.—Mais. écoutez donc, M. Lajoie, voilà que vous parlez mme M. le Curé de St. Jérôme et le P. Lacasse.
% Lar.—Donc, je parle bien ! Henri. Qu'est-ce que notre jeunesse bn va faire aux Elats, quand nous avons de si belles terres à endre par ici ? D'ailleurs, ces beaux Canadiens qui reviennent s États promettent plus de beurre que de pain. [ls ne disent pas @ut. Ils ne parlent pas des tristes corvées qu’il leur faut faire là- Ms : bousculés et sacrés nar des Américains, qui souvent les Mitent sans aucune pitié. Ils ne disent pas que les moulins paient ste le travail du jour. Qu'un père de famille tombe malade, la ie s'arrête. Plus de travail, plus d'argent, crève de faim ou de Bbid si tu veux, la fabrique ne s’en occupe pas. Ils ne disent pas mbieu de fois ils ont dû garder la maison, faute de chaussures se mettre aux pieds, ou de chemise à se passer sur le corps. Mis quaud ils reviennent au Canada, c’est à qui vantera le plus B Etats Unis. Les Etats par ici, les Etats par:là, c’est là qu'on MB bien ! c’est là qu’on fait de l'argent! La jeunesse les croit. Oh! Mur les Etats-Unis, partons pour Boston... Tas d'innocents que 18 êtes ! Partez donc plutôt pour l'Ottawa et le Saguenay! Là moins vous aurez une bonne terre, le bonheur et la siberté, Lar.—Bravo. M. Lajoie, vous parlez comme un livre.…., faitesis donc agent de colonisation !
ai—J'y songe Henri, c’est un'beau rôle ! Notre avenir à nous, iadiens, est là, au Nord. C’est là qu'il faut nous étendre puisque Yankees au Sud, les Anglais à l'Est et à l'Ouest nous serrent côtes, Muis le Nord est à nous, et le Nord peut nourrir des
m''liers de Canadiens.
Voilà ce que dit le curé de St. Jérôme il a raison.
Lar.—Vous oubliez un point important.
La:.—Lequel ?
Lar.—L'argent! ILen faut pour coloniser.
Las.—C'est vrai! Mais l'argent viendra. Le gouvernement pi
met des chemins. M. le Curé de St. Jérôme a un plan de socié cela paraîtra bientôt.
Lar.—Et cela fera du bruit; car le curé de St. Jérôme se f: écouter quand il veut.
Las.—Tiens, Henri, moi, pour un, vieux garçon comme je su
je donne à l'œuvre le quart de mon revenu, et je prénds dix le . au Nominingue.
LaT.—Et moi, je vous donne ma voix pour être notre premi maire à Nominingue. J'y serai aussi. En attendent, allons tir une bonne touche de tabac canadien. (/{ sort.)